LE RETOUR EN FRANCE
voile vers la Martinique, où il a Tordre également d'aller relâcher sans retard. Il a la chance d'y arriver sain et sauf.
Là, d'après les instructions reçues, il doit personnellement attendre, jusqu'à la fin d'octobre (1), une escorte de vaisseaux que le roi doit lui expédier, et se contenter d'envoyer en France un de ses officiers pour rendre compte, tant à la cour qu'à la Compagnie, de l'état des affaires dans l'Inde. Mais, après avoir consulté ses deux officiers principaux, MM. de Caylus et Ranché, il se décide, suivant leur avis, à partir d'urgence en France, pour faire part au ministre d'un ingénieux projet d'armement qu'il a conçu et dont le succès, qui semble assuré, doit dédommager son pays de bien des pertes. Alors, sous un nom d'emprunt, accompagné d'un seul domestique et de M. Laurent, écrivain principal, il s'embarque dans un petit bateau pour Saint-Eustache.
Bientôt, il s'aperçoit qu'un navire anglais lui donne la chasse. A toutes voiles, il fuit devant l'ennemi. Mais, bientôt, il est assailli par la plus effrayante tempête qu'il ait essuyée dans toute son aventureuse carrière de marin. Ses voiles se déchirent. Sans pilote, sans compas, sans cartes, il erre sur une mer démontée.
Du reste, il est encore mieux là qu'à Saint-Eustache, où il apprend à son arrivée que la tempête a sévi avec une telle rigueur, que des quarante navires qui s'y trouvaient, pas un seul n'a échappé.
Pendant 45 jours, il attend à Saint-Eustache qu'un navire soit à même de prendre la mer. Alors, il s'embarque sur un petit bateau hollandais qui arrive de Flessingue.
En route, il apprend que la guerre vient d'éclater, entre la France et l'Angleterre. Son navive cependant doit relâcher à Falmouth, où il est reconnu et conduit à Londres comme prisonnier de guerre.
(1) Octobre 1747.
Alors, « les véritables admirateurs des belles actions de la Bourdonnais vont se trouver en Angleterre », lit-on dans réloge relatif à notre illustre compatriote, prononcé le 18 janvier 1788, à la Société Royale, par Mallet de la Brossière. «i Et si quelque chose peut le consoler de l'ingratitude de sa patrie, ce fut l'accueil honorable qu'il reçut chez un peuple ennemi de son prince. Présenté au ministre et à la famille royale, on le combla d'éloges distingués sur sa brillante expédition dans les Indes. Un des directeurs de cette Compagnie anglaise, à qui il avait fait tant de mal, offrit même toute sa fortune pour le cautionner, mais la cour ne voulut accepter d'autre caution que «r la parole dun ennemi qu'elle admirait. »
Le jeudi 22 février 1748, il part de Londres pour la France où l'attend une réception différente.
Arrivé à Paris, le dimanche suivant, dans la matinée, il se rend immédiatement à Versailles où il est reçu par les ministres.
Dans la nuit du 1«*" au 2 mars, sur un ordre du roi, il est jeté à la Bastille.
Par lettres patentes du 7 du même mois. Sa Majesté nomme comme commissaires chargés de l'examen de son affaire, MM. Trudaine, Gilbert de Voisins, de la Grandville et M. de Courteille, conseillers d'Etat ; MM. Doublet de Persan, Bignon, Dufour, de Villeneuve (rapporteurs) ; Bertin, de Saint-Priest, de la Michodière, maîtres des Requêtes. M. I^mbert, conseiller au grand conseil, est nommé procureur général de la commission.
Après avoir langui 26 mois au secret, la commission, par jugement du 5 mai 1750, lui permet enfin de communiquer avec un conseil, et c'est ce jugement, en réalité, qui va enfin permettre au héros de Madras de confondre ses ennemis et de s'innocenter de toutes les accusations dont il est la victime.
ÏK^J-