‹ Mahé de la Bourdonnais et la Compagnie des IndesChapitre 34 sur 71 · LE RETOUR EN FRANGE · texte numérisé non relu

LE RETOUR EN FRANGE

Or, Tenquête, minutieusement conduite par M. David, n'amena aucun résultat.

Alors, la Bourdonnais qui veut, lui, une preuve plus éclatante encore de son innocence, invite à se faire connaître tous ceux qui peuvent avoir des griefs contre lui. En outre, par toute Tile, il fait publier l'avis qu'il est prêt à rompre tous marchés passés avec lui et dont on aurait pu avoir à se plaindre.

A Bourbon, il fait bannir le même avis, par l'entremise de M. de Saint -Martin, qui avait commandé aux îles en son absence.

Ni à Bourbon, ni à l'île de France, aucune voix ne s'élève contre l'ancien gouverneur tombé en disgrâce et devenu simple citoyen. Dans le nombre considérable d'affaires qu'il a entreprises, dans tous les contrats qu'il a passés, dans tous les millions qu'il a remués, personne n'estime donc avoir subi le plus minime préjudice ; personne n'agite la plus petite réclamation !

Alors, M. de Saint-Martin va le trouver et, conformément aux instructions de la Compagnie, lui remet l'ordre du rcfi qui lui confie le commandement de l'escadre destinée à rentrer en France.

Bien pauvre et modique escadre I Elle est composée de six faibles vaisseaux qui ne peuvent contenir chacun plus de 100 hommes d'équipages.

Et cette escadre sans résistance et sans valeur, il s'agit de la ramener en France, à travers les brillantes flottes anglaises qui lui en barrent la route I

Qu'importe ! Refoulant au fond de son cœur si profondément ulcéré, tous ses légitimes sentiments d'indignation, ainsi que l'intime ressentiment qui l'inviterait si naturellement à refuser le nouveau commandement, la Bourdonnais ne pense qu'au devoir à accomplir.

C'est vite décidé I Comme par le passé, il ne va songer qu'à la gloire de la France et aux intérêts de la Compagnie ; il

va faire tous ses efforts pour sauver cette flotte impuissante qu'on ose encore, après tout ce qui s'est passé, remettre entre ses mains, comme étant le plus apte à la sauver des Anglais. Mais, c'est décidé aussi I II va quitter définitivement les îles : Il va dire adieu à Bourbon et à l'Ile de France, ces rivages vraiment enchanteurs que son génie à su merveilleusement coloniser, cette nouvelle France dont il a su doter la vieille France, grâce à sa sage fermeté, son esprit entreprenant, ses efforts quasi surhumains.

Et le voilà, hâtivement, qui réalise sa fortune. Et avec sa femme et ses quatre enfants, avec tout ce qu'il aime et tout ce qu'il possède, il s'embarque sur cette flotte fragile qui doit, à travers les escadres ennemies, le ramener en France... à la Bastille.

Il est à bord. Une dernière fois, avec la profonde mélancolie du désabusé, il contemple ce beau pays où il a connu tous les enivrements de la gloire, toutes les amertumes de la disgrâce et de la calomnie. Bientôt, les bleus rivages de l'Ile de France disparaissent pour jamais à ses yeux et, toutes voiles au vent, le héros de Madras vogue vers la Bastille.

Jusqu'au Cap de Bonne Espérance, la traversée est heureuse ; mais alors, il est assailli par une épouvantable tourmente. Tous ses vaisseaux se dispersent. L'un va se jeter dans la Baie de tous les Saints. Un autre, poussé par la tempête, retourne à l'île de France. Les trois autres heureusement flnissent par le rejoindre, à Saint-Paul de Loango, établissement portugais situé sur la côte d'Angola, où il a du reste reçu l'ordre de faire escale.

Là, il apprend qu'une escadre anglaise guette son passage, en louvoyant aux environs.

Aussitôt, résolu à se défendre jusqu'à la dernière extrémité, il prend parti de renvoyer en France sa femme et ses enfants, sur un navire portugais qui se trouve en partance. Quant à lui, au risque d'être attaqué par l'ennemi, il fait alors

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