‹ Maïmonide (volume 2)Chapitre 22 sur 94 · II, ch. I, p · texte numérisé non relu

II, ch. I, p

aspects : le mû. le moteur, le moteur du moteur. Il y a le mû qui meut : mais il y a aussi le mû qui ne communique pas plus loin l'impulsion reçue (la pierre qui, mue par la main, ne meut pas autre chose) ; par conséquent, il faut qu'il existe aussi un moteur qui ne soit point mù, c'est là le moteur premier (').

Maïmonide établit une autre preuve de l'existence de Dieu sur la nature de l'être nécessaire.

Il y a des êtres. Or, au sujet des êtres, trois cas sont possibles : i" ou bien aucun être ne naît ni ne périt ; 2° ou bien tous naissent et périssent ; 3° ou bien, en partie, ils naissent et périssent, et en partie, ils ne naissent ni ne périssent.

Le premier cas est inadmissible, car nous voyons des êtres naître et périr.

Le second cas est également inadmissible, car, par rapport à l'espèce, la possibilité équivalant à la nécessité ('), si l'on admettait la possibilité pour tous les êtres de naître et de périr, il s'ensuivrait que tous les êtres auraient nécessairement péri, car ce qui est possible pour l'espèce ne peut pas ne pas arriver nécessairement.

1. Cf. Aristote, Phrs., liv. VIII, ch. 5; Métaph., liv. XII. ch. ;. Maïmonide a emprunté cette démonstration à Alexandre d'Aphrodisias. Cette démonstration est reproduite dans le commentaire d'Averroès sur la Métaphysique. « Et quia invenimus aliquod motum et movens quasi compositum ex movente et moto, et invenimus aliquod motum per se et non movens, manitéstum est quod est necesse aliquod movens esse et non motum «, éd. latine, 149 verso; voir Munk, op. cit., II, p. 38.

2. Il, cil. I, p. 3(j Consulté sur ce passage obscur par le traducteur Ibn Tibl)on, Maïmonide donne l'explication suivante : Quand \c possible se dit d'une espèce, il faut qu'il se réalise dans certains individus de cette espèce; car s'il ne se réalisait jamais dans aucun individu, comment attirmerait-on qu'il est possible? Si nous posons que l'écriture est une cliose possible pour l'espèce humaine, il faut nécessairement qu'à un moment donné il y ait des hommes qui écrivent : soutenir que jamais un homme n'a écrit ni n'écrira, ce serait dire que l'écriture est impossible à l'espèce humaine. Il n'en est pas de même du possible par rapport à VindidJu : si nous disons de tel enfant, qu'il se peut qu'il écrive ou n'écrive pas. cela n'implique pas que l'enfant nécessairement doive écrire à un moment quelconque. Ainsi, par rapport à l'espèce, le possible devient en quelque sorte nécessaire. Voir Munk, l. c, note 2.

Or. après qu'ils auraient tous péri, il eût été impossible qu'il existât quelque chose. D"où il résulterait qu'il n'existe absolument rien. Cependant nous voyons des choses qui existent, et nous-mêmes nous existons. D'où il suit que, s'il y a des êtres qui naissent et périssent, comme nous en sommes témoins, il faut aussi un être qui ne naisse ni ne périsse. Dans cet être qui ne naît ni ne périt, il n'y aura aucune possibilité de périr. Il sera d'une existence nécessaire.

L'être nécessaire ne peut être tel que par son essence ou par rapport à autre chose. S'il l'est par rapport à sa cause ; c'est sa cause, par conséquent, qui sera l'être véritablement nécessaire. Il faut donc nécessairement qu'il existe un être dont l'existence soit nécessaire par son essence. Cet être est Dieu (').

Une dernière démonstration qui, au fond, n'en fait qu'une avec la première, consiste à remonter des effets aux causes jusqu'à la cause première.

Nous voyons continuellement des choses passer de la puissance à l'acte. Or, une chose ne passe de la puissance à l'acte que sous l'action d'une autre chose qui, nécessairement, lui est extérieure. Car si la cause du passage à . l'acte était immanente à la chose même et qu'il n'y eût aucun empêchement, la chose sei'*ait toujours en acte. Comme la série ne peut être infinie, il faut arriver à une cause qui fasse passer de la puissance à l'acte, et qui ellemême soit acte pur sans mélange de puissance ; car, supposé que son essence renfermât une possibilité, cet être pourrait, à un certain moment, ne pas exister en acte. Cet être dont l'essence exclut toute possibilité, qui est acie absolu, c'est Dieu (').

« 11 est donc clair, conclut Maïmonide. que l'existence de Dieu, être nécessaire, sans cause, dont l'existence est

I. Pour toute cette démonstration. Maïmonide s'est inspiré d'Avicenne ; voir Xddjdt. p. Go et suiv. Cf. Carra de Vaux, Avicennc (Paris, 1900), p. 266 et suiv.

a. Guide, II, ch, i, p. 43.

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en soi exempte de toute possibilité, est démontrée par des preuves décisives et certaines, que le monde soit une création ex nihilo ou non (') ».

Nature de Dieu.

Dieu est unité absolument simple, sans composition ni divisibilité. Omnis deterniinatio est negatio.

Dieu n*a donc pas d'attribut essentiel. L'attribut est nécessairement de deux choses Tune : ou bien il se confond avec l'essence, il est analytique, et alors nous sommes en présence d'une pure tautologie ; ou bien il s'ajoute au sujet, il est une circonstance de l'essence, il est synthétique, et donc un accident (;). Mais il ne saurait y avoir, en fait d'unité réelle, quune essence une et simple, excluant toute idée de multiplicité C). A cela il faut ajouter que poser en Dieu des attributs, ce serait admettre d'autres essences éternelles (^).

Tout attribut affirmatif doit rentrer dans l'une des cinq classes suivantes :

I" La chose a pour attribut sa définition. Exemple : « L'homme est un animal raisonnable ». C'est là une simple tautologie. Ce genre d'attribut ne peut pas s'appliquer à Dieu, car Dieu n'a pas de causes antérieures qui aient déterminé son existence, de manière qu'elles puissent servir à le définir. Dieu ne saurait être défini ('').

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