‹ Mahomet; drame en cinq actes, en versChapitre 81 sur 83 · SCENE Y MAHOMET, ABOU-BECKER, AYESIIA, SAFWAN, La Foule · texte numérisé non relu

SCENE Y MAHOMET, ABOU-BECKER, AYESIIA, SAFWAN, La Foule

Peuple, l'ange Âzrael, mon dernier serviteur,

Devant vous, va du ciel abaisser la hauteur;

Je permets à la mort de visiter Tapôtre!

Je n'ai plus qu'un orgueil : c'est mourir mieux qu'un autre.

(Regardant Ayesha.)

Tout à l'heure quelqu'un me reprochait Jésus...

Ton calme, ta bonté, je ne les ai pas eus,

Et je suis l'envieux de ta vertu sévère;

0 Christ ! Je veux du moins imiter ton calvaire!

— Safwan... Safwan !

(il le mène à l'écart.)

Ecoute : Dieu nous voit.

La mort, cest le pardon qu'on donne et qu'on reçoit ! Homme, sois pardonné ! Je rachète ta faute.

(U appelle Aveslia, et la prend à part.)

Ayesha, ma justice à cette heure est plus haute : Puisque j'ai pu tomber dans le chemin mauvais. Moi l'homme, toi la femme, hélas ! tu le pouvais. Victime de ma tière et sombre destinée, Vis pour le repentir ; femme, sois pardonnée !

(Aypsha et Safwnu tombenl à sas pieds en pleurant.) MAHOMET, apercevant Sofia immoldle à droite.

Solia...

(il va à elle et lui dit tout bas.)

Ouel que soit le secret de ton cœur, A celte heure clémente où Dieu seul est vainqueur, Malgré ta trahison, tes noires espérances, Je ne veux rien savoir de toi que tes souffrances! Et le seul châtiment qui doit suivre tes pas, Ce sera mon pardon.

SOFIA, d'une voix sourde.

Je ne Taccepte pas !

Parmi les chants, les fleurs, sous ces arcades roses. Tu vas monter vers Dieu dans les apotiiéoses : Devant ta mort superbe on verra jusqu'au bout Un peuple prosterné : je resterai debout. Israël, quel que soit l'ennemi qui le morde, Ne reçoit de pardon pas plus qu'il n'en accorde ! Vainqueur on peut mourir en pardonnant — hélas ! Israël, le vaincu des siècles, ne meurt pas!

MAHOMET, avec douceur.

Eh bien, je n'aurai pas même un dernier reproche Pour toi, Juive: que Dieu te juge!

(il lui pose la main sur le froni, juiis revient vers la foule.)

L'heure approche.

Je pardonne aux méchants dont j'ai subi l'elTort, Je pardonne au malheur, à la vie, à la mort !

(11 va prendre Abou-Becker par la ninin.)

Abou-Becker, voici mon anneau de pontife ; Sois le chef des Croyants, sois le premier Idialife, Et dans l'ombre d'Allah marche dès aujourd'hui ! — Croyants, inclinez-vous, je le veux, devant lui,

(La foule obéit.)

Page 1