‹ Mahomet et le Coran précédé d'une introduction sur les devoirs mutuels de la philosophie et de la religionChapitre 2 sur 47 · ACE · texte numérisé non relu

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quelques atitres figures brillent au dessus de la sienne : celle de Moïse, qui a été également chef et législateur d un peuple, oucelle du Bouddha, d'une incomparable douceur, qui ne se dément point un seul instant, incurablement triste, mais sereine, même en face du néant. J'écarte celle du Chrisl, qu'il nous est si diffleile de juger, parce que nous en sommes éblouis, rayonnant d'unéclalsurhumam que nos regards ne peuvent soutenir, idéal bien digne de ce monde grec et romain, qui ne Ta pas conçu, mais qui seul Ta compris et propagé.

Mahomet n'est pas certainement de cet ordi*e;* et s'il s'agissait d'assigner des rangs, il serait au dernier et au moindre. Il a encore toutes les passions de la terre, bien qu'il parle au nom du ciel. La plupart du temps, ces passions sont élevées et lrès*nobles ; mais elles sont toujours trop mondaines,et Ton ne commande guère aux hommes, sur ces hauteurs sacrées, qu'en cessant à peu prèscomplétement d'être homme soi-même. Mahomet l'est beaucoup trop pour un fondateur de religion. C'est le malheur de sa situation et de son temps. Plus haut, il fût sans doute resté inaccessible.il est placé exactement à ce niveau abaissé et moyen où ses compatriotes pouvaient l'entendre et le suivre. Mais pour nous, si sa doctrine est irréprochable, sa vie ne l'est pas ; et tout en étant bienveillants et justes

envers lui, nous ne pouvons jjii.s cependant le voir autrement que les mains teintes de sang et dans le cortège impudique de ses femmes. La politique peut bien ne pas s^émouvoir de ce singulier spectacle ; en général, ses héros ne sont pas même aussi scrupuleux que celui là. Mais la religion est plus exigeante, et les âmes ne se donnent point, quand elles sont un peu délicates, à qui n'a pas su dompter en soi de tels besoins, qui ne sont après tout que des souillures* Voilà comment l'Islam n'a séduit que des races inférieures, et comment il est devenu i'horreur du Christianisme, bien qu'il en fût sorti et qu'il eût tout fait pour rimiler ^

C'est que tout n^est pas également beau sur cette scène si diverse du monde. Les sociétés, les races, les gouvernements, les croyances, varient avec les latitudes et les temps. Le Christianisme lui-même, tout prodigieux qu'il est, paraissant quelques siècles plus tdt, n'aurait pas pu se développer, et selon toute apparence le germe en eût péri étouffé, bien qu'il contînt le salut du iumve humain. Que dis-je? Même à Tépoque où il a paru; dans les conditions

* Banle est Texpression naïve de celle répugnance et de ce mépns des peuples chn'tiens pourrislam, quand il inflii^e à M.kluuuet et à son cousin Ali un supplice si atroce et si bizarre (Enfer, cliantXXVllI, stances 11 ci suivantes)» « poui* avoir répandu le scandale el le schisme sur la terre. •

PRÉFACE. mit

OÙ il s'est montré pour sanctifier le monde, c*en était fait de lui s'il s^était dirigé veib i Onent au lieu de marcher vers ]*Occident. Saint Paul, arrêté sur le chemin de Damas iSi changeant sa roule, est |e symbole frappant de rheurcubc ïuilaiit du Cliiistianisme. Transporté à Athènes, et surtout à Rome, le Christianisme respira raliiiospiière qu'il devait purifier, mais qui devait aussi le nourrir. Se confinant dans TAsieMmeure, et cherchant à s'étendre vers Ici Mcsopotainie ou la Peri>c, quel eûl clé sua destin? L'exemple de TArabie nous Tapprend. li n'eût trouvé dans ces déserts que des races abruties, qui l'eussent repoussé, parce qu'elles n'en étaient pas dignes; et le Christianisme languissant se serait contenté de faire nombre paraii lanl d'autres sectes, dont il n'aurait guère dépassé Timpuissance et, l'obscurité. Au contraire, une fois dans l'empire romain, au centre de la civilisation grecque, il a pu, grâce à Dieu, produire tous les fruits qu'il contenait dans son inépuisable sein, et dont les races supérieures se satisferont peut-être éternellement. Sans doute, lluiue et la Grèce régénérées ont dû immensément à la foi chrétienne ; mais la foi chrétienne, que n'a-t-elle pas dù, elle aussi, à cet(e Grèce et à cette Rome qu'elle convertissait !

C'est là un des enseignements, les plus certains que peut nous fournir Tbisloire du Mahométisme.

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