‹ Mahomet et le Coran précédé d'une introduction sur les devoirs mutuels de la philosophie et de la religionChapitre 3 sur 47 · HIT PRÉFACE · texte numérisé non relu

HIT PRÉFACE

Au fond, la pensée relio^ieuse est la même; et le prophète arabe avait assez raison de dire aux juifs et aux chrétiens : « Mon Dieu est le votre. » Mais ce qui était ditîérent, c'étaient les peuples, c'étaient les races, c étaient les mœur^. Malioniet, tout sincère qu*il était, ne pouvait se ravoiier, parce qu'il ne le sentait pas lui-même. Il croyait ne reproduire que la doctrine des proplièles anciens; celait vrai, quoique peut-être un peu moins qu'il ne le supposait et qu'il ne Teut voulu. Mais l'auditoire était autre, et ce simple changement a sufB. Ici le Christianisme, là rislam; d'une part la civilisation avec toutes ses lumières, ses forées, ses jirogrès; et d'autre part, une demi-barbarie, qui, après avoir franchi d'un premier élan certaines linnles, s est arrêtée court et demeure immobile, jusqu'à ce qu'une main étrangère vienne lui rendre le mouvement et la vie.

Ceci ne rabaisse pas le Mahométisme, mais le place à son rang. 11 vient immédiaiement après le Christianisme, et les races musulmanes forment, par leur position sur la terre, aussi bien que par leur foi, comme un intermédiaire entre l'Europe chrétienne et les populations asiatiques. Les musulmans sont moins éclairés que nous; mais, tout compris, ce sont les plus éclairés des Orientaux, lisent moins d onginalilé que plusieurs autres de

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PHÈFAGË. UT

ces peuplesyceux de rinde par exemple; el toul ce, qu'ils possèdent, ils Tonl reçu du dehors par les Juifs, les Chrétiens et les Grecs ; mais dans cette situation inuyenne de croyajices, d'arts et de sciences, ils ont fait preuve d'une aptitude que les autres races orientales n ont jamais eue au même degré. Leur apparition dans Thistoire est, il est vrai 9 bien plus récente, de même que Test aussi leur origine ; mais tirant assez peu de chose de leur fonds, ils ont été du moins des héritiers intelligents. C'est une gloire que tous les peuples n'ont pas su se donner. Que ce soit là le mente réel des Arabes, et leur titre durable à Testime et à la reconnaissance du monde.

Mais je m'aperçois, un peu tard peut-être, que je parle bien sérieusemoiu du Mahoraétisme et des religions en général. Aujourd'hui il y a sur ce grave sujet des opinions bien différentes de celle-là. On re- {^arde les religions, y coiiipri.s la religion chrétienne, comme les bégayements du genre humain. Elles ont pu naître, et même être utiles, quand l'humanité était dans son enfance; elles l'ont nourrie et bercée, quand elle essayait avec peine ses pas chancelants ; elles l'ont guidée, quand elle ne voyait pas clair encore. Mais une fois parvenue à sa majorité, l'huDianité rejette des enseignements qui ne peuvent plus l'éclairer, comme l'enfant devenu

adulte rcpQUi)bc dos vêtements qui ne peuvent plus le couvrir. A ce méliuige obscur d'imagination et de poésie, de symboles et de demi-raison, qui forme en proportions inégales tout système religieuxt Tesprit humain substitue la pure lumière - de la science, qu'il a rendue infaillible. La religion est un état transitoire qu'il a définitivement traversé; il marche à des destinées nouvelles ; et soit qu'il garde encore quelque gralitude envers les croyances qui ont abrité son berceau, soit qu'il rompe violeinnu nl avec elles, quand elles veulent appesantir sur lui et continuer leur joug suranné, désormais il n'en a plus besoin ; il est émancipé. Il s'avance dans sa virililé et son iiuh'pendance, débarrassé de langes qui ne sont plus bons que pour Tignorance ou l'hypocrisie.

Sur quelle métaphysique repose cette condamnation des religions, depuis les plus inhmes jusqu'aux plus savanles? La voici.

Toutes les religions ont en général le tort de croire à quelque cliose en dehors de ce monde ; elles révent pour T homme une autre existence après celle-ci, et elles lui forgent des espérances chiniériqnes* Le dieu qu'elles se figurent, el qu'elles présentent à l'adoration des crédules humains, n'existe point. Dieu se confond avec le monde; Dieu n'esl quo le Grand**Tout ; il est la .substance et la vie de chacun

l'HKKACt;. XXV»

des phénomènes que nous observons, cl même de chacun de nous. L'homme n'est pas Dieu ; mais il est une partie du divin. Le monde est éternel et in- Gfii ; il est l'Être universel, formé de tous les êtres particuliers que perçoivent nos seps, ou que notre intelligence peut concevoir. Avec toutes ses contt*adictions et ses laideurs, il est le dieu réel, si ce n'est le seul dieu. Quant à cet être parfait, auquel aspirent si vainement toutes les religions et parfois même le^ pbilosophies, il n est qu'une simple idée enfantée par la raison de Thomme, et ne durant pas plus que nous. L'homme périt sans retour, après la courte existenœ qu'il mène ici-bas, l'ayant reçue il ne sait de qui, la perdant sans savoir pourquoi, n'étant sorti du néant que pour y être replongé presque aussitôt, ne devant compte qu'à lui seul de ses actes et de ses pensées, de ses vertus et de ses crimes. L'ensemble derumvers n'a point eu de commencement; il n'aura pas davantage de lin. Même à dire vrai, l'univers-Uieu u est pas; il devient sans cesse, et cet objet de la science, dont Thommeestsi lier en son orgueil, s'il est perpétuel, est perpétuellement insaissisable et mobile.

Regardées du point de vue de cette métaphysif|iie, lo3 religions doivenl produire un bien pauvre elïel; tout au plus semblenl>ellcs des œuvres puériles et passagères, quand elles ne semblent pas des œuvres

zxrui PRÉFACE.

de fourberie et des machiualioos de despotisme. Les religions, il est vrai, peuvent se consoler de ce jugement hautain; car péle-méle avec elles et sans plus de considération, ou précipite dans le même abîme tous les systèmes pbilosopliiques antérieurs a cette science nouvelle, un peu trop dédai* gneuse, qui s'intitule la Critique et dont le nom serait plutôt le Scepticisme. Englobées avec toutes les métaphysiques du passé dans cette condamnation commune et sommaire, les religions doi* vent en prendre leur parti. Elles sont aguerries contre de Icls anallièmos, qui ne leur ont pas beaucoup nui jusqu'à cette heure, quand ils n'ont pas été plus mérités ni plus raison nnblcs. Elles peuvent se dire aussi, dans leur stabilité séculaire, que ce présent, si allier pour elles, deviendra bientôt lui-même du passé; et qu'à son tour il sera, sans plus de pitié, dénoncé à loubli, si ce n'est à la haine du genre humain. La Critique est un peu comme Saturne; elle ise repaît de ses enfants. Le scepticisme n'a bien accompli toute son œuvre que quand il s'est dévoré lui-même, essayant de douter de son propre doute. C'est le cercle fatal qu il doit parcourir tout entier. Après avoir toutdoiruil, il ne lui resie qu'à se détruire lui-même. Il joue avec ses propres affirmations, coinineii a joué avec toutes lesautres^ se trompant jusqu'au boutsur son

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