ACTE TROISIEME
Par de nouveaux honneurs et des devoirs plus grands.
— J'ai sur toi des projets que je ne veux plus taire: Quand pour moi s'ouvriront les portes du mystère, J'ai le droit de choisir, d'imposer après moi L'héritier défenseur de l'Islam, de la foi.
Qui tiendra dans sa main Europe, Afrique, Asie.
Ton père! Et toi, par lui comme par moi choisie,
Tu porteras ce nom illustre et vénéré:
La Mère des croyants ! Qu'il soit pour toi sacré ;
Que rien, que rien jamais n'en ternisse la gloire.
De tout vulgaire soin tu perdras la mémoire ;
Sous tes voiles, fermés par ta sévère main,
Ne pourra pénétrer aucun regard humain;
Mieux que reine ou déesse ! aux lieux môme où nous sommes.
Les guerriers, les vieillards comme les jeunes hommes,
Baiseront à genoux la trace de tes pas!
— Mais il est un devoir que tu n'ouijlieras pas: Si quelque noble chef, quelque Croyant fidèle, Un de ceux dont je suis le chef et le modèle,
'(lo regardant fixement.)
Te demandait pour femme..., illustre, jeune ou beau. Tu le repousserais en montrant mon tombeau ; Car toute femme doit, au gré de mon envie, M'obéir dans ma mort ainsi que dans ma vie! Tout en toi, le passé, le présent, l'avenir, Et ton âme surtout, doivent m'appartenir.
AYESIIA, froidement.
J'obéirai, Prophète.
MAHOMET, à part.
Allons! crainte insensée!
L'ombre même du mal est loin de sa pensée.
(Haut, presque gaiement.)
Ce songe me trompait; le cri de l'ange noir
Mentait... N'y songeons plus! Viens près de moi t'asseoir:
Donne-moi donc ta main... Ecarte ce nuage
De tes yeux. — Je ne puis t'en dire davantage;
Je fais ce que je peux, trop, peut-être, pour toi ;
Que te faut-il de plus? — Tu souffres, je le voi.
AYESHA.
Non, Prophète.
MAHOMET, presque tendre.
Est-ce vrai? Tu me trompes peut-être?
As-tu quelque reproche à me faire?
AYESHA, toujours froide.
Non, maître.
MAHOMET, plus tendre.
Il faudrait franchement tout me dire en ce cas, Et ma bonté saurait...
AYESHA, avec un commencement de confiance.
Eh bien...
MAHOMET, se levant brusquement.
N'achève pas!
Le Prophète de Dieu, qui de Dieu se rapproche,