ACTE DEUXIEME
Sa mère Khadidja, la morle vénérée,
Des plus rares trésors de son cœur la forma
— - Tu seras, Safwan, l'époux de Fatima.
SAFWAN.
Je comprends ta bonté, maître, daigne le croire, Mais je dois refuser ce bienfait, celte gloire.
-MAHOMET, doiU rattenliûu s'éveille.
Pourquoi donc, Safwan, et quel e-st ce secret ? Parle, je te l'ordonne.
SAFWAN.
Oui, maître, je suis prêt.
Je connais Fatima, je la sais noble et belle, Mais j'ai fait un serment qui me sépare d'elle.
Un serment?...
SAFWAN.
Autrefois. L'ayant su bien tenir, Je suis sur de n'y pas manquer à l'avenir. Pour que tu jnges mieux le fond de mes pensées, Piemontons un instant vers les cboses passées. Un jour tu dis : 11 faut que j'épouse Âyesba. — C'était Pordre de Dieu. Ma tète se baissa. Je ne résistai point. Le jour du mariage, Quand on eut accompli tous les rites d'usage. Je sortis de la ville, et quand le soir tomba, J'arrivai sur le mont des serments, Acaba.
A minuit, fatigué de ma course incertaine, Je m'assis un moment au bord d'une fontaine; Tout à coup celte voix que l'Arabe connaît, Frappa les airs ; c'était le lion qui venait. J'aurais pu fuir encor, mais d'une autre pensée Mon âme en ce moment lut soudain traversée, Et je criai vers Dieu : « Ce que tu fais est bon, « Seigneur; fais-moi mourir sous la dent du lion; « Ou bien, si ce combat m'offre quelque espérance, >' Arraclie de mon cœur l'amour et la souffrance I » Le lion vint à moi de son pas lent et fier, Pour arme je n'avais que ma pique de fer. Mais Dieu veut ce qu'il veut : la bête fut frappée D'un coup sûr, et ma lèvre, avidement trempée Dans le sang, ])ut lacbaudeet farouche liqueur. Comme si le lion me refaisait le cœur! Alors, posant le pied sur les flancs de la bête Qui tressaillait encor, dressant au ciel ma tête, Calme comme un vieillard qui dit : « J'ai trop vécu Songeant à mon amour par toi, [)ar moi vaincu. Je jurai devant Dieu, dans cette ombre profonde, De ne jamais aimer une autre femme au monde ! — Maître, me blàmes-tu ?
MAHOMET, avec un sourire.
Non ; comment te blâmer?
Mais de plus grands que toi finissent par aimer!
SAFWAN.
Maître, tu l'as voulu, je ne pouvais me taire, Laisse-moi donc garder ma fierté solitaire.