‹ Mahé de la Bourdonnais et la Compagnie des IndesChapitre 16 sur 71 · DEUXIÈME DÉPART POUR L'INDB · texte numérisé non relu

DEUXIÈME DÉPART POUR L'INDB

me font vous prévenir d'avance qu'il ne se fera presque rien et même que le peu que l'on fera sera peut-être de travers et d'une longueur infinie. Vous l'avez éprouvé dans les précédents gouvernements. Un pouvoir partagé fait que l'afiaire de tout le monde n'est l'affaire de personne. Avant moi, on vous donnait pour toute besogne un amas d'écritures contradictoires. Si cela arrive, vous blâmerez notre conduite ; mais je vous préviens, Messieurs, que la première chose que je dirai pour ma défense, c'est que c'est de vos premiers ordres que la source du mal est partie, et je le prévois de façon à ne pouvoir m'empêcher de vous en avertir aujourd'hui.

9 Ne croyez pas. Messieurs, que mon principal but soit de me mettre en règle. Non ; je ne pense au mal, que pour y chercher un remède.

« Puisqu'il est décidé que je retourne aux Indes, que le bien général nous fasse oublier un instant toute animosité particulière, et puisqu'il faut obéir, obéissons d'une façon à persuader que nous préférons notre devoir à tout. Ce que j'ai à vous proposer est bien simple.

c Premièrement, convenons de ce qu'il y a à faire dans les colonies, et je me charge de faire réussir tous les articles dont je conviendrai.

« Secondement, s'il se présente t[uelque affaire où nos connaissances ne cadrent pas avec vos spéculations, donnez pouvoir à vos conseils de prendre le parii qui conviendra le mieux au local ; en ce cas, je me charge encore de l'exécution.

t Ce plan est si simple, qu'il porte avec lui le caractère du vrai ; de façon que ceux qui ne s'y rendront pas feront penser qu'il y a chez eux, ou entêtemei^t inconsidéré, ou peu d'envie que je fasse le bien. Pour moi qui n'ai que cette fin, si l'on s'y oppose par des ordres, je dirai un jour pour ma justification que j'ai prévu le mal, que j'ai donné le remède et qu'ainsi, si je n'ai pas autant travaillé que par le passé, ce n'est pas à moi qu'il faut s'en prendre.

« Voilà, Messieurs, les vérités que je voulais vous dire par écrit, afin d'en laisser copie au Ministre, pour qu'un jour il juge de ma façon de penser.

Ayant ainsi précisé sa manière de voir, Mahé de la Bourdonnais partit de Paris, dans le courant de février 1741. Il était muni d'une commission de capitaine de frégate dans la marine royale, d'une commission particulière pour commander le Mars, vaisseau du roi, ainsi que des pouvoirs les plus précis, pour commander toutes nos forces navales dans l'Inde.

De Paris, il se rendit directement à Lorient, où la Compagnie armait le Fleury, le Brillant, V Aimable, la Renommée et la Parfaite. A Brest, on armait aussi le Mars et le Griffon, navires du roi, qui devaient compléter son escadre, mais qui finalement restèrent au port, de sorte que Mahé de la Bourdonnais partit seulement en réalité avec cinq vaisseaux de la Compagnie^ montés par 1200 marins et 500 soldats.

Son départ eut lieu le 5 avril 1741.

Quant aux instructions qu'il emportait, elles étaient signées d'Orry et se terminaient ainsi :

« En cas que le sieur de la Bourdonnais se trouve à quelque action, tous les officiers de la Compagnie, tant à terre qu'à la mer, exécuteront ponctuellement les ordres que le sieur de la Bourdonnais leur donnera ; bien entendu, qu'au cas que l'action se passe dans quelque autre gouvernement que celui des îles, les conseils l'auraient préalablement autorisé à donner des ordres à terre. Car, à l'égard des forces de mer, il doit dans tous les cas les commander (1).

Signé: Orry.

(1) Ibidem.

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