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AVANT-PROPOS

Le 15 août 1636, les Impériaux forçaient le passage de la Somme à Corbie, le 24 octobre 1648 nous les obligions à signer le traité de Westphalie qui nous donnait les trois évêchés et assurait la sécurité de nos frontières pendant près de deux siècles. C'était la première grande capitulation germanique. Elle était due au génie de Richelieu qui l'avait rendue possible par l'écrasement préalable de la flotte espagnole sous les coups réitérés de l'amiral de Maillé-Brézé.

C'est donc |)ar la mer que devait, au xvii® siècle, commencer l'écroulement du formidable empire de Charles-Quint. C'est par la mer également que l'Allemagne de Guillaume II, comme le Reich de Hitler étaient destinés à sombrer.

Comment l'histoire n'a-t-elle pas mieux souligné l'importance de la politique navale du grand cardinal? Comment n'a-t-elle pas su mieux associer à cette politique Jean Armand de Maillé-Brézé?

Note de l* auteur. — Charles de La Roncière a déjà, dans sa remarquable Histoire de la marine, tome V (Pion éditeurs) appelé Vattention sur Maillé-Brézé et indiqué à son sujet des sources historiques abondantes, auxquelles j'ai puisé. Mais la facture même de son livre ne permettait pas à mon regretté confrère de l'Académie de marine de s'étendre sur la vie de ce grand marin.

En lui consacrant cet ouvrage, je tiens à rendre hommage à Véminent historien que fut Charles de La Roncière.

II MAILLÉ-BRÉzé

Leurs deux noms sont inséparables.

Si le premier fut le créateur incontesté de la marine française, Maillé-Brézé, son filleul, le fils chéri de sa sœur Nicolle, fut le commandant en chef de ces galères, de ces vaisseaux ronds, de toute cette flotte victorieuse issue de la pensée du grand cardinal.

Nous voulons montrer comment ces deux vies se sont unies pour de grands desseins et faire ressortir la collaboration de Jean Armand de Maillé, marquis de Brézé, duc de Fronsac, à l'œuvre du grand ministre de Louis XIII.

Un croiseur léger, aujourd'hui disparu, p*ortait le nom de Maillé-Brézé. Il eût mérité de figurer à la poupe d'un bâtiment de ligne, comme celui qui porte le nom de son oncle : le Richelieu.

Parmi nos gloires navales, en est-il en effet de plus pure et envers qui la postérité soit restée plus indifférente? Est-il une vie mieux remplie, une carrière plus éclatante que celle de Maillé-Brézé? Il fut colonel à quinze ans, général des galères à vingt ans, vice-amiral chef d'escadre à vingt et un ans, lieutenant général commandant en chef des armées navales du roy à vingt-deux ans, gouverneur d'Aunis, grand amiral, grand maître et chef de la navigation et du commerce de France à vingt-quatre ans. Après avoir fait six campagnes sur mer et remporté trois grandes victoires, il fut tué à la tête de son escadre, devant Orbitello, à l'âge de vingt-sept ans, au moment où il allait gagner sa quatrième bataille.

Le boulet espagnol qui le coupa en deux, emportait avec lui la marine de Richelieu. Cette mort creusait dans la flotte française un abîme qui ne devait être comblé que par Colbert et par ces marins du xvii^ siècle qui avaient été élevés à l'école du duc de Brézé. Son existence éphémère, qui rappelle sur mer celle de Gaston de Foix, ne lui a pas laissé le temps de préparer sa renommée ; mais ses actes parlent pour lui. Les dates '^e pressent, comme des colonnes rostrales, pour

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