APRÈS LA PRISE PE MADRAS
Pour le récompenser, Dupleix lui passe le commandement de la place, le préférant à Barthélémy, offlcier cependant fort digne de ce poste, mais qu'il ne sentait pas sufGsamment à sa merci.
Le premier soin de Paradis est de notlOer à de la Villebague et Desjardins, un prétendu ordre d'expulsion émanant du Conseil Supérieur,
• De la Villebague qui occupait à Madras trois emplois différents — il était membre du Conseil Provincial, commissaire de surveillance pour l'exécution du traité de rançonnement, capitaine du vaisseau la Princesse-Marie — demeure stupéfait de cet étrange ordre d'expulsion, qu'on refuse même de lui communiquer.
Se doutant d'une supercherie, il va, ainsi que Desjardins, se plaindre au Conseil de Pondichéry. Celui-ci désavoue formellement l'ordre donné, en son nom, par Paradis qui se voit obligé de prier de la Villebague de réprendrele commandement de son navire.
Ce dernier, froissé de voir Paradis agir en la circonstance, seulement en son nom, refuse de reprendre son commandement. Se solidarisant avec lui, aucun de ses officiers ne consent à accepter sa succession et, faute de soins, la Pri/icesse-Marie, désemparée et abandonnée, va s'en aller périr misérablement sur la grève.
Nous voici au 10 novembre. C'est le jour où Paradis doit solennellement prendre le commandement de la garnison. Paradis arrive en paradant : il tient un papier dans la main. Les tambours battent. Il va parler. Quelle stupéfaction ! Le voici qui donne lecture d'un acte signé de Dupleix, ainsi que du Conseil Supérieur. Cet acte est l'annulation du traité de rançon (1).
Sur le front des troupes en armes, il déclare en outre :
(1) Page 167. Colonel MaUeson.
1^ Que la ville de Madras se retrouve exactement dans la situation où elle était au moment de sa reddition, avant la signature du traité de rançon (1).
2<* Que les Anglais vont avoir à remettre, d'urgence, les clefs de tous les magasins ; toutes leurs marchandises devenant la propriété des Français.
3<^ Que les Anglais pourront emporter leurs effets et leurs bijoux, mais que leur argenterie, leurs chevaux,... deviennent ainsi que leurs marchandises la propriété de la C*^ des Indes.
4® Qu'ils vont pouvoir se retirer où bon leur semblera, mais ne pourront rester à Madras, sans prêter serment de fidélité au roi de France, entre les mains de M. Paradis.
Cette proclamation, foulant aux pieds tous les engagements antérieurs, est accueillie avec un cri général d'indignation.
C'est aussi, dans toute la population anglaise, une indescriptible panique. Riches et pauvres s'enfuient, empoilant leurs enfants et quelques effets. C'est le spectacle lamentable qu'offre l'exode de toute une population, quittant pour jamais son foyer domestique. Les routes sont pleines de monde. Beaucoup s'enfuient vers Gourdelour à plusieurs lieues de là.
Quant à M. Morse, le gouverneur de Madras, il demeure tristement dans son palais avec sa famille. Il est destiné en effet à faire partie, avec les siens, du cortège triomphal, renouvelé des temps antiques, que M. Paradis se propose bientôt de conduire à Pondichéry.
A quelques jours de là, transportons-nous en effet dans cette dernière ville. Partout, quelle animation î quel joyeux entrain î Dans les rues, on s'interpelle ; on va et on vient fébrilement. Les soldats, dans les casernes, se préparent comme pour une revue d'honneur. Tout à coup, au loin, un
grand nuage de poussière s'élève dans le ciel bleu que dore le soleil couchant. *
(1) Voir notre pièce jusUficaUve n* 10.
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Cependant, le jour même du départ de la Bourdonnais, les Maures, que sa présence seule avait empêché plutôt d'ouvrir les hostilités, viennent mettre le blocus devant Madras. Leur plan est exactement celui de la Bourdonnais et c'est d'abord, eux aussi, la ville Noire qu'ils assiègent,
Avec les Maures, se trouvent les Cipayes, les Péans, les Topasses, à la solde de la Compagnie anglaise.
Espérant les arrêter, Desprémesnil envoie demander au Nabab, la raison de sa conduite. Celui-ci répond que Dupleix lui ayant promis Madras, il suit de gré ou de force l'accomplissement de son engagement.
Alors, se sentant plus fort en diplomatie qu'en art militaire, Desprémesnil fait part au Conseil de Pondichéry de la réponse du Nabab, et, de concert avec Dupleix, rédige à son adresse une nouvelle lettre dont il donne préalablement lecture au Conseil Supérieur.
Celui-ci en approuve la teneur, mais avant qu'elle soit soumise à sa signature, il y est ajouté une série de considérations fort injurieuses pour la Bourdonnais, auquel on impute la responsabilité du malentendu actuel.
Desjardins et de la Villebague, beau-frère de la Bourdonnais, découvrent la ruse et refusent de signer le libelle.
Cependant, les Maures deviennent de plus en plus menaçants.
Alors, Desprémesnil croit prudent d'abandonner le commandement de la place au sieur Barthélémy qui fait bientôt effectuer par M. de la Tour une sortie heureuse, obligeant les Maures à battre en retraite jusqu'à Saint-Thomé.
Bientôt, voici Paradis qui arrive à Pondichéry. Très brillamment, il attaque les Maures à la baïonnette, s'empare de Saint-Thomé qu'il livre au pillage et rentre triomphalement à Madras, à la tête de ses troupes victorieuses.
Pour le récompenser; Dupleix lui passe le commandement de la place, le préférant à Barthélémy, ofiicier cependant fort digne de ce poste, mais qu'il ne sentait pas suffisamment à sa merci.
Le premier soin de Paradis est de notifier à de la Villebague et Desjardins, un prétendu ordre d'expulsion émanant du Conseil Supérieur,
• De la Villebague qui occupait à Madras trois emplois différents — il était membre du Conseil Provincial, commissaire de surveillance pour l'exécution du traité de rançonnement, . capitaine du vaisseau la Princesse-Marie — demeure stupéfait de cet étrange ordre d'expulsion, qu'on refuse même de lui communiquer.
Se doutant d'une supercherie, il va, ainsi que Desjardins, se plaindre au Conseil de Pondichéry. Celui-ci désavoue formellement l'ordre donné, en son nom, par Paradis qui se voit obligé de prier de la Villebague de réprendrele commandement de son navire.
Ce dernier, froissé de voir Paradis agir en la circonstance, seulement en son nom, refuse de reprendre son commandement. Se solidarisant avec lui, aucun de ses officiers ne consent à accepter sa succession et, faute de soins, la Prin^ cesse-Marie, désemparée et abandonnée, va s'en aller périr misérablement sur la grève.
Nous voici au 10 novembre. C'est le jour où Paradis doit solennellement prendre le commandement de la garnison. Paradis arrive en paradant : il tient un papier dans la main. Les tambours battent. Il va parler. Quelle stupéfaction ! Le voici qui donne lecture d'un acte signé de Dupleix, ainsi que du Conseil Supérieur. Cet acte est l'annulation du traité de rançon (1).
Sur le front des troupes en armes, il déclare en outre :
(1) Page 167. Colonel MaUeson.
Gourdelour ou fort David, situé sur la côte de Coromandel, à environ quatre lieues de Pondichéry. Dupleix y consent.
Demeurés assez longtemps dans cette dernière ville pour avoir eu connaissance des préparatifs faits en vue d'une expédition contre Gourdelour, les Anglais se préparent aussitôt à la résistance.
 force d'argent, ils décident Muphiskan, fils du Nabab d'Ârcate, à venir camper aux abords de la ville.
Un beau matin, Paradis, remplacé à Madras par Desprémesnil, se dirige vers Gourdelour à la tête de 300 bommes.
Avisés de son départ, les Anglais font aussitôt signe à Mupàiskan qui a juré de se faire fakir plutôt que de ne pas battre les Français.
Mupbiskan commence l'attaque, à trois lieues au nord de Sadras, établissement hollandais.
Entouré par la cavalerie maure. Paradis ne songe qu'à sauver le butin dont il s'est emparé partout sur son passage, depuis le commencement de son expédition. Le faisant filer à l'avantgarde, il parvient à Sadras, laissant à M. de Mainville, qui commande l'arrière-garde, le soin de se tirer d'affaire à sa guise, malgré les objurgations de ce dernier de lui venir en aide.
Muphiskan, finalement, nous fait un certain nombre de prisonniers et se vante partout de nous avoir défaits.
Aussitôt le retour de Paradis, Dupleix songe à une nouvelle expédition contre Goudelour dont il veut mettre le siège.
~ On va voir, dit-il, si nous ne savons pas prendre des places aussi bien que ce gouverneur des îles qui s'est tant fait valoir à la prise de Madras, ville qu'il n'aurait jamais emportée sans mon assistance et celle que ma place lui a fournie.
Tout d'abord, il veut confier le commandement à Paradis ; tous les officiers s'y opposent et l'offrent à Dupleix avec instance. Mais, Dupleix se souvient qu'il n'est pas heureux dans ses expéditions militaires. Dans celle contre Porte-Neve, par exemple, il s'en est revenu après une simple promenade
militaire. Aussi confie-t-il, finalement, le commandement qui lui est offert, à M. de Bury, Tofficier le plus élevé et le plus ancien en grade.
Durant la nuit du 8 décembre 1746, de Bury part de Pondichéry, avec 1700 hommes. Au matin, il arrive sur le territoire de la Compagnie anglaise, traverse sans résistance la rivière Pounier, et s'empare d'une maison de campagne, résidence des gouverneurs de Gourdelour.
Alors, ne découvrant que quelques tirailleurs, épars dans les environs, il se souvient des paroles de Dupleix : Le nabab n'enverra pas seulement quinze hommes au secours des Anglais.
Il permet donc à ses troupes de rompre les rangs. Tout à coup, au couchant, monte un gros nuage. Ce sont les Anglais et les Maures, au nombre de 9000.
Les Français courent aux armes en désordre, repassent en hâte la rivière, et braquent alors leurs canons sur l'ennemi qui n'ose les poursuivre.
Malheureusement, ils doivent laisser, entre les mains des Anglais, 12 morts, 120 blessés, ainsi que tous leurs bagages.
A trois reprises différentes, Dupleix tente à nouveau de s'emparer de Gourdelour. Toujours il est battu. Alors, il veut se venger. Sous le commandement de M. de Mainville, il envoie un gros détachemeat ravager le territoire des Maures, brûler 15 aidées, massacrer tout ce qui résiste. Toutes ces horreurs soulèvent un cri général d'indignation.
Désirant se disculper et faire peser les responsabilités sur qui de droite de Mainville fait répandre à profusion le texte de l'ordre qu'il a reçu à ce sujet de Dupleix.
Sur ces entrefaites, Dupleix apprend que les Maures préparent une vengeance éclatante. Justement effrayé, il leur achète la paix à prix d'argent. ^