‹ Mahomet et le Coran précédé d'une introduction sur les devoirs mutuels de laChapitre 2 sur 42 · ET DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

ET DE LA RELIGION

Je me suis appliqué, en éludianl Mahomet, à exercer envers lui une slricle justice. J'ai signalé ses graves défauts à côté de foules ses vertus, et ses faiblesses à côlé de son génie ; je n'ai rien dissimulé, ni du mal, ni du bien ; et, après avoir balancé Tun et l'autre, j'ai cru devoir porter un jugement favorable sur le prophète de l'Arabie. Selon moi, l'impartiale histoire ne peut plus avoir une autre opinion; désormais, Mahomet lui apparaîtra comme un des hommes les plus extraordinaires et les plus grands qui se soient montrés sur la lerre. Sa physionomie est très-loin

Ti PREFACE.

d'être d'une irréprochable pureté; mais, malgré les taches qui la déparent, elle n'en reste pas moins une des plus belles et des plus remarquables. Pour bien apprécier Mahomet, nous devons faire taire nos préjugés religieux ou nationaux, et ne voir dans son œuvre que ce qu'il y a mis, indépendamment des conséquences que cette œuvre a portées, et qui peuvent plus ou moins nous blesser encore aujourd'hui.

Qu'on veuille bien peser avec attention les considérations suivantes.

Il existe maintenant plus de cent millions de mahométans. Ils sont répandus depuis le Maroc en Afrique, jusqu'au pied de l'Himalaya dans le nord de l'Inde, et depuis le fond de l'Yémen, jusqu'aux bords du Danube au centre de l'Europe. Ils forment encore plusieurs empires puissants, parmi lesquels on compte la Turquie et la Perse ; et si d'autres, comme celui du Grand-Mongol, ont disparu, c'est l'édifice politique qui seul est tombé, tandis que l'édifice religieux est demeuré debout et solide. Dans des pays si vastes et si distants les uns des autres, sous des climats aussi divers, la foi musulmane n'a rien perdu de son ardeur. Après douze f siècles et demi depuis l'Hégire, elle est aussi vive

et presque aussi fanatique qu'aux premiers jours. Le foyer n'est pas près de s'éteindre, malgré ce

PREFACE. vu

qu'en augurent des observateurs peu judicieux; il brûle toujours^ et il brûlera bien longtemps encore^ comme l'attestent les formidables explosions qui se sont produites sous nos yeux : Tinsurrection militaire de rinde anglaise en 1857, ou Tinsurrection récente de notre Algérie.

L'Europe chrétienne est avec toutes ces popula* tions mahométanes dans des rapports inlermittents de paix ou de guerre ; mais, en général, ce sont les relations pacifiques qui tendent à prendre le dessus. A mesure que nous connaissons mieux ces peuples, nous sommes disposés davantage à ne plus les mépriser, comme nous le faisions jadis. Ils ont les plus réelles qualités de courage et de pei^évé* rance. Inébranlables dans la croyance de leurs pères, ils sont bien moins portés que nous à se convertir. Leurs mœurs sont, il est vrai, de beaucoup inférieures aux nôtres ; mais cette corruption est une vieille plaie, qui, de tout temps, a rongé l'Asie et l'Afrique. Ce n'est point le Mahométisme qui l'a faite, et il a ifléfiie tenté de la guérir. Notre industrie, nos sciences, nos arts pénétreront peu à peu parmi ces nations, qui commencent à^aa goûter les bienfaits, et qui y sont peu rebelles naturellement, puisqu'à quelques égards elles nous ont devancés de plusieurs siècles dans cette voie. Mais si, par leur contact avec nous^ elles font des progrès

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