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matériels, religieusement nous ne gagnons rien sur elles ; et les prédications héroïques de nos missionnaires, si fécondes ailleurs, échoueront toujours devant le Mahométisme, qu'ils ne peuvent entamer. De leur propre aveu, ils ne trouvent pas, dans leur apostolat universel, un obstacle plus invincible que celui-là.
Ce grand fait doit nous éclairer, et nous pouvons en conclure sans hésitation que Mahomet a compris parfaitement quelle doctrine religieuse convenait à ces races. Par inspiration, comme je le crois, ou par calcul, comme on Ta dit trop souvent, il a si bien su leur mesurer leur foi qu'elles y sont restées attachées inviolablement, à travers les plus terribles vicissitudes. Selon toute probabilité, le temps ne détruira pas plus la foi musulmane qu'il n'a détruit la foi juive, stationnaire, mais immuable. FjC Mahomélisme ne fait pas de prosélytes nouveaux; mais il ne perd aucun de ceux qu'il a conquis, et les musulmans continuent de vénérer Mahomet, bien plus que losr Israélites ne vénèrent maintenant Moïse.
À moins de supprimer dédaigneusement près d'un dixième de l'humanité, il faut donc faire une large place à la religion musulmane dans l'état présent du monde ; et, quelles que soient les passions aveugles dé la foule, la politique au moins devrait nous
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apprendre à être plus bienveillants en ce qui concerne le Mahométisme.
Que si, remontant à son origine et à ses dogmes, nous nous deinandons ce qu'il est en lui-même, nous n'aurons guère qu'à le louer. Qu'est-ce, en eiîet, que la révolution religieuse accomplie par Mahomet, vers le milieu du septième siècle de notre ère? Dans son caractère le plus général, c'est la destruction de l'idolâtrie. A de grossières croyances, descendant à un stupide fétichisme, dont le cuhe de la Pierre noire, à la Caaba, est encore le témoignage et le reste innocent, Mahomet a substitué, après vingt ans de luttes, la foi à un Dieu unique, clément et miséricordieux, créateur des cieux et de la terre, père de l'homme, sur lequel il veille et qu'il comble de biens, rémunérateur et vengeur dans une autre vie, où il nous attend pour nous récompenser ou nous punir selon nos mérites, tout-puissant, éternel, inOni, présent partout, voyant nos actions les plus secrètes, et présidant à la destinée entière de ses créatures, qu'il n'abandonne point un seul instant, ni dans ce mondeci ni dans l'autre. L'Islam est la soumission la plus humble et la plus confiante à sa volonté sainte. Il n'y a pas plus à se révolter contre elle qu'à désespérer de la fléchir; et le cœur du vrai musulman est aussi tranquille que pur, devant
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l'auteur de son existence, son soutien indéfectible et son équitable juge. Le seul culte que le musulman doive au Dieu unique, c^est la prière répétée plusieurs fois par jour; et, à certaines époques de Tannée, des mortifications, qui ramènent plus particulièrement la pensée du fidèle à Celui qui Ta créé, qui le fait vivre, et qui le retrouvera éternellement après la mort.
Tel estllslam dans son essence et sa simplicité; telle est la vraie et saine docirine que Mahomet est venu prêcher au monde arabe, et par laquelle il Ta persuadé et amélioré. S*il est un homme à qui la raison et l'histoire doivent des éloges sous ce point de vue restreint, c'est celui-là. A l'exception du Christianisme, appuyé sur la Bible et l'Évangile, avec toutes leurs merveilleuses conséquences, il n'y a pas d'autre religion au monde que Ton puisse équilablement comparer à l'Islam, et qui mérite, même de très-loin, d'être mise en parallèle avec lui.
Sans doute, Mahomet n'a rien d'original, et nous connaissons toutes le& sources où il s'est itispiré, en les comprenant d'ailleurs assez mal. Mais, à cet égard, qui a été plus modeste et plus loyal que lui-même? 11 ne s'est jamais donné pour un novateur; il n'a jamais prétendu avoir rien inventé. Il ne vient pas révéler un culte inconnu. Loin de là : c'est la foi d'Abraham ,
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celle de Jacob, de Moïse, de David, de Jésus même, qu'il doit reproduire et compléter; il n^apporle point aux hommes des enseignements inouïs; il vient leur répéter seulement ceux qu'ils ont ceni fois entendus, mais qu'ils ont oubliés. A la manière dont il parte des prophètes antérieurs, à l'eslime, à la tendresse même qu'il ressent pour eux, on voit bien qu'il ne se croit pas leur égaU encore bien moins leur supérieur; il ne fait que les continuer; il met le sceau à leur doctrine, en la redisant après eux. S'il' renverse riJolàtrie, c'est pour faire revivre, sous ses ruines et ses pratiques sacrilèges, la vraie religion que, par la suite des temps, les hommes avaient méconnue. Il la réveille dans leurs cœurs, ou elle a laissé encore des étincelles sous des cendres séculaires. Aussi, en présence des saintes figures du passé qu'il évoque à son aide, il se sent bien insuffisant et bien petit. Les prophètes qui Tont précédé avaient le don des miracles; Dieu le lui a refusé. Ce don accordé à d'autres, quoique souveRt inutile contre l'ingrafitude et Temlureissement des ininimes, ne lui est plus nécessaire ; il ne prétend parler qu*à la raison. Cette puissance surhumaine, dont quelques pro- 'phcles'ont été divinement investis, ne les a ni protégés, ni fait réussir. Les peuples, tout en voyant des prodiges, sont domeun's insensibles et se sont do-
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tournés, pleins de défiance, des apôtres qui les instruisaient; souvent mémeils lèsent immolés à leur fureur. Le seul miracle de Mahomet, c'est le Coran, qu'il récite au nom de Dieu, et qui transporte d'enthousiasme et convertit tous ceux qui ont pu Tentendre. On croit à rÉtérnel et à la vie future dès qu'on a écouté le prophète.
En face de cette doctrine courageusement préchée, et convertissant en quelques années des multitudes de peuples, à quoi bon s'inquiéter de savoir d'où elle vient, ni même ce qu'elle a produit? Quelle qu'en soit la source, quel qu en ait été le succès, il n'importe; cette croyance est en soi digne du plus grand et du plus légitime respect. La gloire de celui qui l'a propagée n'est pas moindre, parce qu'il n'a fait que l'emprunter au Judaïsme et à la religion chrétienne. Depuis de longs siècles, le Mosaîsme s'était efforcé vainement d'éclairer l'Arabie; le Christianisme n'avait pas été plus heureux. L'idohitrie subsistait, toujours vivante et hideuse, favorisant les moeurs les plus cruelles et les plus dépravées. C'est Mahomet seul qui l'a vaincue et pour jamais extirpée, service immense qui lui conquiert à bon droit la vénération éternelle, si ce n'est le culte, des peuples musulmans. Â défaut du Christianisme, qu'ils n'ont pu comprendre, rislam les a tirés des ténèbres où, sans lui
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peut-être, ils seraient encoro plongés. En honorant Mahomet comme ils Thonorent, ils ne lui rendront jamais tout le bien qu'il leur a fait; leur reconnaissance restera toujours au-dessous de ce qu'ils lui doivent. D'autres, plus aimés de Dieu, peuvent avoir une foi plus pure et plus sainte. Celle-là, dans sa grandeur un peu nue et même un peu sèche, est la seule que le peuple arabe pût recevoir (U conserver. 11 lui a dû tout ce cju'il a été sur le théâtre de Tunivers; ot le patriotisme est venu se joindre à la religion pour faire de Mahomet, aux yeux de ces races ennoblies par lui, un mortel imcomparable; pour elles, c'est l'Envoyé de Dieu, c'est le Prophète du Tout-Puissant.
On ne peut pas le placer aussi haut, quand on a le bonheur d'être chrétien ; mais il y aurait aujourd'hui une bien aveugle intolérance à nier son génie, et l'histoire ne doit point ressentir une animosité qui n'est plus de notre temps.
11 est vrai qu'auprès du fondateur de religion il y a en outre le fondateur d^empire. J'en conviens : la gloire de Tun n'est plus du tout celle de l'autre, et nous entrons ici dans une sphère fort abaissée. C'est ce double rôle qu'on n'a pas en général bien démêlé, et qui a longtemps défiguré l'action religieuse de Mahomet. La politique a des exigences qu'on ne sent pas assez quand on n'a pas soi-