PREFACE. XXXI
main, si ce n'est peut-être dans quelques peuplades imperceptibles et dégradées, qui n'ont eu ni le temps ni la force d'organiser un culte, et qui, sous la pression des besoins les plus continuels et les plus urgents, n'ont jamais pu se procurer un moment de loisir pour recueillir leurs idées. Ce ne sont pas apparemment ces échantillons informes de l'espèce humaine qu'on prétendrait nous citer en preuves et pour nqodèles. Mais le reste des peuples, ou plutôt l'humanité tout entière, depuis quatre ou cinq mille ans que nous la connaissons, n'a jamais manqué de religion.
Si, laissant le passé, on regarde à l'état de choses qui se déroule actuellement sous nos yeux, voit-on que la religion soit aujourd'hui moins répandue et moins florissante? Pour ne prendre que les races auxquelles nous appartenons nous-mêmes, il est bien vrai que le Paganisme a péri ; mais la religion dans son ensemble y a-t-elle perdu quoi que ce soit? A-t-elle rétrogradé, ou s'est-elle étendue, non pas en profondeur ou en beauté morale, c'est trop évident; mais en simple surface? Le spectacle religieux qu'offre aujourd'hui l'Europe, avec le Nouveau Monde, qu'elle a converti, et le monde asiatique et africain, qu'elle transforme pas à pas, est-il moins beau ou plus étroit que celui qu'offrait, il y a dix-neuf siècles, l'empire romain, domi-
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nateiir de l'univers et déclinanl vers sa ruine?
Je ne me dissimule point tout ce qu'on peut dire de vrai, ni toutes les justes criliques qu'on peut élever contre telle religion en particulier , contre telle église, contre tel dogme. Mais qu'est-ce que cela, en présence du fait que je signale, immense, unanime, tout vivant à l'heure présente, très-divers sans doute, mais partout décisif, depuis la libre et religieuse Angleterre jusqu'à l'Inde, qu'elle gouverne, et à la Chine, que nous arracherons à sa perle? Sous une forme ou sous une autre, la religion ne règne-t-clle pas sur la face entière de notre globe? Ne faudrait-il pas fermer volontairement les yeux à la lumière, pour se soustraire à cette évidence, qui éclate de toutes parts? On ne peut pas trouver que tous ces cultes se valent, que tous ces dogmes soient également raisonnables et utiles; ce serait un blasphème contre plusieurs de ces religions , et notamment contre la religion chrétienne, à laquelle ses ennemis même les plus aveugles ne font pas cette injure. Mais je dis que, malgré tous les progrès de la civilisation et des sciences, la religion, loin de perdre la moindre part de terrain, en occupe aujourd'hui plus que jamais; et elle n'a pas plus reculé dans les cœurs qu'elle n'a reculé parmi les peuples.
Il est donc radicalement faux en fait que l'hu-