‹ Mahomet et le Coran précédé d'une introduction sur les devoirs mutuels de laChapitre 5 sur 42 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

fil au combat de Ohod, où il fui vaincu el courut risque de la vie. Mais celte nouvelle carrière n'élail pas celle qu'il eût jamais rêvée ; il n'élail pas naturellement guerrier ; il n'avait point cherché à le devenir, même quand il suivait tout jeune ses oncles à la guerre, encore bien moins quand il gardait les troupeaux, ou qu'il errait solitaire sur le mont Hira, et que, dans une de ses hallucinations extatiques, il voyait l'ange Gabriel venir déposer le Coran sur son cœur.

On n'a point remarqué suffisamment cette circonstance dans la carrière de iMahomet. Oui, personnellement il s'est cru prophète ; il a cru de toute l'impétuosité de son âme à sa mission, et il a eu raison de se prendre parmi ces peuples barbares pour un instrument de Dieu. Mais ce n'est pas sa volonté propre, ce n'est pas la convoilise de son ambition qui en a fait un général et un conquérant. Des événements extérieurs plus forts que lui et qu'il ne pouvait prévoir, l'ont précipité. 11 s'est trouvé ^ans le savoir, sans le vouloir, le plus^rand homme de guerre de son pays, le politique le plus habile, et il a fondé un empire presque malgré lui. C'est que tout était prêt dans le monde arabe, auquel il s'adressail, pour la révolulion politique^ aussi bien que pour la résurrection morale. Toutes ces peuplades jusque là divisées étaient disposées à se

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réunir, sans qu'elles-mêmes en eussent plus de pressenliment que le prophète. La croyance religieuse devint le germe et le centre de cette fusion, ébauchée déjà par Cossayy, qui allait constituer un peuple à la place de hordes errantes. Le peuple, Tempire, la religion naquirent du même coup.

Ce fut Mahomet qui frappa ce coup glorieux, sans se douter jusqu'à quel point son action allait s'étendre. 11 ne voulait que proclamer une religion ; il se trouva qu'il organisait à la fois une nation et un puissant état. Le Coran, qui révèle toute la pensée morale de Mahomet, ne porte pas trace, pour ainsi dire, d'une pensée politique. Il combat avec fureur ridolâlrie qu'il abhorre ; il ne parait pas un seul instant soupçonner que les croyants vont tout à l'heure former un peuple redoutable. Ce sont là des secrets que les yeux humains ne discernent point, tout sagaces qu'ils peuvent être Mahomet est fort grand ; mais son regard n'a pas plongé jusque-là , et il faut l'imagination d'un poêle tel que Voltaire pour lui prélei*, à mille ans de distance, des desseins qu'il n'a jamais conçus.

C'est là ce qui explique la conduite de Mahomet dans les dix dernières années de sa vie. 11 est contraint de faire la guerre ; mais il la fait à contrecœur, quoiqu'il la fasse quelquefois avec toute l'énergie de sa nation, en même temps quavec une

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habileté supérieure. Ce n'est pas son élément ni son goût. De là, celle clémence dont il a donné de si fréquents exemples, el qui. non moins que sa mission divine, a dû surprendre ses contemporains fa« rouches. Il est clair qu'il répugne à répandre le sang, bien qu'il cède quelquefois, lui aussi, à la soif homicide dont tout son entourage est altéré ; il tempère lanl qu'il le peut ces frénésies, qu'il réprouve el qu'il voudrait éteindre. Il est magnanime et désintéressé, là où d'autres ne songent qu'au pillage et à la vengeance. Il pardonne les injures dont il a été abreuvé ; il lend une main bienveillante et protectrice à des ennemis qui ont voulu le tuer. Il leur donne la vie au lieu du mal qu'il a reçu d'eux ; parfois il les comble de richesses, pour lesquelles il n'a lui-même que du dédain. Il reste admirablement simple dans sa personne el dans toutes ses habitudes, même quand il est le maître de l'Arabie. Le triomphe ne l'enivre pas; et s'il n'eût pas succombé à la seule passion qu'il n'a pas su vaincre en lui, il serait resté moralement aussi pur qu'il a été sincère, généreux et sage.

Que serait-il advenu si Mahomet n'eût pas joint la politique et la guerre à la religion, et qu'il se fût contenté, comme d'autres prophètes, de prêcher sans combattre? 11 est embarrassant de le dire; et l'on peut juger que cette question est assez indiffé-

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renie. En fait, Mahomel a propagé Tlsiam les armesà la main ; c est par la force qu'il lui a élargi la route, après ravoir introduit par la discussion la plus inoPfensive, soit en secret soit en public. D'autres religions, comme celle du Christ ou celle du Bouddha, n'ont pas eu leur berceau ensanglanté, et elles ont pu, du moins à leur origine, se passer de cet alTreux baptême, sans lequel le Mahométisme n'a pas pu vivre. Le peuple arabe est avant tout guerrier ; il ne peut même (îûre le commerce, qui Tenrichit, qu'en le protégeant par les armes. Il est sans cesse militant. Les individus, dans leur isolement, se combattent, comme les tribus entre elles ; ils n'ont d'autre garantie que leur courage personnel. Chez un tel peuple, avec de telles nécessités et de telles coutumes, il n'est pas possible que des masses populaires se réunissent dans un intérêt commun, sans en appeler aussitôt à la violence. Les passions religieuses doivent surtout les y pousser, parce qu'elles sont les plus actives et les plus profondes de toutes. Parler de paix k ces foules désordonnées, . c'était vouloir ne pas être entendu ; et le chef qui devait les diriger, en les éclairant, ne pouvait être qu'un guerrier comme elles. Le Christianisme naissant ne rencontra pas en Judée des conditions aussi rudes. Le Bouddha s'adressait à des populations pacifiques jusqu'à l'inerlie. La Toi bouddhique

PUËFAGE.

et la foi chrétienne ont pu se développer et fleurir par la paix. L'Islam n'a pu échapper à l'exigence atroce de la guerre. Il a subi celte frénésie des com* bats. Mais ce n'est pas lui qui l'avait créée. Elle régnait sans limite chez ces races, longtemps avant Mahomet ; il la restreignit, sans pouvoir la détruire. Quelque puissante qu'on suppose son action, elle ne pouvait aller jusque-là ; et ce n'est jamais un homme qui peut inculquer aux peuples les instincts permanents et irrésistibles ; ils ne les reçoivent que de la nature. Seulement, avant le prophète, les Arabes, désunis comme ils l'étaient, ne pouvaient rien que se déchirer entre eux; une fois réunis par la religion, ils ont répandu sur l'univers l'incendie qui les dévorait. Sans l'Islam^ ils n'étaient pas les conquérants du monde ; mais sans la guerre, l'Islam lui-même n'était pas.

Ainsi, nous n'avons point trop de reproches à faire à' Mahomet; il faut absoudre en lui le prophète sous l'homme d'Etat et le politique. Ou son œuvre religieuse avortait, ou e]le n'était possible que par les voies qu'il a employées. Tout impures qu'elles sont, il vaut encore mieux qu'il ne s'en soit pas abstenu .

Mais on doit l'avouer : ce mélange de la politique et de la religion a beaucoup nui au personnage de Mahomet. Il n'a plus cette auréole de sainteté dont

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quelques autres figures brillenl au dessus de la sienne : celle de Moise, qui a élc également chef el législateur d'un peuple, ou celle du Bouddha, d'une incomparable douceur, qui ne se dément point un seul instant, incurablement tris(e, mais sereine, mémo en face du néant. J'écarte celle du Christ, qu'il nous est si difficile de juger, parce que nous en sommes éblouis, rayonnant d'un éclat surhumain que nos regards ne peuvent soutenir, idéal bien digne de ce monde grec et romain^ qui ne l'a pas conçu, mais qui seul l'a compris et propagé.

Mahomet n'est pas certainement de cet ordre; et s'il s'agissait d'assigner des rangs, il serait au dernier et au moindre, il a encore toutes les passions de la terre, bien qu'il parle au nom du ciel. La plupart du temps, ces passions sont élevées et très-nobles; mais elles sont toujours trop mondahies,et Ton né commande guère aux hommes, sur ces hauteurs sacrées, qu'en cessant à peu prèsoom* plétement d'être homme soi-même. Mahomet Test beaucoup trop pour un fondateur de religion. C'est le malheur de sa situation et de son lemps. Plus haut, il fût sans doute resté inaccessible. Il est placé exactement à ce niveau abaissé et moyen où ses compatriotes pouvaient l'entendre et le suivre. Mais pour nous, si sa doctrine est irréprochable, sa vie ne l'est pas ; et tout en étant bienveillants et justes

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envers lui, nous ne pouvons pas cependant le voir autrement que les mains teintes de sang et dans le cortège impudique de ses femmes. La politique peut bien ne pas s'émouvoir de ce singulier spectacle ; en général , ses héros ne sont pas même aussi scrupuleux que celui là. Mais la religion est plus exigeante, et les âmes ne se donnent point, quand elles sont un peu délicates, à qui n^a pas su dompter en soi de tels besoins, qui ne sont après tout que des souillures. Voilà comment l'Islam n'a séduit que des races inféri«>ures, et comment il est devenu l'horreur du Christianisme, bien qu'il en fût sorti et qu'il eût tout fait pour l'imiter'.

C'est que tout n'est pas également beau sur cette scène si diverse du monde. I^es sociétés, les races, les gouvernements, les croyances, varient avec les latitudes et les temps. Le Christianisme lui-même, tout prodigieux qu*il est, paraissant quelques sièdes plus tôt, n'aurait pas pu se développer, et selon toute apparence le germe en eût péri étoaflë, bien qu'il contint le salut du .gâBré humain. Que dis-je? Même à l'époque où il a paru, dans les conditions

* t)ante est l'expression n&ive de ceUe répugnance et de ce mépris des peuples chrétiens poiirl'[slam, quand il inflige à Haliomct et à son cousin Âli un supplice si atroce et si bizarre (Enfers chant XXVIII, stances 11 et suivantes), « pour avoir répandu le scandale et le schisme sur la terré. •

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OÙ il s'est inontré pour sanciiGcr le monde» c'en était fait de lui s'il s*élail dirigé vers TOrient an lieu de marcher vers TOccident. Saint Paul, arrêté sur ie chemin de Damas et changeant sa route, est le symbole frappant de Theureuse fortune du Christianisme. Transporté à Athènes, et surtout à Rome, le Christianisme respira l'atmosphère qu'il devait purifier, mais qui devait aussi le nourrir. Se confinant dans TAsie Mineure, et cherchant à s'étendre vers la Mésopotamie ou la Perse, quel eût été son destin? li'exemple de l'Arabie nous l'apprend. U n'eût trouvé dans ces déserts que des races abruties, qui l'eussent repoussé, parce qu'elles n'en étaient pas dignes; et le Christianisme languissant se serait conlenlé de faire nombre parmi tant d'autres sectes, dont il n'aurait guère dépassé l'impuissance et ^'obscurité. Au contraire, une fois dans l'empire romain, au centre de la civilisation grecque, il a pu, grâce i Dieu, produire tous les fruits qu'il contenait dans son inéfuùsable sein, et dont les n^^es supérieures se satisferoM peut-être éternellement. Sans doute, Rome et la Grèce régénérées ont dû immensément à la foi chrétienne ; mais la fei chrétienne, que n'a-tellc pas dû, clic aussi, à cette Grèce et à cette Rome qu'elle convertissait !

C'est là un des enseignements les plus certains que peut nous fournir l'histoire du Mahomélisme*

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Au fond, la pensée religieuse est la même; et le prophète arabe avait assez raison de dire aux juifs et aux chrétiens : « Mon Dieu est le vôtre. » Mais ce qui était différent, c'étaient les peuples, c'étaient les races, c'étaient les mœurs. Mahomet, tout sincère qu'il était, ne pouvait se l'avouer, parce qu'il ne le sentait pas lui-même. Il croyait ne reproduire que la doctrine des prophètes anciens; c'était vrai, quoique peut-être un peu moins qu'il ne le supposait et qu'il ne l'eût voulu. Mais l'auditoire était autre, et ce simple changement a sufQ . Ici le Christianisme, là l'Islam; d'une part la civilisation avec toutes ses lumières, ses forces, ses progrès; et d'autre part, une demi-barbarie, qui, après avoir franchi d'un premier élan certaines limites, s'est arrêtée court et demeure immobile, jusqu'à ce qu'une main étrangère vienne lui rendre le mouvement et la vie.

Ceci ne rabaisse pas le Mahométisme, mais le place à son rang. Il vient immédiatement après le Christianisme, et le&oaces musulmanes forment, par leur position sur la terre, aussi bien que par leur foi, comme un intermédiaire entre l'Europe chrétienne et les populations asiatiques. Les musulmans sont moins éclairés que nous ; mais, tout compris, ce sont les plus éclairés des Orientaux. Us ont moins d'originalité que plusieurs autres de

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ces peuples^ceux de l'Inde par exemple; et tout ce qu'ils possèdent, ils l'ont reçu du dehors par les Juifs, les Chrétiens et les Grecs ; mais dans cette situation moyenne de croyances, d'arts et do sciences, ils ont fait preuve d'une aptitude que les autres races orientales n'ont jamais eue au même degré. Leur apparition dans l'hisioire est, il est vnji, bien plus récente, de même que l'est aussi leur origine ; mais tirant assez peu de chose de leur fonds, ils ont été du moins des héritiers intelligents. C'est une gloire que tous les peuples n'ont pas su se donner. Que ce soit là le mérite réel des Arabes, et leur titre durable à l'estime et à la reconnaissance du monde.

Mais je m'aperçois, un peu tard peut-être, que je parle bien sérieusement du Mahométisme et des religions en général. Aujourd'hui il y a sur ce grave sujet des opinions bien différentes de celle-là. On regarde tes religions, y compris la religion chrétienne, comme les 'bégayements du genre humain. Elles ont pu naître, et même êlre-atiles, quand l'humanité était dans son enfance; elles l'ont nourrie et bercée, quand elle essayait avec peine ses pas chancelants ; elles l'ont guidée, quand elle ne voyait pas clair encore. Mais une fois parvenue à sa majorité, l'humanité rejette des enseignements qui ne peuvent plus l'éclairer, comme l'enfant devenu

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adulte repousse des Tétemenls qui ne peuvent plus le couvrir. A ce mélange obscur d'imagination et de poésie, de symboles et de demi-raison, qui^ forme en proportions inégales tout système religieux, Tesprit humain substitue la pure lumière de la science, qu'il a rendue infaillible. La religion est un état transitoire qu'il a définitivement traversé; il marche à des destinées nouvelles ; et soit qu'il garde encore quelque gratitude envers les croyances qui ont abrité son berceau, soit qu'il rompe violemment avec elles, quand elles veulent appesantir sur lui et continuer leur joug suranné,, désormais il n*en a plus besoin ; il est émancipé. II. s'avance dans sa virilité et son indépendance, débarrassé de langes qui ne sont plus bons que pour l'ignorance ou l'hypocrisie.

Sur quelle métaphysique repose cette condam*^ nation des religions, depuis les plus infimes jusqu'aux plus savantes? La voici.

Toutes les religions ont en général le tort de croire à quelque chos^um dehors de ce monde; elles rêvent pour rbmnme une autre existence après cellcrci, et elles lui forgent des espérances chimériques. Le dieu qu'elles se figurent, et qu'elles présentent à l'adoration des crédules humains, n'existe point. Dieu se confond avec le monde; Dieu n'est que le Grand-Tout ; il est la substance et la vie de chacun

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des phénomènes que nous observons, éi même de chacun de nous. Lhoinme n*csi pas Dieu ; mais il est une partie du divin, lie monde est élernel el infini ; il est l'Être universel, formé de tous les êtres parliculiers que perçoivent nos sens, ou que noire intelligence peut concevoir. Avec toutes ses contradictions et ses laideurs, il est le dieu réel, si ce n*e$t le seul dieu. Quant à cet être parfait, auquel aspirent si vainement toutes les religions et parfois même les philosophies, il n'est qu'une simple idée enfantée par la raison de l'homme, et ne durant pas plus que nous. L'homme périt sans retour, après la courte existence qu'il mène ici-bas, l'ayant reçue il ne sait de qui, la perdant sans savoir pourquoi, n'étant sorti du néant que pour y être replongé presque aussitôt, ne devant compte qu'à lui seul de ses actes et de ses pensées, de ses vertus ct^d^e ses crimes. L'ensemble de l'univers n'a point eu de Commencement; il n'aura pas davantage de fin. Même à-dipç vrai, l'univers-Dieu n'est pas; il devient sans cesse, et cet ahiul de la science, dont l'homme e$t si fier en son orgueil, smest perpétuel, est perpétuellement insaissisable et mobile*

Regardées du point de vue de cette métaphysique, les religions doivent produire un bien pauvre effet; tout au plus semblent-elles des œuvres puériles et passagères, quand elles ne semblent pas des œuvres

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de fourberie et des machinations de despotisme. Les religions, il est vraij peuvent se consoler de ce jugement hautain ; car. pêle-mêle avec elles et sans plus de considération, on précipite dans le même abîme tous les systèmes philosophiques antérieurs à celte science nouvelle, un peu trop dédaigneuse, qui s'intitule la Critique et dont le nom serait plutôt le Scepticisme. Englobées avec toutes les métaphysiques du passé dans cette condamnation commune et sommaire, les religions doivent en prendre leur parti. Elles sont aguerries contre de tels anathèmes, qui ne leur ont pas beaucoup nui jusqu'à cette heure, quand ils n'ont pas été plus mérités ni plus raisonnables. Elles peuvent se dire aussi, dans leur stabilité séculaire, que ce présent, si altier pour elles, deviendra bientôt lui-même du passé; et qu'à son tour il sera, sai^ plus de pitié, dénoncé à l'oubli, si ce n'est i' la haine du genre humain. T^a Critique est Un peu comme Saturne; elle se repaît danses' enfants, f^e scepticisme n'a bien^accô'mpli toute son œuvre que quand il s'est dévoré lui-même, essayant de douter de son propre doute. C'est le cercle fatal qu'il doit parcourir tout entier. Après avoir tout détruit, il ne lui reste qu'à se détruire lui-même. Il joue avec ses propres affirmations, comme il a joué avec toutes les autres, setrompant jusqu'au bout sur son

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