ACTE QUATRIEME
L'aigle noire llottante annonce à tous les yeux. Le retour du Prophète.
SOFIA
Est-il victorieux ?
HASSAN
Rien ne le dit.
Vaincu ?
.Nous allons le savoir.
SOFIA
HASSAN
Rien non plus ne l'atteste.
Que m'importe, du reste?
Ma haine ne craignait que sa mort, mais il vit ! Dieu me devait cela. Faites ce que j'ai dit.
Ce sera fait. —Mais toi, quand la lutte s'engage,
Ne va pas prodiguer follement ton courage ;
Laisse-nous agir seuls, mon frère et moi, d'abord.
Notre espoir assouvi, c'est peut-être la mort ;
Reste pour me venger, Juive, si je succombe ;
Cultive bien la fleur de haine sur ma tombe ;
Que ton cœur, pour punir, soit à mon cœur pareil,
Et je te bénirai dans la nuit sans réveil !
Je te bénis déjà pour cette heure de joie
Où j'attends Mahomet comme on attend sa proie,
Où j'accepte la mort, s'il le faut aujourd'hui, Comme une volupté qui vient encor de lui !
SOFIA
Sois tranquille, Hafsa. Ce qu'il faut faire encore, Après toi, comme toi, je le ferai. L'aurore Sur nos affronts vengés se lèvera demain, .lo le jure!
IIAFSA.
Je t'aime. Adieu. Ta main !
HASSAN
Ta main !
(Hassan et Hafsa disparaissent derrière la raosquée.) SOFIA, seul.
Allez, tous deux! allez! Que mon esprit vous suive! Au prix de votre sang travaillez pour la Juive ; Arabes, musulmans, ô maîtres abhorrés, Petits ou grands, servez Israël et mourez! Souriante, j'irai jusqu'au bout de ma tâche; Que l'œuvre soit perfide et que la main soit lâche, Qu'importe ! La vengeance à tout prix! Il le faut ! Et si j'ai tort, Juditii me jugera là-haut !
(Elle sort lentement par la porte de droite, en voyant arriver la foule.)