ACTE TROISIEME
SAFWAX.
La Juive a raison : le malheur est sur nous ; Mais je te sauverai. Mahomet est jaloux : Il le serait toujours. Mon crime, c'est de vivre ; En mourant je te sauve, en vivant je te livre.
AVESIIA.
Que dis-tu, malheureux ! et quoses-tu m'offrir? Qu'as-tu donc fait de mal pour chercher à mourir Safwan, sommes-nous coupahles l'un ou Tautre ? Est-il renoncement plus complet que le nôtre? Jamais un mot plus tendre entre nous prononcé }\ous a-t-il à tous deux rappelé le passé ? Ai-je vu dans tes yeux, depuis ce jour suprême, Une larme, un regret ? Je m'en étonnais même I Et l'on dirait souvent que tu voudrais bannir De ton cœur et du mien jusques au souvenir!
Jusques au souvenir ! — Eh bien, écoute... écoute C'était dans le désert où nous avions fait route Tout le jour... Tout à coup, le simoun suffoquant. Aveuglant, furieux, s'abat sur notre camp ; 11 fallut fuir. Le soir, quand le vent fit silence, On ne te trouva plus ! Alors, chacun s'élance A ton sec(jurs, au loin, et j'étais le premier ; Je te retrouvai seule, au pied d'un haut palmier, Tremhlante, de fatigue et d'angoisse brisée, Et tes pieds, sur la terre encor tout embrasée, Te soutenaient à peine; il fallait, malgré tout,
Rejoindre Mahomet et marcher jusqu'au bout ; Je te pris dans mes bras, le voyant incapable De marcher un instant sur l'océan de sable. Nous ne parlions pas; pourquoi ? Je le sais bieni Mais je sentais ton cœur battre contre le mien; Quand un nuage au ciel rendait le chemin sombre, Je voyais ton regard fixé sur moi dans l'ombre; Alors je relevais la tête brusquement Vers les sérénités chastes du firmament, Pour éviter tes yeux rayonnants sous tes voiles ; Mais je voyais encor tes yeux dans les étoiles ! — Enfin, les feux du camp apparurent là-bas ; Tu me dis : « Je pourrai faire ces derniers pas . » Et, n'ayant pour soutien que mon bras, haletante, Mahomet te reçut sur le seuil de sa tente.
AVESUA.
Tu n'as rien oublié, Safwan, c'est cela !
SAIAVAN.
Ayeslia, tu le vois, je me souviens. Voilà
Pourquoi je vais mourir à mes devoirs fidèle :
Si la mort ne veut pas de moi, moi, je veux d'elle,
Et je la forcerai de venir à son tour
ËQ lui criant : 0 mort, sauve-moi de l'amour !
AYESIIA.
Et moi qui ne peux pas, qui ne dois pas te suivre, Tu me laisseras donc tout le fardeau de vivre ! Je l'acceptais, sentant, tout autour de mes pas, Quelqu'un m'aimer toujours qui ne me le dit pas!