‹ Mahomet et la CoranChapitre 36 sur 50 · G MAII0)1ET, CHAPITRE · texte numérisé non relu

G MAII0)1ET, CHAPITRE

cusnit de relations criminelles avec l'épouse dn pro= phète, il vint implorer sa grâce auprès de Mahoniel. Le scandale avait été si grave, que le piophète avait dû en faire l'objet d'une de ses révélations ^ et condescendre jusqu'à justifier publiquement sa femme bien-aimée. L'irritation du mari offensé était naturelle. Mahomet la fit taire; et Hassan, réconcilié avec celle qu'il avait calomniée, reçut non-seulement la vie, mais des présents pour réparer les affronts qu'il avait soufferts dans sa personne.

Peu de temps après le cotnbat de Bedr, Mahomet avait voulu faire venir ses filles auprès de lui, de la Mecque à Médine. Une d'elles, Zainab, avait été fort maltraitée par Habbàr , chargé des préparatifs de l'évasion. Il l'avait poussée méchamment avec le talon de sa lance, et Zaïnab, alors enceinte, était tombée du haut de son chameau; il s'en était suivi un avortement et une longue maladie, à laquelle la victime de cette brutalité venait de succomber, quand Mahomet soumit la Mecque. Habbâr s'était soustrait à toutes les recherches ; mais, après deux mois, il osa se présenter au prophète, pour témoigner de son sincère repentir et se ranger à l'Islam. Mahomet, qui pleurait encore sa tille, excusa ce meurtre en faveur de la conversion ^.

1 Voir le passage fameux du Coran où il est fait allusion à toute cette aventure, qu'Ayéslia raconta elle-même plus tard, sourate xxiv. versets 11 et suiv. Voir M. Caussin de Perceval, Essai sur T histoire des Arabes, t. 111, p. 170.

- M. Gustave Weil, Mohammed der Prophet, p. 222, et M. Caussin de Perce\al, Essai sur l'histoire des Arabes, t. III, p. 237.

CAKACTÈRE i)E MAHOMET. 127

Ainsi, dans ces deux occasions, il avait su imposer silence aux trop justes griefs de l'époux et du père. Je pourrais accumuler encore beaucoup d'autres exemples de celle grandeur d'àme qui pardonne les plus mortelles injures; mais pour juger pleinemi^nl Mahomet, il iaut\'oir quelle fut sa conduite quand il rentra \iclorieux à la Mecque, après dix ans de persécutions et d'outrages et presque autant d'années d'exil ^

C'était en 650. Il était maître alors de la meilleure partie de l'Arabie ; un grand nombre de tribus lui étaient soumises ; il avait envoyé ses ambassades au roi d'Atyssinie, au gouserrieur de l'Egypte, au gouverneur de la Syrie, à l'empereur Héraclius lui-même ; et déjà il se sentait de force à se mesurer avec l'empire romain, et à lui arraclier bien des lambeaux. Les Mecquois, ayant rompu une trêve conclue peu de temps auparavant à Hodeibiya,Maliomet marcha contre eux à la tête d'une armée de dix mille liommes. La ville, consternée, ne pensa pas même à se défendre, tant les précautions de Mahomet avaient été bien prises. Les musulmans, jadis persécutés et proscrits, ne respiraient que la vengeance, et l'on peut se figurer de quelle fureur devaient être saisis tous ces

* 11 était rentré une première fois dtjà à la Mecque, mais sculernent à l'étal de pèlerin, en 029; il n'y était resté que trois jours pour accomplir ses dévotions, eL il avait dû en repartir le quatrième, avec tous ses compagnons, qui avaient déposé leurs armes avant d'entrer dans le Haram. Voir le Sirat-er-raçoul, traduction de M. G. Weil, I. U, p. 179.

guerriers à demi barbares, et habitués à verser le sang pour les moindres querelles. Apaiser ces rancunes farouches et empêcher des massacres dès longtemps médités, c'était chose presque impossible; et il fallait toute l'autorité du prophète et toute son adresse pour réussir à atténuer le mal, si ce n'est à le prévenir entièrement.

D'abord il destitua un de ses généraux, qui avait exprimé des projets de vengeance impitoyable, et il prescrivit aux autres d'éviter tout combat dans l'intérieur de la Mecque ; elle était regardée comme un asile sacré, que personne, si ce n'est le prophète, et encore pour un temps très-limité, ne pouvait avoir le droit de violer \ Il défendit à qui que ce fût de verser le sang, et il se réserva le soin de prononcer les condamnations capitales qu'il ne pouvait refuser à de légitimes ressentiments. Il y eut dix-sept personnes qu'on dévoua au sabre des soldats, mais qui presque toutes purent échapper, redevables de leur salut à l'intervention patente ou secrète de Mahomet ^ Pour garantir la masse de la population, il la convoqua tout entière sur la colline Safa, et il lui fit prêter serment d'obéissance. Il était lui-même sur un siège élevé ; Omar, assis au-dessous de lui, donnait la main

' Voir le Coran, sourate m, verset 51.

'- Le Sirat-er-raçoul , traduction do M. G. ^Yeil, t. II, p. 195, raconte tout au long- les préparatifs de Mahomet pour celte expédition décisive. Voir aussi M. W. Muir, The Life of Mahomet, t. lY, p. 130, qui croit pouvoir affirmer qu'il n'y eut (jne quatre personnes mises à mort.

en signe de protection ^ à tous ceux qui venaient jurer, et, grâce à cette démonstration solennelle, la sécurité fut bientôt rétablie. Tous les Mecquois, hommes el femmes, étant devenus musulmans, étaient à l'abri des violences dont ils avaient été menacés; et, afin que tous les cœurs fussent rassurés, Mahomet paya lui-même le prix du sang pour un meurtre qui avait été commis malgré ses ordres ^

Je doute qu'il ait jamais été donné à personne, dans l'ivresse du triomphe et dans l'apaisement d'une guerre civile, de mieux faire que Mahomet. Pour arriver à dompter les passions féroces dont il était entouré, il avait eu d'abord à réprimer les siennes. Il n'était pas un musulman qui eût à se souvenir d'autant d'insultes que lui; et, du moment que Mahomet avait oublié les siennes, il n'était pas un de ses compagnons qui pûl être plus vindicatif que lui.

11 poussa même la clémence plus loin, et il eut pour les vaincus, selon leur position, des mots gracieux et consolants, qui adoucissaient l'humiliation de la défaite. Abou-Becr lui amena son vieux père, aveugle el âgé de quatre-vingt-sept ans, qui jusqu'alors était demeuré idolâtre : « Pourquoi faire sortir ce vénérable cheik de sa demeure? dit Mahomet; je serais allé l'y visitcî' ; » et, posant affectueusement les mains

' )I. Cuutrsin de I^erceval, Essai sur l'histoire des Araires, tome 111, j). 235 et suiv.

- Siral-er~raçoul, traduction de M. G. Weil, t. II, p. 205 ; M. Caussiii de Perceval, Essai sur Thistoire des Arabes, t. III, p. 254.

130 MAHOMET, CHAPITRE IIl.

sur lu poitrine du vieillard, il reçut sa proression de foi. Quand le fds d'Aboudjhal, Icrima, parut devant lui, conduit par sa femme, qui avail obtenu sa grâce, Mahomet recommanda à son entourage de s'abstenir de toute parole a mère . « Voici, dit-il, Icrima qui vient embrasser l'islamisme. Que nul d'entre vous ne tienne jamais devant lui aucun propos injurieux à la mémoire de son père. Insulter les morts, c'est blesser les vivants. » Puis, se levant , il alla à la rencontre d'Icrima et le reçut affectueusement. Un autre Coravcbite illuslre, Safwân, ayant demandé deux mois pour se convertir à l'Islam, Mahomet lui en accorda le double, afin de lui rendre la soumission moins pénible.

11 est bien rare de trouver tant de modération dans la victoire après de si longues luttes, et ce respect des vaincus n'est pas habituel aux victorieux, même au sein de la civilisation la plus avancée. Ces vertus ne se démentirent guère chez Mahomet; et, s'il parut quelquefois y manquer, on peut croire sans trop d'indulgence qu'il cédait aux nécessités de la situation plutôt qu'à do vulgaires et mauvais sentiments.

La clémence était le ressort principal de sa politique, et il y eut recours, chaque fois qu'il le put, pour achever la soumission des tribus qu'il avait dû combattre. Il exigeait la môme mansuétude de ses lieutenants, et il blâma énergiquement les cruautés inutiles que quelques-uns d'entre eux avaient commises ^ La

* C'est ainsi que Mahomet réprouva l'exécution que Kliâlid, fils de Walîd. avait faite sur la tribu des Djadhîma-lbn-Amir. massacrée

CARACTÈIŒ DE BIAIIOMET.

guerre tut toujours faite avec cet enthousiasme et cette frénésie qui rendirent bientôt le monde arabe si redoutable à tous ses voisins ; mais elle fut du moins adoucie dans ses rigueurs, et l'extermination des vaincus cessa d'être de droit commun ^ C'était un grand progrès, et l'on ne peut nier que Mahomet n'y ait contribué de toutes ses forces, sans pouvoir d'ailleurs y réussir toujours.

Il voulut môme, entreprise encore moins aisée, apprendre à ses soldats le désintéressement, dont il leur donnait personnellement un si admirable et si constant exemple. Le but essentiel des premières expéditions était religieux; mais les avantages matériels de la victoire se tirent bientôt sentir, et le pillage lucratif des idolâtres aida beaucoup au désir pieux de les convertir. Le butin excitait au moins autant

presque tout entière. Voir M. Caussin de Perceval, Essai sur l'histoire des Arabes, t. 111. p. 245. Gomme exemple de la politique de Mahomet, on peut citer la manière dont il traita la grande tribu de Havâzin, qui lui avait énergiquement résisié, et qui un instant avait balancé la fortune; voir M. Gustave Weil, Mahomet der Prophet, page 237; M. William Muir, The Life of Mahomet, t. IV, p. 148.

^ Ce ne fut guère ([u'à l'égard des Juifs que Mahomet se départit de su cléuience habituelle. Il leur fit grâce quelquel'ois, comme aux Gaynocà par exemi)!e; mais dans d'autres circonstances il se montra implacable. La tribu des Corayzba, qui avait fait défection pendant le siège de Médine, fut châtiée d'une manière alTreuse. Sept cents prisonniers conduits à Médine y lurent égorgés. Mahomet ne donna point personnellement cet ordre barbare. La question avait été soumise par les Coray/iia eux-mêmes à Sâd, fils dcMoâdh, chef de la tribu d'Ans. Il décida contre eux, et l'horrible sentenc/? fut exécutée sans que le prophète intervînt; voir le Sirat-i'r-raçoul, traduction de M. G. Weil. l. II, p. 107; M. Gustave Weil, p. 1G9, et M. Gaussin de Perceval, t. III, p. 144.

Jô2 MAHOMLT, GllAPiniE III.

d'ardeur que le prosélytisme. Il y avait là un trèsgrand danger pour la croyance nouvelle, et Mahomet courait risque, en voulant faire des musulmans, de ne faire qu'une nalion de pillards. 11 comprit le péril, et il s'attacha à le conjurer, d'abord en se montrant lui-même au-dessus de ces basses convoitises, et aussi en les refrénant par ses conseils docilement écoutés.

Voici une occasion dans laquelle il donna à ses partisans une leçon mémorable. Les Havâzin , grande peuplade limitrophe de la Mecque, venaient d'être vaincus, après une très-rude campagne enlremêlée de revers. Mahomet était parvenu à soustraire les captifs, qui n'étaient pas moins de six mille, à la fureur des soldats ; l'humanité était satisfaite ; mais le partage du butin avait suscité bien des mécontentements, quoiqu'on eut suivi la loi faite dans le Coran après la bataille de Bedr ^ Les Ansâr se plaignaient hautement que les Mecquois récemment convertis eussent été favorisés à leurs dépens. Les Mecquois n'étaient pas

^ Il y a dans le Coran une sourate presque mtière. la ww', consacrée à ce sujet spécial, et elle est intitulée le Butin [El-Anfàl). Mahcmet avait pensé dabcrd à attribuer tout le butin à Dieu et à lui, et à le répartir selon les vues de sa politiciue; après le combat de l*edr, il Tavait distribué par portions égales entre tous ses soldats; mais ensuite il ne préleva que le cinquième pour Dieu, son prophète et sa l'a mille, les orphelins et les pauvres. Cet:e préoccupation de Mahomet, si notoirement désintéressé pour lui-même, montre bien de quelle importance élait la répartition du butin. A l'enthousiasme religieux se joignait un amour effréné du lucre, aiguisé par la misère habituelle de ces malheureuses peuplades.

CARACTIiUE DE MAIIOMIiT. 135

moins irrités, trouvant leurs parts insuffisantes; et la révolte était allée si loin que le prophète avait élé menacé dans sa personne, et que son manteau lui avait été arraché par les séditieux amassés autour de lui. Il apaisa les uns par quelques promesses; mais quant aux Ansâr, il tint à s'expliquer plus particulièrement avec eux. Il les fil donc convoquer par Saïd-Ibn-Obàda, qui avait osé se porter l'organe de leurs plaintes; et, quand ils furent tous réunis :

« Hommes de Médine, leur dit-il , je connais vos discours et vous êtes mécontents des dons quej'ai faits aux Coraychites; vous prétendez que je vous ai oubhés. Mais répondez-moi : ne suis-je pas venu à vous pendant que vous étiez plongés dans l'erreur? Dieu ne vous a-t-il pas remis dans le droit chemin? N éticzvous pas alors dans le besoin? Ne vous a-t-il pas enrichis? N'étiez-vous pas livrés à la discorde entre vous? N'a-t-il pas rempli vos cœurs d'amour et d'union? » Mahomet s'arrêta pour attendre une réponse, et les Ansàr lui dirent : « Oui, c'est là la vérité : c'est à Dieu et à son prophète que nous devons la concorde et la fortune dont nous jouissons.» « C'est bien, reprit Mahomet ; mais vous auriez pu me répondre aussi, avec une sincérité que j'aurais dû moi-môme reconnaître : « Tu « es venu à Médine proscrit comme un imposteur, et «nous avons porté témoignage de ta véracité; tu es «venu comme un fugitif dépouillé de tout, et nous « t'avons accueilli ; comme un banni, et nous t'avons

iôi MAHOMET, CHAPITRE III.

«donné un asile ; comme un pauvre, et nous t'avons « soulagé. » Mais vous ne pensez pas à me répondre ainsi ; et cependant vous ne pouvez supporter tranquillement que je donne à ces hommes des récompenses mondaines, par lesquelles je dois gagner leurs cœurs, au lieu que les vôtres sont fermes dans la foi! N'êtesvousdonc pas contents, tandis que d'autres ramènent chez eux des moutons et des chameaux, do ramener parmi vous le prophète du Seigneur? Oui, par celui qui tient entre ses mains l'âme de Mahomet, je resterai toujours au milieu de vous. Le monde entier suivrait une route, et les hommes de Médincen suivraient une autre, c'est la route des hommes de Médine que je choisirais. Que Dieu les comble de ses bienfaits, eux et leurs fils, et les entants de leurs enfants ^ » A ces accents du prophète, tous les yeux furent mouillés de larmes, comme les siens; et les Ansâr s'écrièrent d'une voix unanime : « Prophète de Dieu , nous sommes contents de notre lot K »

C'est par ces hautes et sincères émotions que Mahomet dominait surtout les âmes, et qu'il les menait à Dieu en les arrachant à toutes les viles passions. Son entrée à la Mecque avait eu un caractère exclusivement religieux ; et quoique la ville eût été prise sans coudi-

1 Voir M. Gustave Wei', Mohammed der Proplfet, p. 241 ; M. Caiissiii de l*erceval, Essai mr llnsloire des Arabes, t. III, p. 265; M. \V. Muir, The IJfe of Mahomet, t. IV, p. 155.

- Selon les commentateurs, la sourate ix, versets 60-62, fait allusion à cet événement. Mais l'allusion est. précise dans la sourate lix, verset 9.

CARACTÈRE DE MAHOMET. lôr)

lions \ personne n'avait songé que le pillage put être le prix de la victoire. Le premier soin du prophétie avait été de se rendre à la Caaba, qui était toujours aussi respectée des musulmans que des idolâtres ; il en avait l'ait sept fois le tour, monté sur sa chamelle, et il avait touché la Pierre noire de son bâton recourbé {Milidjan), Puis entrant dans le sanctuaire, dont il s'était fait remettre la clef, il y avait successivement détruit de ses propres mains tous les signes et les symboles de l'idolâtrie, une colombe de bois suspendue au' plafond, des figures peintes sur les murailles et entre autres celle d'Abraham. Sortant ensuite de la Caaba, il avait recommencé à en faire le tour, levant son bâton devant chacune des trois cent soixante idoles des tribus, qui. scellées avec du plomb, en couronnaient le faîte. Il les avait condamnées en disant : « La vérité est venue ; que le mensonge disparaisse ^ » Et à peine avait-il proféré ces mots, que l'idole était renversée et mise en pièces par ceux qui le suivaient. En même temps, il avait fait ordonner, par les. crieurs publics, à tous les habitants

* Afin d'épargner le sang et d'empêcher les conséquences d'un assaut, Mahomet avait ménagé un arrangement secret avec Abou-Sofyàn, le chef des Coraychites, qui était venu s'entendre avec lui quelques jours auparavant. C'était Abbàs, l'oncle de Mahomet, qui s'était lait l'intermédiaire de la négociation. Elle fait le plus grand honneur aux deux partis; et Abou-Sotyân ne fut pas un traître. Voir les détails donnés par M. William Muir, The life of Mahomet, t. IV, p. 117, et surfout la note de la page 120

- Voir le Coran, sourate xvii, verset 85, et le Sirat-er-raçoul, traduction de M. G. Weil, t. II, p. 106 et 276.

de la ville, qu'ils eussent à détruire toutes les idoles qu'ils avaient dans leurs maisons; et en quelques heures l'idolâtrie avait disparu de la Mecque, dont l'initiative devait être bientôt suivie par toutes les tribus arabes \

Les Ansâr avaient pu voir de leurs propres yeux ce grand spectacle ; ils avaient assisté- à cette prodigieuse révolution ; et s'ils avaient pu croire à TEnvoyé de Dieu quand ils prêtaient jadis en secret le serment dWcaba, leur foi devait être maintenant moins douteuse et plus eftlcace que jamais. Les grandes promesses que Maliomet leur avait faites étaient accomplies au delà même de toute espérance ; sa parole ne les avait jamais trompés; sa sagesse et sa générosité n'avaient jamais été en défaut. Ils pouvaient donc bien s'en lier à lui, quand il demandait à ses plus anciens et plus fidèles compagnons de ne pas s'attacher aux biens périssables de ce monde, et de songer plutcM aux récompenses éternelles. Mais combien il est peu d'hommes à qui il a été donné d'exercer sur leui's semblables cet absolu et bienfaisant empire !

Quant à Mahomet, nous lui retrouvons ici au mii lieu de son triomphe, et à la fin de sa carrière, toutes les qualités qu'avait montrées sa jeunesse. C'est toujours le même homme, quoi qu'on en ait dit, u-nique- . ment dévoué à la grande idée qu'il a poursuivie durant

* Il avait fait aussi rétablir les bornes-limites de l'enceinte sacrée, le Ilaram, pour faire bien comprendre qu'en détruisant l'idolâtrie il ne voulait rien ôter à la sainteté séculaire de la Mecque.

CARACTÈRE DE MAHOMtT. 157

toute sa vie, et la servant par tous les moyens dont il dispose, avec la plus entière sincérité et avec un succès miraculeux. La situation seule est changée : ce sont des tribus, ce sont des villes populeuses, ce sont des nations qu'il convertit, au lieu de Khadîdja, du jeune Ali, de Zeïd et du vieux Varaka. Le prophète ne s'est pas un instant démenti ; mais le Dieu qu'il annonçait à sa famille, au lieu de n'être reconnu qu'à son humble foyer, l'est désormais dans l'Arabie, qui l'adore, et qui va tenter de l'imposer au reste du monde.

Pour achever cette esquisse du caractère de Mahomet, il faut encore le considérer dans les derniers temps de son existence et aux approches de la mort. A ces extrémités, tous les voiles tombent, et l'imposture se trahit en cet instant suprême, si c'est elle, en effet, qui jusqu'alors a trompé la crédulité du vulgaire. Mais Mahomet, loin de diminuer, grandit encore quand il va quitter cette vie et comparaître devant Dieu, dont il s'est fait l'apôtre.

Dans les deux années qui avaient suivi la destruction des idoles et la proclamation du nouveau culte, Mahomet avait conquis, ou par lui-même ou par ses lieutenants, presque toute la presqu'île. Le Mahra, l'Oman, le Nadj, THadramaut, l'Yémen avaient embrassé l'islamisme par violence ou par conviction. Les chrétiens mêmes de Nadjrân avaient abjurée II ne res-

^ Il fallait que les temps fussent ven^s; et que ia révolution religieuse lût bien mûre pour que les conquêtes de l'islamisme fussent si

lait plus qu'à donner à toutes ces tribus un centre d'action religieuse et nationale. La Mecque était indiquée pour leur capitale, par la Yénération sans bornes dont elle était entourée, et par les traditions pieuses qui remontaient jusqu'à Abraham lui-même. Mahomet ne pouvait penser à la dépouiller de ce privilège ; mais pour qu'elle pût dignement recevoir l'Islam, il ne fallait pas seulement qu'elle fût purifiée de l'idolâtrie, il fallait encore que le pèlerinage annuel dont elle était le théâtre depuis vingt siècles changeât de caractère et de signification. Pas un seul idolâtre, venu de quelque partie que ce fût de l'Arabie, ne devait désormais pouvoir s'y présenter. Mahomet résolut de se rendre de sa personne à la cité sainte. Mais il avait à préparer cette transformation définitive, et ce n'était pas d'un seul coup qu'il pouvait l'accomplir. Jl ne voulut pas faire lui-même le pèlerinage, tant qu'il risquait de rencontrer des idolâtres autour de la Caaba, ou dans l'enceinte du territoire sacré. Il envoya donc Abou-Becr à sa place (651), à la lète de trois cents pèlerins de Médine, avec le titre de chef du pèlerinage {Émir el-Hadj)^ et Ali hit chargé de liresolennellementau peuple le passage delà neuvième sourate^

faciles et si rapides. Presque nulle part la destruction des idoles ne troma de résistance ; l'ancien culte ne suffisait plus aux besoins de ces peuples, et l'on eût dit que de toutes pjrts la voix du prophète était attendue. Les influences juives et chrétiennes, dès longtemps éprouvées, n'ont pas été sans doute étrangères à ce résultat.

* Cette sourate, composée de 130 versets, et qui n'est peut-être que la continuation de la vni% est une des plus importantes de tout

CARACTÈRE DE MAHOMET. m)

qui accordait auxpaïensqualremoispoiir se soumettre, et qui déclarait que, passé ce temps, le prophète était lilDre (Barâat) de tout engagement envers eux ; il leur était interdit de jamais prendre part au pèlerinage, de même qu'ils étaient éternellement exclus du paradis. L'idolâtrie étant ainsi proscrite de l'Arabie, et l'Islam devant devenir la loi de l'univers, Mahomet put se rendre à la Mecque. Moins de deux mois avant sa mort,' dans le mois de Dsou-1-Kaada, il y fit le pèlerinage d'adieu \ si célèbre et si vénéré dans les annales musulmanes ^ Les cérémonies qu'accomplit alors le prophète sont restées le type inviolable de celles que doivent accomplir tous les pèlerins. Il y apporta d'ailleurs lui-même une rigueur à laquelle ses femmes durent se soumettre ainsi qu'Ali ^

le Coran. La déclaration de guerre à l'idolâtrie y est faite dans les termes les plus terribles. 11 y a dans cette sourate beaucoup de désor-dre comme dans toutes les autres; mais le ton général a quelque chose de vraiment effrayant, surtout quand on songe aux conséquences qu'en a tirées le fanatisme maliométan. Au verset 5, il est dit : v'( Les mois sacrés expirés, tuez les idolâtres partout où vous les trouverez. On ne doit les laisser en paix que quand ils se sont convertis. » Voie le Sirat-er-raçoul , traduction de M. G. Weil. t. r[, p. 277.

* Depuis sa fuile de la Mecque, Mahomet avait visité deux fois les lieux saints; mais c'était le petit pèlerinag'e (Omra, Ll-Haddj-cl- Asghnri, qui peut se faire à toutes les époques de Tannée; le grand pèlerinage se fait au dixième jour du douzième mois, et Mahomet n'avait pas pu le faire depuis dix ans.

- La sonralexxn'' du Coran est consacrée tout entière au pèlerinage de la Mecque, et c'est son titre. Voir aussi le Sirnt-er-raçoul, traduction de M. G. Weil, I. II, p. 514 et suiv.

^' Ses femmes n'ayant pas apporté de victimes ne purent participer au grand pèlerinage, et elles durent rester à l'état d'ifil4l: ce qui ïiq

140 MATIO^iET, CHAPITRE III.

Il n'est pas nécessaire de décrire ici le détail de ces cérémonies, malgré la juste importance qu'y attachent les musulmans ; mais je remarque la prière par laquelle Mahomet et tous ceux qui le suivaient, au nombre de quatre-vingt-dix mille ou cent mille, se constituèrent à l'élat de pénitents {ihrani^) avant d'entrer à la Mecque : « Me voici devant toi, ô mon Dieu; à toi appartiennent la louange, la grâce et la puissance. Tu n'as pas d'associé^. » Entré à la Mecque, il lit les sep] tournées obligatoires autour de la Caaba, après avoir baisé la Pierre noire ; il récita une prière sur le Macâm-lbrahîm, et parcourut sept fois l'espace compris entre la colline de Safa et celle de Marva (Sai). Ce fut l'emploi du premier jour. Les six jours suivants, il sacrifia, suivant les rites, les victimes qu'il avait amenées avec lui et qui le mettaient en état d'ihràm. Puis sans quitter sa chamelle, sur laquelle il élait monté, il adressa, du haut d'une plate-forme de l'Arafat, un long discours au peuple assemblé pour l'entendre. Il s'arrêtait après chaque phrase, et ses paroles étaient répétées à la foule par un de ses compagnons, Rabîa, à la voix retentissante. La tradition a conservé

leur permettait que la simple visite, Omra. Ali, qui revenait d'une expédition, fut favorisé par le prophète, qui consentit à partager ses victimes avec lui.

* Ces distinctions d'ihrâm et à'ifilâl sont encore scrupuleusement observées de nos jours; mais les simples visiteurs sont toujours beaucoup plus nombreux que les pèlerins proprement dits. Voir M. Caussin de Perceval, Essai sur l'histoire des Arabes, t. III, p. 299 etsuiv.

2 Je reproduis la traduction de M. Caussin de Perceval, t. III, p. 290; celle de M. W. Muir en diffère un peu, t. lY, p. 236.

CARACTÈRE DE MAFIOMET. 141

une partie de ce discours S dont j'extrais les passages suivants, en laissant de côté ceux qui se rapportent à des intérêts moins directement religieux, comme le règlement des dettes, la réforme du calendrier, les devoirs réciproques des époux, etc.

« 0 peuples, écoutez mes paroles; car je ne sais si,

une autre année, je pourrai me retrouver encore avec

vous dans ce lieu. Soyez humains et justes entre vous.

Que la vie et la propriété de chacun soient inviolables

et sacrées pour les autres; que celui qui a reçu un

dépôt le rende fidèlement à qui le lui a remis. Yous

paraîtrez devant votre Seigneur, et il vous demanderai

compte de vos actions. Traitez bien les femmes ; elles

sont vos aides, et elles ne peuvent rien par elles

seules ; vous les avez prises comme un bien que Dieu

vous a confié, et vous avez pris possession d'elles par

des paroles divines. 0 peuples, écoutez mes paroles et

fixez-les dans vos esprits. Je vous ai tout révélé ; je

vous laisse une loi qui vous préservera à jamais de

l'erreur, si vous y restez fermement attachés, une loi

claire et positive, le livre de Dieu et l'exemple de son

* Ce discours a été conservé dans l'ouvrage d'Ibn-lshâc et d'Ibn- Ishàm, qui prétendent le 'donner tel qu'il a été prononcé. Voir le Sirat-er-raçoiil, traduction de M. G. Weil, t. II, p. 510 et suivantes, et M. William Muir, T/ie Life of Mahomet, t. IV, p. 257. Il est répété aussi par le secrétaire de Wâckidi, avec quelques variantes sans importance, La reproduction que je transcris est en grande partie celle de M. Caussin de Perceval, t. III, p. 301. La tradiiion n'est -pas d'accord sur le lieu précis où se tenait Mahomet pour parler au peuple ; les uns le placent dans la vallée de Mina, les autres sur le mont Arafàf; '0 dernier avis est celui d'Ibn-Isliâm.

prophète. 0 peuples, écoulez mes paroles et fixez-les dans vos esprits. Sachez que tout musulman est le frère de l'autre, que tous les musulmans sont frères entre eux, que \ous êtes tous égaux entre vous, et que vous n'êtes qu'une famille de frères. Gardezvous de l'injustice ; personne ne la doit commettre au détriment de son frère: elle entraînerait votre perte éternelle...^ »

Puis Rabia, s'adressant à la foule par l'ordre du prophète : « 0 peuples, répondez, l'Envoyé de Dieu vous interroge : Savez-vous dans quel mois vous êtes ? dans quel lieu? dans quel jour? »

La foule ayant répondu : « Nous sommes dans le mois sacré; nous sommes dans l'enceinte sacrée; c'est aujourd'lmi la fête du saint pèlerinage, » Mahomet ajouta : « Dis-leur, Rabia, que Dieu leur ordonne, jusqu'au jour où il les rappellera à lui, de tenir le sang et le bien de leurs frères pour aussi sacrés que ce mois, ce territoire et ce jour. » A la lin de son discours, Mahomet, faisant un retour sur lui-même, s'écria : « 0 Dieu, ai-je rempli mon message et terminé ma mission-? » La foule qui l'entourait répondit,

* J'ai mêlé ici la traduction de M. G. \Yeil, celle de M. Caiissin de Perceval et celle de M. ^V. Muir. Les diilerences sont d'ailleurs à peu près insignifiantes. La pensée et le caractère du sermon ne sont pas changés. Voir aussi la première traduction de M. Gustave Weil, Mohammed der prophet. p. 511 et suiv.

- Je ne sais pourquoi M. AYilliam Muir suspecte la vérité de cette grande scène. Il est bien diflîcile, sans doute, de démontrer que ce n'est pas la tradition superstitieuse qui l'a inventée; mais il n'est pas plus aisé de démontrer que ce n'est là qu'une fiction. Logiquement,

comme si elle parkûl au nom de Dieu lui-même : « Oui, tu l'as accomplie; » et Mahomet s'écria de nouveau : « 0 Dieu, daigne recevoir ce témoignage. » Alors il congédia l'assemblée, et Abou-Becr versait des larmes en pensant que, si la mission du prophète était terminée, sa mort devait être prochaine.

En se retirant, Mahomet, fatigué, entra dans la maison d'un marchand de nahîdz, c'est-à-dire d'eau de dattes préparée pour les pèlerins^; et, comme pour montrer qu'il n'avait rien perdu de sa simplicité, il voulut boire dans le gobelet commun. Son cousin, fils d'Abbàs, lui représenta qu'il valait mieux se rendre à la maison de son père, où l'on aurait à lui offrir une eau et un vase plus purs; mais Mahomet insista, et il but dans le gobelet où se désaltérait la foule.

Tel fut Mahomet dans celle solennité, la dernière où il ait figuré, et une des plus extraordinaires dont puisse se glorifier l'histoire des hommes. Je le trouve encore

on doit croire ([ue Mahomet a lait une allocution de ce genre, dont les termes exacts importent fort peu. Son voyage à la Mecque ne pouvait pas avoir un autre o])jet (jue de fixer les cérémonies du pèlerinage en les adaptant au nouveau culte, et il était impossible que le prophète ne parlât pas de sa mission. Voir M. William Muir, t. IV, p. 242. Ibu-Ishàc cite au moins trois témoins de cette dernière prédication de Mahomet sur l" Arafat; voir le Sirat-er-raçoul, traduction de M. G. Weil, t. II, p. 507.

* 11 iry a i)a9 aujourd'hui de dévot pèlerin qui n'imite le prophète dans celte action intiigni fiante, et qui ne boive aussi du nabîdz. Le pèlerinage s(-rait moins complet et moins efficace si l'on négligeait cette sainte précaution. Voir M. William Muir, The Life of Mahomet, l. IV, p. 245.

\il MAHOMET, CllAl'lTRE 111.

plus grand, s'il est possible, dans son agonie contre une mort prématurée et presque violente.

Depuis qu'il avait été empoisonné à Khaybar^, sa santé, jusque-là si robuste, ne s'était jamais complètement remise, et le dérangement devint visible à tous les veux quelques jours après sa rentrée à Médine. 11 y préparait une nouvelle expédition en Syrie, pour venger contre les Romains la défaite de Moûta, quand il ressentit les premières atteintes du mal auquel il devait succomber. Une nuit qu'il était dans la maison d'Ayésha, il se releva dévoré par la lièvre; et, suivi d'un serviteur-, il alla dans le principal cimetièi'e de Médine (Békia-el-Gharkad). Là, il resta longtemps dans une méditation profonde, et il se mit ensuite à prier à haute voix pour les musulmans inhumés en ce lieu : « Habitants de ces tombeaux, dit-il, soyez bénis; vous et moi nous avons obtenu l'accomplissement des promesses que le Seigneur nous avait faites. Vous êtes sauvés, et votre partage vaut mieux que le partage de ceux qui vous ont survécu. Si vous saviez ce que la bonté de Dieu vous épargne! Les épreuves vont se succéder comme se succèdent les parties d une sombre

* C'était, à ce qu'il parait, la conviction personnelle de Malioniel: elle pouvait être assez fondée; mais il suffit de se rappeler les fatigues qu'il avait supportées dans les dernières années, pour comprendre que ses forces pouvaient être épuisées, sans oublier les effets ])robables de son harem. Voir plus haut, p. 124.

-Le Sirat-cr- raçoul a conservé le témoignage et le nom de ce serviteur, alfranchi de Mahomet; il se nommait Abou-Moveihaha. Voir la traducion de M. G AVeil, l, II, p. ôil.

nuit toujours de plus en plus sombres. Seigneur, accorde ton pardon à ceux qui sont enterrés ici. » Puis, s'adressant à son serviteur, il lui dit : « 0 Abou-Moveihaba, le choix m'a été laissé entre la possession des trésors de la terre avec la vie ici-bas, et le paradis avec la vue du Seigneur; et j'ai préféré le paradis. » 11 revint ensuite à sa maison, fort souffrant et se plaignant vivement de douleurs de tête.

Les jours suivants, le mal ne cessant pas, il fit assembler ses femmes chez Maymouna, où il se trouvait alors, et il leur demanda leur agrément pour demeurer désormais chez une d'entre elles. Il choisit Ayésha, dont les soins lui étaient les plus doux, et il se fit conduire chez elle par deux hommes de sa famille. Il pouvait cependant encore se rendre à la mosquée pour diriger les prières publiques, et il fit un jour un assez long discours au peuple pour justifier le choix d'Ouçâma, commandant, quoique fort jeune, l'expédition de Syrie ^ Il eut aussi quelques paroles pleines de tendresse pour Abou-Becr, son futur successeur; il pria pour les morts de Ohod ; et, se rappelant l'asile que Médine lui avait assuré onze ans auparavant, il ajouta :

« 0 vous qui êtes venus ici de la Mecque et des autres parties de l'Arabie, écoutez-moi. Votre nombre s'accroît tous les jours, et vous remplissez de plus en

* Ouçâma était fils de Zeïd, l'affranchi de Mahomet et le compagnon de presiiue toute sa -vie. Zei 1 était mort à la bataille de Moûta trois ans auparavant.

plus la ville. Mais le nombre des hommes de Médine ne peut jamais s'accroître, et ils resteront éternellement ce qu'ils étaient quand ils m'ont accueilli et qu'ils m'ont donné un refuge. Ils me sont particulièrement chers; car ils ont été ma famille, et ils m'ont rendu une patrie. Honorez qui les honore, et défendez-les toujours contre leurs ennemis ^ » C'était une digne récompense pour les fidèles Ansâr.

Puis, s'adressant à l'assistance entière : « Musulmans, dit-il, si j'ai frappé quelqu'un d'entre vous, me voici ; qu'il me frappe à son tour. Si je l'ai blessé dans son honneur, qu'il me rende à cette heure injure pour injure. Si j'ai enlevé à quelqu'un ce qui lui appartenait, qu'il reprenne son bien sur tout ce que je possède; et qu'il ne craigne pas d'irriter ainsi ma haine, car la haine n'a jamais été dans mon cœur ^ » Chacun gardant le silence, Mahomet répéta ce qu'il venait de dire ; et comme un homme de la foule lui réclama une légère somme d'argent jadis prêtée, Mahomet la lui fit restituer aussitôt, en aioutant : « 11 vaut mieux avoir à rougir dans ce monde-ci que dans l'autre. »

Il parut encore une ou deux fois dans la mosquée

i Voir M. Gustave Weil, Mohammed der prophet,^. 526 et suiv.; M. William Muir, Tlie Life of Mahomet, t. IV, p. 262 et suiv.; et M. Caussin de Perceval, Essai sur Vhistoire des Arabes, t. III, p. 518 et suiv.

- Dans des vers qui ont été conservés, Varaka disait de Mahomet : « Plein d'indulgence et de pardon, il ne rend jamais le mal qu'on lui fait; il réprime sa colère et son ressentiment, quand on l'insulte. » Voir Maçoudi, livre I, p. 143 de la traduction.

CARACTÈRE DE MAIÎOMËT. 1*7

pour assister aux prières, qui étaient conduites d'après ses ordres par Abou-Becr, et il se montra heureux de la dévotion des musulmans rassemblés pour les entendre \ Mais ses forces s'épuisaient de plus en plus ; il avait de fréquentes défaillances ; et, quand il revenait à lui, on l'entendait répéter : « Mon Dieu, fortifiemoi contre le trouble de l'âme à l'approche de la mort. » Dans un instant de délire, il avait voulu écrire un nouveau livre qui devait préserver les musulmans de toute erreur, comme si le Coran n'avait pas été écrit. Enfin, après une dernière visite à la mosquée, le malin, il eut un évanouissement plus long que les autres. En recouvrant ses sens, il vit Ayésha, qui lui frottait les mains en récitant des prières, comme il avait l'habitude de le faire lui-même en soignant les malades à l'extrémité. « Cesse tes soins, lui dit-il, et retire tes mains ; tu ne peux plus rien pour moi ; » puis, la tête appuyée sur les genoux de la jeune femme, il expira en prononçant ces mots entrecoupés : « Que le Seigneur me pardonne; qu'il me rejoigne à mes compagnons d'en haut... Éternité dans le paradis...

i C'était une manière de désigner Abou-Becr pour son successeur; et ce ne fut pas sans peine que Mahomet maintint ce choix. Ayéslia voulait que ce fût Omar qui rempkçât le prophète à la mosquée; Omar put en effet remplir une fois cet office; mais Mahomet l'entendit de ses appartements, et il fit cesser les prières jusqu'à l'arrivée d'Abou-Becr. Une autre fois, il avait indiqué aussi clairement sa volonté, en venant s'asseoir de sa personne auprès de la chaire où Abou- Becr prêchait ce jour-là, à sa place, et d'après son invitation expresse. Voir le Sirat-er-raçoul, traduction de M. G. Weil, t. Il, p. 542 et M. W. Muir, t. IV, p. 205.

Pardon... Oui... avec le compagnon d'en haut. » Il désignait ainsi Fange Gabriel. Mahomet était alors âgé de soixante-deux ans, et il mourait le lundi 8 juin 632* Il pouvait se dire, en quittant la vie, que son œuvre était faite, et que ses deux grands successeurs, Abou- Becr et Omar, n'avaient qu'à continuer la religion et l'empire fondés par leur maître et leur ami.

Page 1