‹ Mahomet; drame en cinq actes, en versChapitre 47 sur 83 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

MAHOMET, l'observant de plus près.

N'aurais-tu pas quelque secret tourment ?

AYESIIA, toujours cnlme.

Pas davantage.

Enfin, n'est-il rien qui te blesse ?

AYESHA.

Rien.,

Je vois dans tes yeux souvent une tristesse. D'où vient-elle ?

AYESHA, lojjours calme, mais avec plus de gravité.

C'est bien simple ! Rappelle-toi L'histoire d'Arani le poète.

Pourquoi?

AYESHA.

Tu vas voir. — Ârani, d'une illustre famille. Épousa par amour Hund, une pauvre fille De la tribu de Nahd : et bientôt cependant, En sortant d'une fête, ivre, fou, l'œil ardent, Il la répudia. Hund revint chez son père Et prit un autre époux par dépit et colère ; L'ivresse et le dépit durèrent peu de temps,

Et deux cœurs se disaient de loin: J'attends! j'attends!

Le poète partit pour revoir Hund la belle;

Elle courut vers lui, comme il courait vers elle;

Mais, pâles, frissonnants, de leur joie écrasés,

En ce commun élan leur camYS s'étaient brisés,

Tous les deux étaient morts! — A l'heure où le soir toml)e

Une devineresse écrivit sur leur tombe :

" Tout enfant qui naîtra le jour de cette mort

« Sera triste à jamais! »

MAHOMET, souriant.

Eh bien, rien dans ton sort INe ressemble à celui de cette infortunée.

AYESIIA.

Non, mais c'est ce jour-là, maître, que je suis née! Si je suis triste, c'est sans doute pour cela.

Pour cela seul?

AYESIIA, simplemenl.

Sans doute.

MAHOMET, à part.

Elle dit vrai.

(La faisant asseoir près de lui.)

Viens là.

Nos tristesses souvent méritent plus de blâme; La tienne est dans l'esprit, elle n'est pas dans l'âme ; Et je veux la chasser, puisque je la comprends,

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