ACTE DEUXIEME
Aussi, dût quelquefois le sage s'étonner,
Je partage mon cœur pour ne pas le donner!
Je fais, même en cela, le devoir de l'apôtre ;
— Ayesha, disait-on? Elle pas plus qu'une autre!
Je le dis devant elle, et je lui trouverai
Des rivales encor, s'il en est à mon gré.
(a Abou-Becker.)
Père, pardonne-moi de parler de la sorte.
L'intérêt du Prophète est tout ce qui m'importe ; Dieu parle par ta voix. Ma fille est, comme nous, Faite pour t'obéir et te croire à genoux. Si j'ose quelquefois, quand un doute m'efTleure, Hasarder un conseil, je me soumets sur l'heure Quand tu dis : je le veux! — Depuis quinze ans je vi: Dans cette piété pour toi. C'est moi le fils!
MAHOMET, avec une douceur grave.
Ayesha, tu l'entends? Je fais ce qu'il faut faire; A nulle autre, Ayesha, mon cœur ne te préfère ; }s'espère donc ni plus d'amour ni plus de soins...
HAFSA, Tiolemmont.
Si ce n'était pas vrai, tu t'en défendrais moins ! Eh bien, ton Ayesha, je la hais! l'hypocrite, Avec son air candide et froid qui vous irrite, Son silence sournois, son air mystérieux, Et quelquefois l'éclair bizarre de ses yeux !
— Et puis un peu clirétienne au fond, comme sa mère — Lisant dans l'Évangile une journée entière !
AYESHA.
C'est vrai. Tu l'as permis, Prophète, n'est-ce pas?
IIAFSA.
T'a-t-il permis aussi de traîner sur tes pas
Ton cousin Safwan dont la candeur ()arfaite
Vaut la tienne? — Crois-moi, veille sur eux, Prophète!
Misérable! c'est toi qui d'un soupçon pareil...
HAFSA
Ce n'est pas un soupçon, maîire, c'est un conseil! Crois-moi donc, sans pourtant les croire encore infâmes. Surveille les anciens fiancés de tes femmes!
Hafsa, ton insolence et ton esprit méchant Doivent être punis sans pitié, sur-le-champ; Tu ne m'appartiens plus ; va, je te répudie !
HASSAN
Maître, daigne excuser une âme trop hardie.
Ne nous ahaisse pas ainsi, frère, à ses yeux :
A voir ramper le chien, le maître est trop joyeux !
— Maître, tu m'as blessée au cœur. L'amour expire,