AVANT-PROPOS III
jalonner la voie triomphale jusqu'au sacrifice suprême.
Nul mieux que Maillé-Brézé ne mérite de figurer dans la galerie des grands marins. Grand, il ne le fut pas seulement par sa naissance ou par l'importance des charges qu'il occupa dans le royaume, par la noblesse de son caractère et son inébranlable fidélité à son roy, il le fut encore par les services qu'il rendit à son pays, par ses succès inintei*rompus, par l'autorité dont il disposa et, enfin, par son action navale ellemême.
Sa stratégie coïncide avec l'apogée de la tactique des galères qu'il sut judicieusement employer dans les rencontres de son temps. Tracer la carrière navale de Bfézé, c'est faire revivre ce milieu si intéressant des galères au moment où le vaisseau va substituer progressivement le rôle de la voile à celui de la rame. MaiUé-Brézé aura été l'un des derniers à utiliser à plein rendement la vogue des chiourmes dans les lignes de combat.
Rien n'est plus curieux que de sentir évoluer auprès de lui ces « Messieurs des Galîères » qui appartenaient aux meilleures familles du Midi et de voir leur général, en réalisant l'unité de commandement, apaiser les querelles qui les opposaient aux Normands et aux Bretons du Ponant. Avant l'avènement des marins de Louis XIV, de Tourville notamment, Brézé aura été tout à la fois le dernier des grands chefs de la marine féodale et le premier de nos amiraux de la marine à. voile.
Nous plaçant sur le plan de l'histoire générale de la France, l'étude de cette vie si féconde nous permettra de comprendre la politique du cardinal, surtout sa politique personnelle et familiale, car la carrière de MaiUé-Brézé est le prototype du népotisme heureux du grand ministre et de son ambition raciale. En même temps, elle illustre les procédés de Richelieu, qui savait s'appuyer sur les siens pour affirmer sa dictature.
Entre les mains de son oncle, il fut le réalisateur docile et compréhensif du programme que ce dernier assignait à la marine dans la conduite de la guerre entreprise pour la ruine de la maison d'Espagne en portant la guerre sur les côtes de la Péninsule ibérique avec l'aide de ses galères et de ses vaisseaux. Nous verrons Maillé-Brézé attelé à cette tâche sous les yeux du cardinal. Celui-ci, toutefois, ne put assister à tous les triomphes de son neveu, qui hérita de ses charges. • Par contre, l'émotion de vojr mourir celui qu'il aimait comme un fils lui fut épargnée. Tant qu'il vécut, Richelieu traîna dans le sillage de son grand manteau cardinalice l'ombre d'une galère ou d'un « vaisseau rond ». Son neveu, son disciple préféré, son lieutenant sur mer fut indissolublement lié à cette gloire maritime. Ce fut un des plus intrépides manœuvriers de son siècle.
Maillé-Brézé aura eu ce mérite d'avoir, dans nos fastes navals, campé la silhouette d'un grand seigneur élégant et bien né qui, ne dédaignant pas de descendre sur l'espale des galères ou le pont des vaisseaux et d'en commander lui-même les évolutions, se fait tuer bravement à son bord pour obéir aux ordres du roy et rester fidèle à la mémoire du grand cardinal.
Cet exemple, unique dans notre histoire, aura montré la voie à suivre à nos chefs sur mer. Et, toutefois, alors ' que tous les marins du xvii^ siècle bénéficient d'une abondante bibliographie, les auteurs se sont trop désintéressés de ce jeune chef, émule Mu grand Condé, son beau-frère, et qui, comme lui, a gagné son Rocroy naval en détruisant la légende de l'invincibilité des galions d'Espagne.
Ainsi que le dit Philippe Bédard dans son répertoire généalogique de l'Anjou, « la plupart des biographes n'ont pas aperçu l'importance réelle de ce person- • nage » et l'un de ses compatriotes, plus près de sa mémoire : Godard-Faultrier, a écrit fort justement que