CHAPITRE II
L'ARABIE AVANT LE IVI AHOM ETISME
Sincérité trés-louable des traditions musulmanes; leur exactitude générale; elles n'ont rien caché de ce qui a précédé et préparé Mahomet. — État des tribus arabes avant le mahométisme; elles prétendaient toutes remonter à Abraham ; vie nomade et guerres perpétuelles; commerce par caravanes; stations importantes dans quelques villes; la Mecque et Yathrib, plus tard Médinc; quelques grands marchés; foires annuelles; culture de la poésie; les Moallacàt; les quatre mois de trêve. Religion de ces tribus, idolâtrie et fétichisme; vaines tentatives du mosaïsme et du christianisme; rapports de l'Yémon avec la cour de Constantinople et TAbyssinie; défaite du Nedjàchi devant la Mecque; sainteté et antiquité de la Caaba. Règne de Cossayy; son pouvoir; il bâtit la Mecque; ses successeurs, ancêtres de Mahomet. — Mouvement religieux des esprits; précurseurs de Mahomet; Hanyfes atlacliés à la foi d'Abraham: Varaka, Othmân, lijs d'Alhouveyretli, Oubeïdallah, et surtout Zeïd, fils d'Amr; poésies d'Ommayya très-populaires et à demi mahométanes.
J'avoue que je suis très-frappé de cette sollicitude et de cette sincérité de l'Islamisme. On ne peut pas se livrer à des efforts plus sérieux ni plus constants pour arriver à la vérité et pour la transmettre aux autres. Sans doute, à côté de ces documents authentiques, il s'est formé une légende qui est devenue avec le pro-
grès des (emps bien déraisonnable, surtout entre les mains des Persans et des Turcs ; mais l'histoire a son ample part dans les traditions que les premiers califes se sont attachés à recueillir ; et ces traditions offrent toute l'exactitude qu'on peut exiger de cette époque et de ces pays. Chez une nation où il n'y avait ni administration, ni presque de gouvernement organisé, on ne pouvait procéder autrement qu'on ne Ta fait; à défaut d'archives et de papiers d'État, que ces peuples n'ont jamais employés et n'emploient pas encore, on a interrogé des témoins dignes de foi, et l'on a consigné scrupuleusement leurs dépositions, qui ont bientôt acquis un caractère officiel et orthodoxe. Une enquête de ce genre, si elle avait eu lieu dans une civilisation telle que la nôtre, aurait été accomplie probablement avec plus de précision et de régularité ; mais il est douteux qu'elle l'eût été avec autant de candeur ; et nos historiographes, quand nous en avons eu, n'ont pas brillé par une véracité irréprochable. Au contraire, on peut se fier aux musulmans des premiers siècles de l'Hégire ; et si parfois ils ont été égarés par leur enthousiasme, jamais du moins ils n'ont calculé le mensonge. Ce n'est pas une des moindres singularités de l'Islam d'avoir porté une si vive lumière sur ses origines ; et c'est un avantage qui restera son privilège, parmi les peuples qui tiennent une place sur la scène de l'histoire'. Somme toute, il n'y a pas de na-
1 Voltaire fait une remarque analogue en commençant l'histoire de Mahomet dans VEssa? sur les mœurs, chap. vi.
tion au monde qui ait moins perdu de cette partie de son passé qu'elle voulait conserver; et la nôtre par exemple, malgré de très-légitimes prétentions, connaît beaucoup moins bien Charlemagne que les musulmans ne connaissent Mahomet, venu près de deux siècles avant lui.
Cependant tout grand qu'est Mahomet, il n'a point échappé à la loi commune. Seul parmi les chefs des hommes, il a fondé tout à la fois une religion, un peuple et un empire. Mais il a trouvé des matériaux tout préparés pour son œuvre : deux grandes croyances antérieures, auxquelles il a fait les plus larges emprunts, des populations idolâtres cherchant un dogme nouveau qui leur fût approprié, et des tronçons épars d'une nation qui ne demandait pas mieux que de se réunir sous un chef vénéré et puissant, pour terminer une anarchie séculaire et dévastatrice. Ce n'est rien ôter au génie de Mahomet que de montrer comment son succès a été possible. Bien d'autres ont échoué là où il a réussi ; et sa part individuelle reste immense, quelle que soit celle des circonstances où il a paru et sans lesquelles il serait inexplicable.
Il est d'ailleurs inutile de remonter très-haut dans l'histoire du peuple arabe, ou pour mieux dire de ces tribus innombrables, aussi obscures que divisées, qui parcouraient et peuplaient la presqu'île arabique, depuis l'Yémen, l'Hadramaut et le Mahra, au sud, jusqu'au golfe Persique et à la Syrie, au nord ; et depuis l'Oman et le Bahrayn, à l'est, jusqu'au Hidjâz, à
l'ouest, en passant par le Nedjd, ou pays haut, qui occupe lout le centre ^ Ces tribus se vantaient en général de descendre d'Abraham ; et leur langue, par ses rapports avec l'hébreu, attestait que le peuple arabe et le peuple juif avaient un même berceau. C'était donc du nord que la population était arrivée dans la presqu'île ; mais il paraît bien qu'avant celte invasion le midi de l'Arabie avait ses habitants indigènes, qui se distinguèrent longtemps de leurs voisins et des conquérants-.
Toutes ces peuplades étaient perpétuellement en guerre les unes avec les autres. Dans une contrée brûlante et déserte, la vie était excessivement pénible; et l'on s'arrachait mutuellement par le pillage le peu de richesse que procurait un travail accablant et précaire. L'élève des troupeaux était la ressource ordinaire de ces races nomades. Les plus industrieuses et les plus assises s'adonnaient au commerce, et de grandes caravanes partaient chaque année du sud, pour aller au nord en Syrie et en Mésopotamie échanger et rapporter des marchandises précieuses et rares. Mais il fallait toujours avoir les armes àla main pour
* M. Caussin de Perceval a consacré ses deux premiers volumes presque tout entiers à l'histoire très-confuse de ces tribus depuis les temps les plus reculés jusqu'à Mahomet. C'e^t une suite non interrompue de combats, de pillages, de vengeances, d'établissements et de ruines de principautés. C'est un tableau fort curieux, qui fait bien comprendre la vie de ces nomades à demi sauvages. Voir aussi le I" volume de M. W. Muir, p. cvi à cclxxi.
2 11 est à remarquer que le nom d'Arabes, AriùO; est celui des plus anciens habitants de la contrée.
défendre ces sociétés ambulantes de marchands, qui étaient en même temps des guerriers. Ces caravanes étaient forcées de ne point traverser le centre, qui restait à peu près inaccessible ; elles s'éloignaient peu des bords de la mer, en contournant la presqu'île, soit par l'est, soit surtout par l'ouest. Les principales suivaient le Hidjâz sur les côtes de la mer Rouge, et elles y avaient quelques stations importantes, où elles pouvaient trouver de l'eau et renouveler leurs provisions ^
Ces stations devinrent naturellement des villes où les populations se fixèrent un peu davantage; mais ces villes furent toujours très-peu nombreuses, et c'est à peine si l'on en compte cinq ou six vraiment illustres dans le cours des temps : Mareb ou Saba, dans l'Yémen; Guerra, sur le golfe Persique et sur la route de l'est; Pétra, au nord-ouest, avec son port d'Akaba sur la mer Rouge, puissante et très-riche entre les mains des Nabatéens, au début de l'ère chrétienne, grâce à la protection de Rome; Ilîra, fondée deux siècles plus tard sur les bords de l'Euphrate, non loin de la moderne Koufa, et qui fut le siège d'un empire arabe assez étendu jusqu'à la con-
* llidjâz eii arabe signifie barrière, et l'on désigne par là les chaînes de montagnes qui s'étendent de la Palestine à l'extrémité sud de la presqu'île et à l'Yémen. Elles courent parallèlement à la mer Rouge. Le Hidjâz est ainsi une longue bande de près de cinq cents lieues et d'une largeur variable. Il est probable que les caravanes y étaient plus protégées contre les vents d'est qu'elles n'auraient pu l'être siir les hauts plateaux du Nedjd.
quête SOUS Mahomet; et par-dessus toutes les autres, la Mecque et Yathrib, depuis Médine, auxquelles étaient promises de si grandes destinées, et qui se trouvaient placées dans une heureuse situation, à michemin à peu près de l'Yémen et de la Syrie ^ A part ces villes, qui ne purent jamais être très-peuplées ni très-tranquilles, le reste de la contrée était sans cesse livré au désordre, par suite des déplacements nécessaires de toutes ces tribus, de leurs dissensions et de leurs luttes implacables.
Cependant au milieu même de ces troubles permanents, il y avait entre elles quelques liens qui pouvaient amener un meilleur avenir. Ainsi elles avaient établi des marchés annuels où l'on se rendait de toutes les parties de l'Arabie, celui d'Ocâzh entre autres , oasis entre Taïf et Nakla, non loin de la Mecque. Ce marché se tenait le premier jour du septième mois de Tannée. A ces réunions, les tribus ennemies vidaient souvent leurs différends par arbitres ; elles échangeaient leurs prisonniers de guerre; elles réglaient une foule d'affaires communes, pour lesquelles on n'avait pas d'autres occasions aussi commodes. Surtout, on y faisait assaut de poésie ; car ces peuplades, toutes barbares qu'elles étaient, aimaient les vers presque aussi ardemment que les combats. Dans les intervalles de loisir que laissaient toujours les trans-
* La Mecque et Médine font j^artie du Hidjâz, La Mecque est plus spécialement, avec Djeddali, dans le Tiliâma. ou contrée chaude et maritime.
actions, chaque tribu produisait son poëte le plus habile; le concours était jugé par l'assistance entière, et le vainqueur, outre la gloire qu'il acquérait pour lui et pour les siens, voyait souvent sa pièce de vers, sa cacîda, transcrite en lettres d'or, attachée aux murs sacrés de la Caaba de la Mecque. Ces poëmes, sanctionnés par le libre assentiment des auditeurs, devenaient célèbres sous le nom de Poëmes dorés ou Poëmes suspendus (Moudhahabât ou Moàllacât) \
Mais la poésie malheureusement peut s'accorder très-bien avec des mœurs grossières et féroces ; elle ne les adoucit qu'à la longue ; quelquefois même elle ne peut rien sur elles, et la délicatesse de l'esprit qu'elle suppose n'exclut pas les habitudes les plus sanguinaires et les plus odieuses. Il y en a mille exemples à côté de celui que nous présentent les Arabes de ces époques reculées.
Du reste, comme pour se rendre à ces marchés annuels et en revenir avec une suffisante sécurité il fallait un certain temps, et qu'ils étaient toujours précédés ou suivis de quelque pèlerinage à des lieux saints, la nécessité avait imposé une trêve à la fureur
* M. Caussin de Perceval a donné la traduction de plusieurs de ces Moàllacât, dans son second volume : celle d'Imroulcays, fils de Hodjr, p. 520; celle de Tarafa, p. 552; celle de Hûrkli, fils de Ililltzé, p. 566; celle d'Amr,fds de Coltlioum; p. 584; celle d'Antara, p. 521; celle de Zohayr, fils d'Abou-Solma, p. 550, etc. Tous ces poëtos sont un peu anlérieurs à Mahomet ou ses contemporains. Ils ne chantent guère que l'amour ou les batailles, leurs plaisn^s ou leurs exploits.
des combats ; il y avait quatre mois dans l'année où il était interdit de se servir des armes et d'inquiéter les caravanes et les voyageurs. On ne peut pas croire que tout indispensable qu'était cet usage, il n'ait jamais été violé; mais combattre durant les mois réservés était toujours un sacrilège, que l'on regardait généralement avec horreur, et qui provoquait les plus terribles expiations \
Quant à la religion de ces peuplades, elle était aussi ardente que toutes leurs autres passions ; mais elle était, comme il est facile de le supposer, bien peu éclairée. Jadis elle avait été celle même d'Abraham, c'est-à-dire Fadoration d'un Dieu unique, aux volontés duquel l'homme devait être profondément soumis ; mais ensuite ces pures notions que l'Islam devait réveiller s'étaient éteintes, ou du moins très-afiaiblies, et une aveugle idolâtrie les avait remplacées presque toutes. Celte idolâtrie était descendue même au plus absurde fétichisme; et, outre les divinités particulières de chaque tribu, représentées le plus souvent par des statues, les adorations s'adres-
* Ainsi peu d'années après la naissance de Mahomet, les Coraycliites et les Benou-Hawàzin en vinrent aux mains pendant le mois lunaire de Dhoulcada, où se tenait la foire d"Ocàzh. Le souvenir de cette luite impie a été consacré sous le nom de guerres de Fidjàr, ou guerres sacrilèges. Elle avait commencé par des défis individuels et des rixes durant le marché. Aussi, pour i^révenir le retour de ces scènes déplorables, on convint que chacun serait tenu de déposer ses armes avant de prendre part à la foire, et elles étaient confiées pour ce temps à quelque personnage considérable; voir 31. Caussin de l'erceval, t. I, p. 20G et suiv.
saient aux objels les plus vulgaires de la nature; et, par exemple, à des pierres. Cependant les antiques relations entre les Juifs et les Arabes avaient toujours continué, et le judaïsme avait fait bon nombre de prosélytes ; il avait poussé ses colonies laborieuses et avides dans les parties saptentrionales de la presqu'île, et elles étaient parvenues jusqu'à Médine et à la Mecque, sans se mêler à la population indigène. Dans le troisième siècle de notre ère, un des plus illustres tobbas ou rois de l'Yémen avait converti ses sujets à la foi juive.
A côté du judaïsme, le cliristianisme avait fait plus de conquêtes, sans étendre non plus son action trèsloin. Il avait pénétré en Arabie par le nord et aussi par le sud. Dès le second siècle, saint Barthélémy et saint Pantcnus, parti d'Alexandrie, avaient, disaiton, prêché le christianisme dans l'Yémen. Ce qui est plus certain, c'est qu'en 545 l'empereur Constance 11 y envoyait une ambassade pour s'assurer de l'alliance des princes himyarites contre la Perse. Dans celle ambassade se trouvaient un évèque ce des moines qui obtinrent, malgré l'opposition des Juifs, la permission de bâtir trois églises, l'une à Zhafàr, capitale du fobba, l'autre à Aden, entrepôt, dès celte époque, du commerce des Indes, et une dernière dans une ville sur le golfe Persique. Cette mission avait eu surtout pour résultat d'établir des relations suivies entre Constantinople et les chrétiens de l'Yémen. Aussi lorsque la ville chrétienne de Nadjrân fut saccagée et détruite,
en 523, par le féroce Dhou-Novâs, fervent adepte du judaïsme', les victimes adressèrent leurs plaintes à l'empereur Justin V\ Sur sa prière, le nédjàchi ou roi d'Abyssinie, nommé Caleb, se chargea de punir les forfaits de Dhou->'ovâs. L'Yémen fut conquis par les Abvssins, et converti au christianisme vers Tan 530. Saint Grégentius, qu'y avait envoyé le patriarche d'Alexandrie, donna à cette contrée un code, emprunté en grande partie aux lois romaines ^ Mais l'empire himyarite, un instant détruit, se releva contre l'étranger par l'appui de la Perse ; et, sous les vice-rois qu'elle maintint dans l'Yémen, les religions païenne, juive et chrétienne purent jouir d'une tolérance égale, jusqu'à ce qu'elles vinssent toutes les trois disparaître dans l'Islamisme^', un siècle environ après la conquête abyssinienne.
Ainsi, ni le judaïsme ni le christianisme n'avaient pu faire des progrès bien étendus ni bien durables dans la presqu'île. Tantôt accueillis, tantôt repoussés,
* M. Caussin de Perceval. Essai sur r histoire des Arabes, t. f. p. l'2l et suiv.
- Lambecius, dans ses Commentaires sur la BibHothèque impériale de Vienne, t. V, p. 151, nous apprend que l'original de ce code, cjrit en g'rec, se trouvait dans la riche collection dont il faisait le catalogue. Voir M. Caussin de Perceval, Essai sur l'histoire des Arabes, t. I, p, 145. C'était un immense bienfait que ce code appnrté aux Arabes de l'Yémen, par un évêque chrétien; mais le peuple auquel il s'adressait n'était pas mûr pom' en profiter
5 M. Caussin de Perceval. ibid, p. 159. Il faut lire tout ce qui concerne les rois de l'Yémen, descendants d'Ismaël, et le christianisme à ^'adjràn^ dans le Sirat-er-raçoid, dibn-lshàc et Ibn-Hishàm, traduction de M. G. Weil, t. I^ p. 8 et 14.
ils n'avaient pas jeté de racines profondes et solides. De longs siècles d'efforts inutiles attestaient non pas précisément leur impuissance, mais l'incapacilé des races qu'ils essayaient de convertir à des dogmes et à des mœurs qui n'étaient pas faits pour elles. Au fond, l'idolâtrie était resté la religion dominante ; et, par la diversité capricieuse à laquelle elle se prêtait, elle convenait beaucoup mieux à l'indépendance turbulente et à la division infinie des tribus, qui la pratiquaient avec le plus violent fanatisme. Aussi quand un des vice-rois abyssins de l'Yémen, Abraha-el-Achram, lit construire, en concurrence contre la Mecque, une magnifique église à Sana, et piétendit y attirer les hommages des Arabes, aux dépens de la Caaba, le soulèvement fut général. En vain i\.bralia-el- Achram conduisit une armée sous les murs de lu Mecque, l'année même de la naissance de Mahomet, l'année de l'Éléphant (570 après J.-C) ^ Sa défaite ne fit que donner à l'idolâtrie plus de force et de cohésion.
Parmi tous les lieux saints qu'avaient consacrés les
. respects superstitieux des peuples et les intérêts du
commerce, la Mecque tenait la première place ; et
comme les caravanes les plus importantes devaient
nécessairement y passer et s'y arrêter, elle avait
* Voir Sirat-er-raçoul, traduction allemande de W. G. AVeil, t. I, p. 34 et 102. L'année de l'Éléphant, c'est ainsi qu'on appelle l'année où naquit le prophète, à cause de l'éléphant sur lequel était monté Abraha, et ([ui sans doute étonna beaucoup les habitants de la Mecque, et les terriiia.
acquis un renom qui s'était propagé dans TArabie entière ^ On en faisait remonter Forigine vénérable jusqu'à Abraham lui-même: et la fameuse source de Zemzem était celle que l'ange Gabriel avait fait jaillir du sol, lorsque le jeune Ismaël, perdu dans le désert, allait y périr de soif avec sa pauvre mère. Comblée par les Djorhomites, elle fut creusée de nouveau par Abd-el-x\louttalib, grand-père de Mahomet. La Caaba avait été construite par Abraham, de ses propres mains, quand il était venu revoir son fds exilé ; et la Pierre noire, incrustée dans un des angles du temple, pour marquer le point où doivent commencer les tournées des pèlerins (Tavâf), avait été apportée des cieux par l'ange Gabriel. D'abord elle était d'une blancheur éblouissante ; mais l'attouchement des pécheurs l'avait bientôt noircie. Non loin de cette pierre miraculeuse, on montrait, et l'on montre encore aujourd'hui, un h^agment de roche sur lequel montait Abraham (Macam Ibrahim)^ avec son fils Ismaël, pour travailler plus à l'aise. Abraham avait donné à la Caaba , le Carré, d'assez petites dimensions : neuf coudées de haut, sur trente-deux de long et vingtdeux de large. Elle n'avait pas de porte qui la fermât,
* Diodore de Sicile est le premier historien de lanLiquilé, un demisiècle avant l'ère chrétienne, qui parle des temples vénérés par les Arabes, et d'un, entre autres, qui passait pour le plus saint de tous dans l'Arabie entière, 1. III, ch. xi.iv, p. 157, lig. 55, édition Firmin Didot. Mais les renseignements donnés par Diodore de Sicile ne sont pas assez clairs pour qu'on puisse affirmer qu'ils se rapportent au temple de la Caaba. Il parle aussi d"un autre temple moins célèbre, même livre, ch. xlui, § 4.
et elle était au niveau du sol, au lieu d'être élevée au-dessus, comme elle l'est actuellement ^ Détruite par l'irruption d'un torrenf, vers le milieu du second siècle de notre ère, elle avait été reconstruite par la tribu des Djorhom, qui dominaient alors la Mecque. Cinquante ans plus tard environ, elle avait été pieusement visitée par un tobba de l'Yémen, Abou-Carib, vers 206 de l'ère chrétienne, qui lui avait fait une couverture d'étoffes précieuses, et y avait posé une porte avec une serrure, pour mettre en sûreté les dons précieux qu'accumulait sans cesse la générosité des pèlerins.
La garde d'un temple si vénéré était une des fonctions les plus recherchées, et les tribus s'en disputaient l'honneur. Aux Djorhomites avaient succédé les Chozâa, auxquels on devait d'avoir retrouvé la Pierre noire , soustraite par leurs adversaires et cachée quelque temps. Puis, après deux siècles et demi de possession, les Khozâa avaient été supplantés par les Coraychites, tribu qui s'était enrichie successivement par le commerce, et qui eut le bonheur d'avoir un
^ M. W. Muir a donné plusieurs plans pour représenter lu ville de la Mecque et ses environs t. I, p. 5), la Caaba, avec toutes les constructions qui l'entourent, et la Pierre noire t. II, p. 18), de grandeur naturelle. Cette pien^e, dont les bords sont assez lisses et couverts d'une inscription, paraît être un assemblage de plusieurs autres ; elle est actuellement placée à l'angle oriental de la Caaba et à cinq pieds au-dessus du sol. M. William Muir n'a pas pu prendre lui-mAme les dessins qu'il donne ; ils sont empruntés aux voyages de Burckliardt, d'Ali Bey et de Burton, et l'on peut se fier à leur exactitude. On peut d'ailleurs les comparer à ceux de Niebulir et de d'Olisson.
62 BIAHOMET, CHAPITRE II.
chef des plus enlrepreriants et des plus habiles dans la personne de Cossayy, fils de Kilab, le quatrième aïeul de Mahomet. La fortune extraordinaire de Cossayy prépara certainement les voies à celle du prophète; et même, indépendamment de celte circonstance, la carrière de Cossayy mérite la plus grande attention, et elle est faite pour exciter beaucoup d'intérêt ^
Issu d'une tribu obscure des Odzrah en Arabie- Pétrée, il entra en rapport avec les Khozâa, et obtint bientôt la confiance de Holayl, leur chef, qui lui donna la main de sa fille. Mais les tribus des Kinâna, ennemis des Khozâa, gagnant tous les jours de l'ascendant, il se fit leur confédéré^; et, avec leur aide, après une lutle sanglante, il devint maître reconnu des clefs de la Caaba et de la ville de la Mecque, qui lui obéit plus de quarante ans. Quand on parle de la Mecque à cette époque, le milieu du cinquième siècle de notre ère, il faut bien savoir qu'il n'y avait point encore en ce lieu de ville proprement dite : « La vénération des Arabes pour la Caaba et pour le sol même qui l'environnait
1 On ne sait pas au juste la date de la naissance ni de la mort de Cossayy; il mourut vers 480, dans une extrême vieillesse, et il con^ quit le pouvoir vers 440; voir le Sirat-er-raçoul de M. G. Weil, t. I, p. 57 j et M. Caussin de Perceval, Essai sur V histoire des Arabes, 1. 1, p. 235 à 251.
"^ On se confédérait avec un homme d'une tribu diflérentc, quand on ne trouvait pas dans la sienne tous les avantages qu'on désirait. On acquérait ainsi tous les droits et on contractait tous les devoirs de la tribu dans laquelle on entrait; voir M. A. Sprenger^ Life oj Mohammad, p. 17.
était si grande, dit M. Caussin de Percevais qu'ils n'avaient pas osé jusqu'alors prendre de demeures fixes ni construire de maisons dans le voisinage de ce sanctuaire. On passait la journée à la Mecque, c'est-à-dire dans la circonscription du terrain particulièrement sacré ; mais le soir on s'éloignait par respect. » Cette enceinte si respectée, le Haram, comprenait toute la vallée de la Mecque, dont la circonférence est d'une quinzaine de lieues. Chaque tribu avait dans le Haram, qui était devenu un véritable asile, ses idoles particulières ; et les Kinâna avaient pu placer la leur, llobal, non loin de la Caaba, au-dessus d'un puits, où elle recevait presque autant d'hommages que la Pierre noire elle-même. Aussi Hobal fut-il placé plus lard par Cossayy dans l'intérieur et dans le trésor de la Caaba. Al-Lât et Al-Ouzza, si souvent mentionnées dans le Coran, élaient les idoles des Thagyf de Taïf; d'autres étaient placées sur les collines sacrées de Safa et de Marvah, comprises dans la ville, et où jadis Agar avait cherché vainement de l'eau pour étancher la soif de son fils mourant. C'était donc, comme le dit trèsbien M. A. Sprenger, une religion fédérative ^ ; et nous verrons qu'au temps de Mahomet les idoles accumulées autour de la Caaba montaient à près de quatre cents.
Cossayy, investi de la charge du Haram, après de
* Sirat-er-raçoul, de M. G. Weil, t. I, p. 61, et M. Caussin de Perccval, Essai sur l'histoire des Arabes, t. I, p. 256. - M. A. Sprenger, Life of Mohammad, p. 6, Allaliabad, 1851, in-8».
longs combats, voulut en assurer tous les privilèges à lui et à ses successeurs, en s'y fixant par une résidence perpétuelle. Il résolut donc de bâtir une ville dans le Haram ; et comme les Coraychiles, craignant de se souiller d'un sacrilège, hésitaient à abattre les arbres dont la vallée était couverte, il y porta le premier la hache pour donner l'exemple, et la ville fut bientôt bâtie. Il est probable que la Caaba fut aussi reconstruite; du moins il paraît certain qu'elle fut alors pour la première fois couverte d'une toiture en bois. Des quartiers divers furent assignés aux nombreuses familles des Coraychites. Cossayy se fit élever tout près de la Caaba un palais, où une salle avait été réservée pour les réunions du conseil de la tribu (Dâr-el-Nadwah) ; mais au lieu de faire un domaine public de cet Hôtel du conseil, il en resta prudemment le propriétaire, afin de pouvoir en disposer à son gré pour les convocations. Tout Coraychite ou confédéré âgé de quarante ans avait droit d'entrée au conseil. On n'y décidait rien à la majorité des suffrages, car on n'y votait pas. C'était au plus sage ou au plus éloquent de faire prévaloir son avis et d'y amener ses antagonistes par la persuasion, seul moyen , sans parler de la force, que ces barbares eussent imaginé pour résoudre les questions d'intérêt commun.
A ces attributions de gardien de la Caaba et de président du conseil de la confédération , Cossayy en joignit d'autres non moins importantes. C'était lui
qui dans le Dàr-el-Nadwah remettait officiellement le drapeau confédéré (le Liva) au chef coraychile chargé de l'expédition qui avait été décidée ; c'était lui qui répartissait les fonds de secours (Rifâda) que les Coraychites d'après son avis consentaient chaque année en faveur des pèlerins pauvres ; c'était lui qui devait distribuer l'eau entre les habitants de la ville et en pourvoir les innombrables visiteurs qui accomplissaient le pèlerinage (Sicâya) ; qui devait diriger leurs tournées et les cérémonies solennelles à Mina (Ayàm- Mina), etc. K Maître ainsi du pouvoir civil et religieux, Cossayy jouissait en outre d'un droit qui s'étendait bien au delà de la Mecque, et qui lui conférait une ^orle de suprématie sur la meilleure partie de l'Arabie : c'était le droit de désigner les mois sacrés ; car le calendrier des Arabes, ayant été d'abord exclusivement lunaire, avait présenté bientôt de grandes différences avec les saisons régulières de l'année ^ Le soin
* Sur ces institutions de Cossayy, voir le Sirat-er-raçoiil, de M. G. "NVeil, t. I, p. 65, et M. Caussin de Perceval, Essai sur Vhistoire des Arabes, t. 1, p. '255-251; M. A. Sprenger, Life of Moliammad, p. 17 et suivantes; M. W. Muir, T, caii; M. G. Weil, p. 4. Il paraît d'après le Sirat-er-raçoul que Cossayy était poëte. Ibn-Ishâc cite plusieurs de ses vers, entre autres les suivants : « Je suis le fils des forts, des puissants Bénou Iloueidj; mon séjour est à la Mecque. J'y suis devenu grand, et dans la vallée, Maad le sait ; et je trouve mon bonheur sur la colline Marva. Je n'aurais jamais été victorieux si les enfants de Keidscr et de Nébit ne s'étaient point couverts de gloire. Puzali fut mon conCéJéré; avec lui, je suis le maître et ne redoute aucune insulte, aussi longtemps que je vivrai. » Ibn-IsMc cite encore plusieurs discours de Cossayy, empreints de la même fierté.
- Voir le Mémoire sur le calendrier arabe avant l'Islamisme, par M. Î^Iahmoud Effendi, astronome égyptien.
de rétablir la concordance était un point essentiel, et - il pouvait, dans certains cas, décider des affaires les plus graves de la nation. En effet, il ne devait pas être indifférent que la trêve annuelle commençât à telle époque plutôt qu'à telle autre, ni que le pèlerinage eût lieu après ou avant les récoltes. Le moment, bien ou mal choisi, pouvait tout sauver ou tout compromettre. Cossayy disposait donc de la paix et de la guerre dans la mesure de ce droit.
Sa longue administration, ou plutôt son règne, ne paraît pas avoir été jamais troublé ; il dirigea sans rival la confédération pendant près d'un demi-siècle, et, parvenu à une grande vieillesse, il transmit par une abdication régulière le pouvoir à son fils aîné , Abdeddar. Mais à la mort de ce dernier, les Coraychites se partagèrent en plusieurs factions, et se divi- |iii| seront les dignités que Cossayy avait jadis réunies sur
sa tête. Hâchim , arriùre-grand-père de Mahomet, exerça quelque temps les fonctions du Rifâda et du Sicâya, avec une générosité restée proverbiale \ Ge fut lui aussi qui institua définitivement la double caravane annuelle, l'une d'Iiiver en Yémen, l'autre d'été en
* Le nom même d'iiàcliim lui fut dorme comme témoignage de sa munificence. Il signifie donneur de pain, donneur de miettes; et il rappelle la générosité et la richesse de celui qui, pendant une famine, avait nourri presque tous les habitants de la Mecque. Antérieurement le nom d'ilàchim était Amr. Pour que l'on pût aisément puiser de l'eau à Zemzem, il avait fait faire des réservoirs en cuir, qui passèrent à cette époque pour des merveilles de l'art. Mais Abdel-Mouttalib les remplaça par des auges et des réservoirs en pierre.
Syrie. Abd-el-Mouttalib, grand-père du prophète, ne fut guère moins magnifique, et il sut si bien restaurer et aménager la source de Zemzem qu'elle ne servit plus qu'à la boisson des Coraychites, et que les autres puits de la cité purent être exclusivement consacrés à des usages domestiques. Abdallah, fils d'Abd-el-Mouttalib et père de Mahomet, mourut trop jeune pour jouir d'aucune des dignités qui depuis quatre générations étaient héréditaires dans sa famille ; et voilà comment Mahomet, issu d'ancêtres illustres et puissants, n'eut qu'un patrimoine très-étroit, et fut élevé successivement chez son grand-père et chez ses oncles, qui étaient au nombre de dix çu douze.
Ces détails , tout succincts qu'ils sont , montrent quels éléments trouva Mahomet quand il entreprit d'organiser le peuple arabe et de l'unir en un corps de nation. En voici d'autres qui attestent que sa réforme religieuse avait été précédée par quelques tentatives moins heureuses que la sienne, mais assez semblables, et indiquant le besoin généralement senti d'une rénovation morale.
Depuis Abraham, il s'était toujours trouvé parmi les peuplades arabes quelques adorateurs du Dieu unique, et le Coran en cite plusieurs comme les devanciers et les exemples du Prophète. C'est Houd , chez les Adites ; c'est Saleh, chez les Thamoudites ; c'est Choaïb, chez les Madianites, qui, sans parler des patriarches bibliques, ont prêché la vraie foi et n'ont pas été écoutés de ceux auxquels ils adressaient leurs
sages conseils \ Ces grandes notions, oubliées par les peuples, s'étaient conservées pour quelques adeptes; et au temps môme de Mahomet, ces gens éclairés mais peu nombreux s'appelaient des Hanyfes ^ Ils étaient restés fidèles à la foi d'Abraham, et ils prétendaient même avoir conservé les volumes (Çoliof) et les rôles qu'il avait reçus des mains de Dieu. Le Coran cite très-souvent ces rôles et ces volumes d'Abraham , qui existaient encore du temps du cahfe Hâroûn al Raschid, et qui furent alors traduits du chaldéen en arabe, par un auteur qu'a retrouvé M. A. Sprenger ^. Il y a même des commentateurs qui ont cru reconnaître dans le texte du Coran des traductions partielles des çohof, et l'on ne peut nier que la sourate lui, par
1 II y a une sourale, la onzième, qui porte le nom de Houd. et qui est en grande partie consacrée à son histoire et à celle des autres envoyés de Dieu, méconnus et persécutés comme lu'. Dans la sourate xi", verset 52, Houd paraît venir assez peu de temps après ^'oé, et Userait ainsi antérieur à Atraham lui-même; mais il n'y a pas à tenir compte de la chronologie du Coran. Dans la sourate vu, verset 05, Houd vient encore après IS'oé. Pour Saleh, voir la sourate vu, verset 71, et la sourate XI, verset 64; pour Choaïb, sourate vu, verset 85, et sourate xr, verset 85. A ces trois envoyés de Dieu que Mahomet semble vénérer profondément, succède Moïse, plus grand qu"aucun d'eux, et dont le Coran parle avec autant de respect que la Bible elle-même. Voir plus loin les Extraits du Coran, chapitre des Prophètes.
- M. A. Sprenger, Das Leben nnd die Lehre des Nohammad, t. I, p. 45 et suiv., s'est occupé des hanyfes plus que personne avant lui. Il ne faut pas confondre les hanyfes avec les hanyfiles, secte venue beaucoup plus tard.
5 M. A. Sprenger, Bas Leben und die Lehre des Mohammad, t, I. p. 46. Cet auteur se nommait Ahmad, fils d'Abdallah, fils de Salàm. M. A. Sprenger a découvert lui-même un fragment de ces prétendus rôles d"Abral!om, et ce fragment figure sous le n° 4i6 de la Uibliotheca orientons Sprengeriana: voir M, A, Sprenger, ibid. p >>i.
lu
exemple (versets 37 à 55), ne semble bien en faire une sorte d'analyse. C'est au fond la doctrine que prêcha plus tard le prophète ; et ce rapprochement est digne de l'attention la plus curieuse ^
Comme le mot d'hanyfe se reproduit au moins jusqu'à douze fois dans le Coran, et que Mahomet luimême se décerne ce titre, non sans quelque orgueil, M. Sprenger s'est efforcé savamment d'en pénétrer le véritable sens; et ses recherches ont abouti à confondre à peu prés complètement l'idée d'hanyfe avec celle de musulman. L'hanyfe est l'homme pieux qui ne croit qu'au Dieu unique, et qui est soumis avec la plus parfaite abnégation à sa volonté suprême. L'Islam n'est pas autre chose ; c'est une absolue soumission à la volonté divine. Abraham, quand il se dispose à im.moler son fils, Isaac quand il se soumet sans murmure au sacrifice, sont l'un et l'autre des hanyfes, des musulmans ; ils sont des disciples de l'Islam (Coran, sourate xxxvn, verset 103). Aussi M. A. Sprenger a-t-il pu dire que l'Islam avait été prêché avant Mahomet en Arabie ^, et Mahomet a-t-il pu déclarer
* M. A. Sprenger, ibid, p. GO, a traduit cette partie de la sourate Li:i; il a traduit aussi la sourate lxxxvii (versets 1 à 5 et 14 à 19) où les commentateurs croient retrouver des fragments des çohof. Toutes ces recherches sur les hanyfes sont absolument neuves, et M. A Sprenger a le mérite d'en avoir senti le premier toule l'importance. Il a pu dire avec quelque raison que jusqu'à lui l'existence des hanyfes avait été complètement ignorée. Ibid, p. 45. Mais M. Caussin de Perceval, t. I, p. 523, avait déjà touché ce sujet avant M. A. Sprenger.
- M. A. Sprenger, T) s Leben, elc. t. I, p. 71 et 74. Il remarque
en propres termes qu'il y avait eu bien des musulmans avant lui K Ce qui est certain, c'est que de son temps il y avait à la Mecque des hanyfes qui pressentaient comme lui la nécessité d'une religion nouvelle, qui la cherchaient avec grande ardeur, et qui, ne la trouvant pas au gré de leurs désirs impatients, inclinaient par une pente assez naturelle soit à la religion juive, soit à la religion chrétienne; car l'une et l'autre se rattachaient à l'antique foi d'Abraham.
Ibn-Ishâc^ rapporte une anecdote qui fait bien voir où en étaient les aspirations des hanyfes et leur répugnance pour l'idolâtrie de leurs grossiers compagnons. « Les Coraychites, dit-il, s'étaient un jour réunis autour d'une de leurs idoles^. C'était une de celles qu'ils honoraient par le sacrifice des victimes; c'était près d'elle qu'ils s'assemblaient pour
que parmi les contemporains de Mahomet on pourrait en nommer au moins une douzaine qui avaient renoncé à l'idolâtrie, et qui comptaient parmi les hanyfes. M. A. Spreng-er donne sur les principaux d'entre eux quelques notices pleines d'intérêt.
^ Coran, sourate xxvni, verset 53. On pourrait trouver dans le Coran beaucoup d'autres passages analogues, où Mahomet se présente pour un continuateur bien plutôi que pour un novateur. Il vient restaurer la foi de Noé, d'Abraham, de Moïse, de Jésus même; il ne vient ni les contredire, ni les rempliccr ; il leur succède. Voir plus loin les Extraits du Coran, chapitre des Prophètes.
- Voir le Sirat-er-rnçoul de M. G. Weil, t. I, p. 107 et suiv.
^ M. Caussin de Perceval, Essai sun V histoire des Arabes,, t. I, p. 321, suppose que celte idole est Al-Ouzza; M. A. Sprenger croit que c'est plutôt l'idole Bowàna, qui joue encore un rôle dans la vie de Ze:d, fils d'Amr. Ce détail n'a pas d'importance. L'anecdote n'est pas rapportée par M. Caussin de Perceval tout à fait dans les mêmes termes; j'ai suivi 4a version de M. A. Sprenger.
L'ARABIE AVANT LE MAHOMÉTISMË. 1i
célébrer leurs cérémonies religieuses, et qu'ils avaient l'habitude de converser entre eux. Cette réunion avait lieu tous les ans à jour fixe, et c'était une grande fête. Cependant une fois quatre personnes se tinrent à l'écart, et sous le sceau du secret elles se communiquèrent les pensées intimes qui les agi. taient. Ces liommes étaient Varaka. lils de Naufal, fils d'Asad, neveu de la première femme du prophète (Khadidja) ; Othmân, fils d'Alhouveyreth, son cousin; Oubeïdallah, cousin germain de Mahomet : et enfin Zeïd, fils d'Amr. Ils se dirent donc entre eux : « Nos « concitoyens sont dans f erreur, et ils perverlissent « la vraie religion de leur père Abraham. Pouvons- « nous comme eux tourner autour d'une pierre qui c< n'entend ni ne voit rien, et qui ne peut faire ni « aucun bien, ni aucun mal? Cherchons une foi meil- « leure que celle-là. » Ils abandonnèrent donc leur patrie et ils voyagèrent dans les pays étrangers pour y trouver la religion des hanyfes, la religion véritable d'Abraham ^ »
Ces quatre personnages, d'un esprit si indépendant et si élevé, ont été en rapports suivis avec Mahomet,
* Il paraît bien que celte anecdote a éié recueillie d'abord par Ibn-IsMc, et qu'elle a éié répétée d'après lui. Les dcctrines de ces bunyfes sont tout à lait analogues à celles du Coran, et les expressions mêmes qu'on leur prête dans leurs critiques contre l'idolâtrie se retrouvent souvent dans la boucbe de Mahomet. On pourrait citer une l'oule de sourates où l'impuissance des idoles est signalée dans les mêmes termes.
et l'on ne peut douter qu'ils n'aient exercé une réelle influence sur lui. Ce qu'il y a de très-remarquable, c'est que la plupart d'entre eux se firent chrétiens, après quelques hésitations. Varaka fut le premier à se convertir, et il se rendit même assez fameux par la connaissance étendue qu'il acquit des saintes Écritures. Oubeïdallah conserva plus longtemps des doutes : et quand il entendit Mahomet prêcher sa doctrine nouvelle, il se rangea parmi ses disciples; il fut un de ceux qui, menacés d'une persécution plus rigoureuse, se réfugièrent en Abyssinien Mais là il abandonna l'Islam pour embrasser le christianisme, dans le sein duquel il mourut. Mahomet crut devoir épouser sa veuve Oumm llabyba, fille du puissant Aboû Sofyûn. Olhmàn, fils d'Alhouveyreth, fut conduit par ses voyages à la cour des empereurs de Conslantinople; on Fy traita avec une grande distinction, et il ne larda pas à s'y faire chrétien, mêlant d'ailleurs à ses
* M. A. Sprcnger a consacré un curieux appendice de son deuxième volume, pages 41 et suiv., à la fuite des premiers disciples en Abyssinie. Il y eut deux émigrations : la première composée de douze hommes et de quatre femmes; la seconde, de quatre-vingt-trois hommes et de dix-huit femmes, sur lesquelles onze étaient Coraychites. Les auteurs, du resle, varient sur ces nombres sans que les différences soient très-considérables. H paraît bien qu'Oubeïdallah faisait partie de la seconde émigration. Dans la liste des émigrés, dressée par M. A. Sprenger, t. II, p. 102 et 1G5, Oubeïdallah est le sixième, et il est compris parmi les confédérés des Ommyades, et son nom y est suivi de celui de sa femme. Cette liste est intéressante en ce qu'elle montre qu'à cette époque déjà Mahomet avait conquis une foule de disciples Ijjj fervents dans les familles les plus illustres et les plus puissantes. Aussi
le souvenir de la fuite en Abyssinie tient-il une grande place parmi les traditions les plus chères à la piété musulmane.
croyances religieuses des projets politiques et une ardente ambition ^
Zeïd, fils d'Amr, est un personnage qui est plus intéressant encore qu'aucun de ceux qui précèdent, et dont le prophète a pu emprunter davantage. Il resta toute sa vie un pur hanyfe, et tout en ressentant la plus profonde vénération pour le judaïsme et pour le christianisme, il ne se donna ni à l'un ni à l'autre. Il s'était fait comme une religion personnelle, et il n'offrait ses adorations qu'au Dieu d'Abraham. Il blâmait énergiquem^nt les erreurs de l'idolâtrie contemporaine, ne sacrifiant jamais aux idoles, et il cherchait à corriger la barbarie des mœurs au milieu desquelles il vivait ; il s'élevait surtout avec force contre l'affreuse coutume, fort répandue de son temps, d'enterrer les filles toutes vivantes, coutume que Mahomet seul put déraciner. Souvent on le voyait, le dos appuyé sur la Caaba, adresser ses conseils et ses reproches à ses compatriotes ; et il disait à haute voix : « Oui, j'en jure par celui qui tient mon existence entre ses mains, je suis le seul parmi vous tous qui suit la religion d'Abraham. » Puis il ajoutait : « 0 Allah, si je savais quelle est la forme d'adoration qui te plaît le mieux, je la pratiquerais; mais je ne la connais pas^ » Entraîné par
* M. A. Sprenger, Bas Leben, etc., t. I, p. 89.
- Celle tradition venait d'une fille d'Abcu-Becr, Asma , laquelle l'avait transmise à son fils Ourva, lequel l'avait transmise à son fils llishâm, de qui la tenait Ibn-lshâc; voir le Sirat-er-raçoid de M. G. Weil, t. 1, p. 108.
son enthousiasme, Zeïd, fils d'Amr, avait entrepris des voyages, comme ses trois amis ; et il revenait de Syrie à la Mecque pour y entendre le prophète annoncer la pure religion d'Abraham et des patriarches, quand il fut tué, dit-on, sur la frontière du Hidjaz par une j troupe de Bédouins \ Selon d'autres témoignages, il
I ' rentra dans sa patrie, y vécut encore de longues an-
nées, et se retira sur la fin de sa vie dans un des ermitages du mont Hirâ, près de la Mecque.
Ce qui distingue surtout Zeïd, fils d'Amr, c'est qu'il élait poëte à la façon dont le fut plus tard Mahomet. Il reste de lui des vers, conservés par Ibn-Ishâc et Ibn-Hishâm, qui ne dépareraient pas le Coran, si ce n'est pour lexpression, du moins pour la pensée. Zeïd y célèbre dans les termes les plus précis le Dieu unique, le miséricordieux, qui pardonne les péchés, qui soutient les bons et châtie les méchants. Il attaque le culte des idoles auxquelles il a renoncé ; il ne croit plus ni à Làt, ni à Ouzza, ni à ses deux filles ; ces stupides divinités n'ont eu ses hommages qu'au temps où il n'avait pas encore de raison. Ces superstitions honteuses ont disparu de son esprit, comme dispa-
1 M Gaussin de PcrcevaU t. I, p. ô'iO, se flatte avec toute justice d'avoir le premier signalé l'importance de Zeïd. fils d'Amr : « Personnage intéressant, dit-il, qui fut en quelque sorte le précurseur de Mahomet, et dont Texistence.. digne d'atïenton à ce titre, était restée jusqu'ici presque ignorée des savants européens. » M. A. Sprenger^ t. I, p, 82, a complété ces renseignements en traduisant des poésies de Ztïd, d'aprCs le Sirat-er-raçoul ; \oir M. G. AYeil; t. I, p. 109 et suiv.
L'ARABIE AVAÎ^T LE MAHOMÈTISME. 75
raissent les rêves de la nuit ou les illusions des ténèbres. Mais l'homme qui a fait une faute peut se relever un jour, comme l'arbuste flétri peut reverdir quand la pluie vient à le ranimer. Zeïd ne veut plus connaitre désormais que le Dieu créateur de la terre et des cieux, son seul refuge et son seul appui, le Dieu dont il veut être à jamais le serviteur et le fidèle esclave, prêt à faire tout ce qu'il lui ordonnera ; car c'est la piété el non la puissance qui assure à l'homme, pauvre et faible créature qu'il est, la vie et la félicité éternelles ^
Zeïd, fils d'Amr, passe pour avoir été le maître de ses trois amis, Ollimân, Oubeydallah etVaraka. Le fameux Omar était son neveu ; et il est probable qu'il ne fut pas sans action sur lui, bien que la sauvage énergie d'Omar ne se soit adoucie que devant la parole du prophète. Du reste, si Ton s'en rapporte à la tradition, Mahomet lui-même s'est toujours montré plein de respect et presque de reconnaissance pour Zeïd, iils d'Amr. Un jour, pressé par Omar de prier pour l'âme de Zeïd, le prophète répondit : « Je prierai pour lui ;
^ Je ne peux ici qu' analyser très-Lrièvemenl les poésies de Zeïdj Iils d'Amr; mais ce résumé, tout abrégé quïl csL nécessairement^ en fait bien voir le caractère. On peut les lire tout au long dans l'ouvrage allemand de M. A. Sprenger, t. I, p. 85 et suiv., et comparer sa traduction à celle de M. G. Weil. Le génie de Zeïd a beaucoup moins d'énergie et d'éclat que celui de Mahomet; mais au fond ce sont absolument les mêmes idées : c'est le culte de Dieu unique, tel qu'il s'est révélé aux prophètes antérieurs. Seulement Zeïd, fils d'Amr, ne se croit pas l'Envoyé de ce Dieu, et il ne paile qu'en son proprenom.
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76 MAHOMET, CIIAPITHE II.
mais au jour de la résurrection, Zeïd formera à lui seul toute une église K » Une autre fois le prophète dit qu'il avait YU Varaka sur le bord d'un des fleuves du Paradis, où il jouissait d'un bonheur inaltérable, parce qu'il avait coutume de dire durant sa vie : « Ma religion est la religion de Zeïd ; et mon Dieu est le Dieu deZeïd^)) Ainsi Mahomet sentait bien toute la valeur des doctrines religieuses que Zeïd professait, et M. A. Sprenger n'a peut-être rien exagéré en disant que tout ce que nous savons de Zeïd, fils d'Amr, se retrouve dans le Coran ^.
Parmi les hanyfes contemporains de Mahomet, on cite encore Ommayya, fils de Aby-s-Çalt, né à Tâïf, à deux journées de marche au sud de la Mecque. Ommayya était le plus distingué des poètes de son temps, et il semble que ce talent était héréditaire dans sa famille ; car son père s'était illustré aussi en ce genre. Il reste quelques vers d'Ommayya cités par divers au-
1 BI, A. Sprenger, Das Leden, etc., t. I, p. 8ô. M. A. Sprenger n'indique pas de qui vient celte précieuse tradition. Elle a été conservée par Ibn-Isliâc dans le Sirat-er-raçoul; voir la traduction de M. G. Weil, t. I, p. 109.
2 Ce second Hâditli est tiré de l'Içâba, ce dictionnaire biographique des compagnons du Prophète, que M. A. Sprenger a si heureusement découvert; voir plus haut, p. 24.
'" Ce serait certainement une étude fort difficile, et il serait assez périlleux de faire ces distinctions dans le Coran. M. A. Sprenger eût été plus propre que personne à cette recherche déUcate. Il a partagé le prix proposé par l'Académie des inscriptions et belles-lettres sur la composition du Coran; mais je ne sais si dans son mémoire il a traité ce point spécial des rapports de Zeïl, fils d'Amr, avec Mahomet.
leurs ^; mais ils ne suffisent pas pour bien faire apprécier ni ses doctrines ni son génie. Persuadé, comme tout le monde l'était en Arabie à cette époque, qu'il paraîtrait bientôt un prophète, il se crut quelque temps destiné à ce rôle glorieux, et lorsque Mahomet
* M. A. Sprenger, Das Leben und die Lehre des Mohammad, t. I, p. 110 à 119, a consacré un appendice à Ommayya, fils d'Abyl-s-Çall, et il a donné d'après les auteurs arabes à peu près tout ce qui reslo de lui. Le fragment le plus long et le plus remarquable peut-être est une élégie où Ommayya rappelle à un de ses iils les soins qu'il a pris de lui durant son enfance, et semble lui reprocher son ingratitude .Le sentiment de cette pièce est vraie, el l'expression en est trèstouchante. Il est probable que dans l'original le style doit être digne de la réputation du pcëte. La tradition a conservé aussi quelques détails assez curieux sur la mort d'Ommayya et sur les dernières paroles qu'il avait prononcées. Voir l'appendice qui vient d'être cité. On trouve encore dans le Sirat-er-raçoul, traduction de M. G. Weil, t. I, p. 5, un très-bel hymne à Dieu, que Ibn-ïshâc attribue à Zeïd, fils d'Amr, et que Ibn-Hishâm attribue à Ommayya, au moins en grande partie. Si c'est Ibn-llisliâm qui a raison, les doctrines d'Ommayya auraient été tout à fait semblables à celles de Zeïd. Voici cet hymne :
c( Je ne cesse tant que je vis d'adresser à Dieu louange, honneur et parole reconnaissante, à Dieu le Roi des rois, qui n'a au-dessus de lui ni maître ni dieu qui en approche. 0 homme! pense à la mort; tu ne peux rien cacher à Dieu; garde-toi de mettre à côté d'Allah d'autre dieu que lui; le chemin de la vériié est maintenant bien clair. Sois doublement béni; ils placent lem^ espoir dans les Djinns, et toi, Allah, notre maître, tu es mon espoir. Je mets mon bonheur en toi, Allah, comme mon Seigneur; car je ne vois pas de dieu en dehors de toi, un autre dieu à qui je puisse croire. C'est loi qui par bonté et par miséricorde envoyais un messager à Moïse pour qu'avec Aaron ils appelassent ensemble à Dieu le Pharaon infidèle. Qu'ils lui demandent s'il aurait pu étendre la terre et la faire tenir telle qu'elle est sans appui, et si c'est lui qui a élevé le ciel sans colonnes; il serait alors un bien bon architecte; si c'est lui qui a rendu brillante la moitié des cieux, pour que la lumière servît de guide durant la nuit. Qu'il dise donc à qui on doit le soleil le matin, pour (jue la terre à qui il appartient soit éclairée. Qu'il dise qui fait pousser la senience dans le sol, qui fait
annonça publiquenaent sa mission, Omniayya ne manqua pas de le combattre, bien moins encore comme un imposteur que comme un rival. 11 dirigea contre
lil ♦ lui quelques satires Irès-mordantes qui le blessèrent
vivement. Par représailles, le prophète proscrivit les poésies d'Ommayya; mais elles étaient si populaires et si répandues, que malgré cette proscription solennelle, la tradition les conserva longtemps encore après la mort de Mahomet. D'ailleurs Mahomet lui-même, malgré sa juste colère, était sous le charme; on l'entendit plus d'une fois réciter des vers d'Ommayya avec admiration ; et il disait souvent : « Le langage
||[ d'Ommayya est admirable ; mais c'est son cœur qui
est mauvais. C'est un croyant dans ses poésies ; c'est un infidèle dans le fond de son âme. » Ce ne fut d'ailleurs qu'après le combat de Bedr que Ommayya se brouilla définitivement avec le prophète ; car il avait fait une élégie en l'honneur des guerriers morts dans cette fameuse journée \
pousser les piaules en tous sens et leur fait porter de nouveau la semence à leur sommet. Il y a là des signes pour ceux qui pensent. Dans ta bonté, tu as sauvé Jonas après qu'il eut passé des nuits dans le ventre d'un poisson. Si je loue ton nom, Seigneur, je te demande aussi de me pardonner mes péchés. Maître des esclaves, accorde-moi ta grâce et tes dons. Bénis ma maison et mes entants. »
* D'après quelques commentateurs arabes, il y aurait dans le Coran tout un long passage qui s'appliquerait à Ommayya, bien qu'il n'y soit [1' pas nommé; c'est dans la sourale vu, versets 174 à 186. Il est pos-
sible que cette hypothèse se fonde sur quelque tradition certaine; mais l'allusion est bien obscure, et il est à craindre qu'ici, comme il est arrivé souvent ailleurs, les commentateurs n'aient substitué leur propre pensée à celle de l'auteur original. Voici le verset 174 :
I ij I
Tel était le milieu moral, civil, politique et religieux dans lequel allait paraître Mahomet ; tels étaient ses précurseurs et ses contemporains, ses rivaux et ses futurs disciples; en un mot, les éléments qu'il avait à coordonner et dont il devait se servir, pour les inspirations de son génie ou pour les desseins de son ambition. Ces éléments étaient nombreux et les germes tout prêts à éclore. Il ne fallait qu'une main puissante pour les féconder. Les Hanyfes pouvaient se croire les fils et les successeurs d'Abraham ; mais leurs doctrines étaient encore moins juives que chrétiennes. Ils subissaient, sans le savoir, l'influence de ce grand mouvement, qui ne pouvait se passer si près d'eux sans les toucher. C'était aux patriarches de la Bible que les Hanyfes rapportaient leur foi ; et en cela ils ne se trompaient pas; mais sans la rénovation des croyances judaïques par le christianisme, la foi d'Abraham méconnue et oubliée depuis tant de siècles n'aurait pu renaître. Les Hanyfes sont des demi-chrétiens, comme Mahomet le sera lui-même en recueillant et en agrandissant leur héritage, aussi sincère et aussi
a Récite-leur (aux Juifs) l'histoire de celui auquel nous avons fait voir un signe, et qui s'en détourna pour suivre Satan, et qui fut ainsi parmi les égarés.» Verset 175 : «Or si nous l'avions voidu, nous l'aurions élevé par ce miracle; mais il demeura altaché à la terre, et suivit ses passions. Il ressembla au chien qui aboie quand tu lui donnes la chasse, et qui aboie encore quand tu t'éloignes de lui, etc. » Il n'est pas impossible, sans doute, que ces critiques acerbes s'adressent à Ommayya; mais ce n'est pas démontré. Du reste je dois dire que M, A. Sprenger, si bon juge en ces matières, accepte sans hésiter la tradition des commentateurs.
ignorant que ses précurseurs. Le Coran peut l'attester dans une foule de passages, où il exprime pour le Christ, fds de Marie, le plus profond respect et la plus vive admiration \
* Voir plus loin les Extraits du Coran, cliapitro des Prophètes,