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La multitude des disciples d’Ibn al ‘ Arîf et leur attachement fanatique au maître firent peut-être craindre au sultan almoravide ‘ Ali, successeur de Yoúsouf ibn Tashfín, un soulèvement possible en sa faveur pour le porter sur le trône. Nous disons « peut-être », parce qu'il n’y a pas de preuve, comme il y en a pour Ibn Barradján : en effet, Sha*rání affirme dans ses Pabagát (1, 15) que celui-ci fut condamné à mort par le sultan, parce que environ 130 villages le reconnaissaient pour 'mám. L'on sait combien fréquemment les révolutions politiques adoptent, dans l'Islam, les apparences d’un mouvement inoffensif de fanatisme religieux. Le soulèvement des moridin (novices ou postulants) contre les Almoravides, peu après la mort de Ibn al ‘ Arîf, justifierait les soupçons des autorités. L'année qui suivit sa mort, le maître soúfi Aboû al Qásim ibn Qásyi organisa dans les Algarves (Sud du Portugal) une sorte de milice religieuse formée des adeptes de son école qui suivaient, dans toute sa pureté, la doctrine même d’Ibn al *Aríf, et du monastère ou rábita qu'il construisait à Silves, sur la côte de l’Atlantique, il se proclama imâm, remporta des succès militaires contre les Almohades, et régna dix ans comme souverain de toute la région.
Lon comprendra donc sans peine que le sultan “Alí ait conçu, douze ans plus tôt, de fortes craintes au sujet du succès peu - commun qu'obtenaient à Alméria et dans les pays d’alentour les prédications d’Ibn al *Aríf. Pourtant il n’y a pas de preuve formelle que ç’ait été là le mobile de la persécution. Les biographes affirment que l'initiative en fut prise par le qâdi d'Alméria, Ibn al ’Aswad, par jalousie du succès populaire d'Ibn al ‘Arîf. Il est évident, cependant, qu'il appartenait au qâdî, comme procureur-né pour les délits contre la doctrine orthodoxe, de les dénoncer à l’autorité du sultan. La dénonciation d’Ibn al *Aswad, transmise par écrit, arriva à la cour de Marrakech, et le sultan donna ordre au gouverneur d’Alméria de lui envoyer Ibn al ‘Arîf, en même temps qu'il faisait expédier deux ordres semblables contre ses deux disciples ou collègues mentionnés plus haut: Aboû Bakr al Mayoûrqî et Ibn Barradjân. Eux aussi furent obligés de se présenter devant le Sultan et d’abandonner leurs résidences respectives, Grenade et Séville. ١
Le récit de la captivité et du transport d’Ibn al *Arff nous a été conservé avec assez de détails par les biographes : il se teint, comme il est logique, d’une certaine nuance de surnaturel et de légende. Le gouverneur d’Alméria, pour obéir aux ordres du sultan, fit embarquer Ibn al ‘Arîf pour Ceuta, mais le 13 bn al ‘Aswad insinua au gouverneur qu'il serait bon ne pas laisser libre le prévenu et lui mettre des chaînes ou entraves aux pieds. Le gouverneur envoya aussitôt un de ses hommes avec mission de rejoindre le bateau en haute mer et d’y mettre aux fers Ibn al *Aríf. Celui-ci, douloureusement surpris par cette mesure, se contenta de s’écrier: « Dieu le terrorise comme il me terrorise! ». Et, en effet, ajoutent les biographes, comme il revenait au port d’Alméria, après avoir enchaîné Ibn al *Aríf, le messager du gouverneur fut saisi par un bâtiment ennemi, des chrétiens sans doute, et emmené captif. Comme Ibn al “Aríf accostait à Ceuta, un envoyé du sultan se présenta porteur d’un ordre exprès pour sa mise en liberté. Ibn al ‘Arîf se voyant délivré des chaînes, comprit que 16 sultan ne voulait pas se rendre complice de l’injuste violence exercée contre lui. Les autorités d’Alméria avaient indubitablement exagéré, et leur zèle indiscret, inspiré par la haine contre Ibn al ‘Arîf, avait déplu au sultan mieux informé de la sainteté et des vertus du soúfi. «Je ne voulais pas être connu du sultan, s’écria alors, dit-on, Ibn al *Aríf, mais puisqu'il me connaît déjà, force m'’est bien de le voir.» Il se mit aussitôt en route pour la cour de Marrakech; il fut recu avec honneur par le sultan qui le combla de marques de vénération et de respect. Le sultan lui ayant demandé s’il désirait quelque chose, prêt à le lui accorder, aussitôt Ibn al ‘Arîf lui répondit: «Je ne désire rien que d’avoir la liberté d’aller où je voudrai ». Le sultan se hâta de lui accorder la liberté désirée, mais il semble qu’elle lui fut complètement inutile, car peu de temps après il tomba malade et mourut à Marrakech même.
On a donné de sa fin deux explications : pour les uns, elle fut dûe à une mort naturelle; d’autres l’attribuèrent à un empoisonnement. Le 0503 d’Alméria, frustré dans ses desseins de haine contre Ibn al ‘ Arîf par suite du bienveillant accueil que lui avait
fait le sultan, se serait ingénié, avec astuce, à lui faire manger une aubergine empoisonnée, ce qui aurait causé sa mort, à Marrakech en l'an 536 de l’hégire (1141 de .ل C.). L'un de ses plus intimes disciples, Aboû ‘Abd Alláh al Ghazzâl d’Alméria, donnait comme plus exacte la première explication, celle qui attribuait la fin de son maître à une mort naturelle; et il placait le fait à Ceuta même, avant qu’Ibn al ‘Arîf fût conduit à Marrakech. Tous les biographes cependant sont d’accord pour affirmer qu'il fut enterré dans cette dernière ville et que sa tombe était contigüe à celle d'Ibn Barradján, mort lui aussi à Marrakech, peu après y avoir été appelé par le sultan, comme Tbn al *Aríf (°).
La renommée de sa sainteté et les circonstances mystérieuses de sa mort, produisirent une si forte impression dons l’âme du sultan que, au moment de l’enterrement d’Ibn al ‘Arîf, quand il vit la douleur publiquement manifestée par la population qui suivit extraordinairement nombreuse le cortège funèbre, il se repentit d’avoir écouté les dénonciations du qâdî d’Alméria contre Ibn al *Aríf et, pris de soupçons, il ordonna de faire une enquête sur le fait et ses causes. Toutes les informations s’accordèrent à attribuer la persécution d’Ibn al ‘Arîf à l’envie et à la mauvaise volonté du 05013 d’Alméria, inventant cette dénonciation uniquement pour provoquer son expatriation et sa mort et qui, frusté dans ses desseins, l’empoisonna. Le sultan jura alors d'appliquer à Ibn al ’Aswad la peine du talion, et, en effet, donna des ordres pour que, chargé de chaînes, le 0503 fût
(*) Le manuscrit LXX VI de la collection Gayangos ajoute (£” 38 v°) que Ibn al *Arif fut enterré « près de la grande mosquée antique, qui est au centre de Marrakech, dans le jardin (rawda) du Qádi Moûsà ibn Hamah al Sinhádji ». Ibn Bashkowâl donne la date exacte de la mort, arrivée le soir de la veille du vendredi 23 de safar de 536, c’està-dire le 27 septembre 1141. La date de la naissance se trouve chez Ibn Khallikán: en 481 de l’hégire, le lundi 2 de djumada 1", e’est-àdire le 24 juillet 1088 de J.C. Par suite, Ibn al ‘Arff est mort à Páge de 53 ans.
8 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL ‘ARIF
exilé dans la région de l’Extrême Soûs. C’est là qu’il mourut empoisonné, comme lui-même avait fait empoisonner Ibn al ‘ À A |
rif.