ACTE PREMIER
Ah! prends garde!
En de mauvais chemins ton orgueil se hasarde ; Entends, du moins, ma voix sévère et juste, au lieu D'en croire cet orgueil.
Parle... J'écoute Dieu.
Jeté connais, j'ai lu dans ton àme profonde Comme on voit les écueils sous les trouhles de l'onde. Deux hommes sont en toi: l'un bon, fidèle, aimant; L'autre, géant d'orgueil qui cherchait le moment De bondir sur la proie et de toucher son rêve. C'est ce dernier, mon lils, qui maintenant se lève! — Tu ne veux pas du Christ? (l'est que ta vanité T'inspire je ne sais quelle rivalité.
Tu l'admires, dis-tu ; mais par un stratagème De ton orgueil, en lui tu admires toi-même, Car tu crois égaler quelque jour sa vertu, Sa gloire, son triomphe; eh hien — l'oserais-tu ? — Fais la comparaison ; lui, le ciiaste, l'immense Et tendre guérisseur de l'humaine démence, Au jour du Colgotlia comme au jour du Thabor, Pouvait monter là-haut d'un lihre et fier essor ; Quand tombait à ses pieds la grande pécheresse, Des cœurs qui la jugeaient voyant la sécheresse, Il pouvait les blâmer sans trouble et sans ennui, Car tout l'azur du ciel était entre elle et lui !
Ses lèvres n'ont jamais touché la coupe amère,
Et son cœur n'a connu qu'une femme : sa mère !
— Toi, mon fils, jusqu'ici, je sais que Kliadidja
De tout entraînement fatal te protégea ;
Elle fut la vertu, ton ange, ta gardienne,
Mais, crois-le Ijien, la vie a l^esoin de la sienne.
Car le germe terri tde est déjà dans ton sein :
Tu ressem])les, mon fils, à ce prince abyssin
Que des oiseaux, portés sur des ailes obscures,
Perçaient incessamment de mortelles piqûres.
Aujourd'hui, c'est l'orgueil, la luxure demain,
Plus tard Tamlntion, le délire inhumain.
De courber sous ton joug les liomraos et les femmes,
Et Fardeur de dompter, comme les corps, les âmes !
Dans ce chemin fatal point de halte en efTet,
Et le mal qu'on fera vient du mal qu'on a fait !
0 justice éternelle ! 0 sagesse vivante !
Pourquoi perm.ettez-vous ces êtres d'épouvante ?
Hélas ! pourquoi faut-il que d'âge en âge ainsi,
Sur le monde effaré, sous le ciel obscurci,
Nivelant les Memphis, les Spartes, les Sodomes,
Moissonneurs du démon, passent ces faucheurs d'hommes
Jadis, c'était Xerxès; hier, c'est Attila,
Demain. . . qui sait? — Mon fils, ne sois pas de ceux-là !
Le Dieu duGolgotha n'a fait qu'une victime:
C'est lui ! Sa loi naquit de sa douceur suhlime ;
Laisse ce doux pasteur conduire les troupeaux
Sous la liouletle et non sous les sanglants drapeaux,
Ne livre pas ton siècle et des siècles sans nombre
Aux chevaux effrayants qui hennissent dans l'ombre.
Car ce que pourrait faire un cœur comme le tien,