Epistolae (Lugduni Batavorum 1677), I, epist. 62, p
INFLUENCE DE MAÏMONIDE. 271
une autre lettre il vante le Guide comme un ouvrage de science remarquable qu'on ne saurait trop recommander aux théologiens chrétiens1.
L'attention des savants non-juifs fut à nouveau appelée sur l'ouvrage de Maïmonide par la traduction latine que Jean Buxtorf le jeune publia en 1629 d'après la version d'Ibn Tibbon. C'est dans celte traduction latine que les penseurs chrétiens apprirent désormais à connaître les idées de Maïmonide jusqu'à ce que parut, vers le milieu du xixe siècle, le travail de Munk.
C'est dans l'œuvre de Buxtorf que Leibniz (1646-1716) prit les extraits qu'il avait recueillis du Guide et que Foucher de Careil publia d'après un manuscrit original de la bibliothèque royale de Hanovre [Leibniz, la Philosophie juive et la Cabbale, par Foucher de Careil, Paris 1861). L'ouvrage du docteur de la synagogue ne fut pas pour Leibniz l'objet d'une simple curiosité ; mais, comme le montrent les nombreux extraits qu'il en fit et la note qui en forme les préliminaires, cette œuvre produisit sur son esprit une profonde impression. Il tient le Guide pour un livre excellent : Egregium video esse librunt rabbi Mosis Maimonidis, qui imcribitur Doctor Pevplexorum, et magis philosophicum quant pu tarant, dignum adeo lectione attenta, et il en regarde l'auteur comme un philosophe, un mathématicien, un médecin et un exégète de premier ordre.
Au Guide Leibniz doit une connaissance plus étendue de la philosophie arabe2. Dans sa Théodicée, III, p. 582 (éd. Erdmann, Berlin 1840), à propos du problème du mal, Leibniz écrit : « Quand même il serait échu plus de mal que de bien au genre humain, il suffit, par rapport à Dieu, qu'il y a incomparablement plus de
1. Epislolae (Lugduni Batavorum 1677), IV, epist. 372, p. 704.
2. « Loquentes (= les Moutakallirnoun) conali fuere philosophiam accomodare ad religionem, confundarunt plerumque imaginationem cum Intel lectu, volebant demonstiare novitatern mundi ex philosophia, quod Maimonides negat fieri posse », Foucher de Careil, p. 10; cf. p, 44; p. 12-Ui; voir Guide, I, ch. 71 et 73.
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bien que de mal dans l'univers. Le rabbin Maïmonide a aussi fort bien jugé de cette question de la prévalence du bien sur le mal dans le monde (suit un passage du Guide, III, ch. 12). Maïmonide ajoute que la cause de leur erreur extravagante est qu'ils s'imaginent que la nature n'a été faite que pour eux, et qu'ils comptent pour rien ce qui est distinct de leur personne. D'où ils infèrent que quand il arrive quelque chose contre leur gré, tout va mal dans l'univers ».
Un peu plus loin, Leibniz ajoute : « M. Bayle dit que cette remarque de Maïmonide ne va point au but, parce que la question est, si, parmi les hommes, le mal surpasse le bien. Mais considérant les paroles du rabbin, je trouve que la question qu'il forme est générale, et qu'il a voulu réfuter ceux qui la décident par une raison particulière, tirée des maux du genre humain, comme si tout était fait pour l'homme : et il y a d'apparence que l'auteur qu'il réfute a aussi parlé du bien et du mal en général. Maïmonide a raison de dire que, si l'on considérait la petitesse de l'homme par rapport à l'univers, on comprendrait avec évidence que la supériorité du mal, quand il se trouverait parmi les hommes, ne doit pas avoir lieu pour cela parmi les anges, ni parmi les corps célestes, ni parmi les éléments et les mixtes inanimés, ni parmi plusieurs espèces d'animaux ».
Bayle dont Leibniz vient de parler cite Maïmonide dans deux endroits. Dans sa Réponse à l'évêque King (Rotterdam 1709), III, p. 797, il dit : « Le rabbin Maïmonide a été sans doute le plus habile écrivain de sa nation. Il était bon philosophe et s'appliquait extrêmement à éclair cir les difficultés les plus embrouillées : il avait pour cela des dons éminents. Voulez-vous que je vous dise de quelle manière il traite la question de la liberté? Il se déclare pour le franc arbitre : il l'établit sur les preuves les plus fortes, car il remarque que la fatale destinée rendrait inutiles les lois, les promesses, les menaces, les exhortations, qu'elle imprimerait une note d'injustice aux châ-
timents, qu'elle ferait Dieu auteur du péché, etc. Il triomphe pendant qu'il emploie ces raisons, mais quand il s'agit de réfuter celles du parti contraire, la chance tourne, et il rend enfin les armes, puisque c'est les rendre que d'avouer, comme il a dû le faire, que l'accord de la liberté de l'homme avec la prescience de Dieu nous est aussi incompréhensible que l'essence même de Dieu. » Dans les notes marginales, Bayle se rapporte au Guide et aux Hllkôtk teschoubah, « Traité de la pénitence ». Le deuxième passage se trouve dans le Dictionnaire historique et critique de Bayle (Rotterdam 1720), t. IV, p. 3000 : « Le rabbin Maïmonides me paraît trop délicat, lorsqu'il rejette toutes les cinq preuves de l'unité de Dieu employées par les philosophes de la secte des Parlants, et lorsqu'il loue celui d'entre eux qui, se trouvant embarrassé de la faiblesse de ces preuves, avait dit qu'on ne connaissait l'unité de Dieu ou qu'on ne pouvait la prouver que par la révélation soutenue de la tradition (Maïmonides in More Nevochim, pars I, cap. 75, p. 175) ».
Nous nous arrêtons au seuil d'une époque où la pensée de Kant, le transformisme et la critique scripturaire poseront les problèmes dans des plans que Maïmonide ne pouvait pas soupçonner1.
1. Déjà l'astronomie nouvelle avait porté un coup terrible au péripatétisme, en ruinant la théorie des sphères et des intelligences séparées.
Ouvrages de Maïmonide.
Maamar ha-Ibbour (1158), « Traité sur le calendrier hébreu ».
Makalah fi-Sinaat al-Mantik (1159), traduit en hébreu par Moïse ibn Tibbon sous le titre de Millôth ha-Higgayôn, terminologie philosophique; édit. princ. à Venise, en 1552; trad. latine par Sébastien Munster, Bâle 1527; trad. allemande par M. S. Neumann, Venise 1822, et par Heilberg, Breslau 1828. Nombreux commentaires, dont le plus remarquable est celui de Moïse Mendelssohn.
Igghêreth ha-Schemad. « Lettre sur l'Apostasie », ou Maamar Kiddousch ha-Schém, « Essai sur la sanctification de Dieu » (1160). Authenticité contestée.
Siradj, « Luminaire» (1168), en hébreu Se fer ha-Maôr ou Pêrousch Mischnayôth leha-Rambam ou Pêrousch ha-Mischnah ou 'Hibbour, « Commentaire de la Mischna » . La traduction hébraïque est l'œuvre de plusieurs auteurs. Première édition des versions hébraïques, à Naples 1492 ; traduites en latin par Surenhusius, en espagnol par Ruben ben Nahman Abi-Saglo. De nombreuses parties de l'original ont été éditées dans des monographies.
De ce commentaire, deux parties nous intéressent plus particulièrement : les Schemonë Peraqim, « Huit Chapitres », introduction au commentaire de la mischna d'Abôth ; et l'introduction au dizième (dans nos éditions : onzième) chapitre du traité de Sanhédrin, appelé 'Héléq, à cause d'un des premiers mots : « Tout Israël a part (héléq) au monde futur ».
Igghéréth Tèman (1172), « Epître au Yémen », sur la religion d'Israël et sur le messianisme. A été traduite trois fois en hébreu : par Samuel ibn Tibbon, Abraham ibn 'Hasdaï, Nahoum du Maghreb.
Kitab al-Faraîd, en hébreu Se fer ha-Miçvoth (date indéterminée), « Le livre des préceptes », traduit par Moïse Tibbon, puis par
Salomon ben Joseph ibn Ayoub. Une partie de l'original a été publiée par M. Peritz, Breslau 1882; une édition complète par Moïse Bloch, Paris 1888.
Mischnèh Torah, « Répétition de la Loi », ou Y ad ha-'hazaqah, « Main forte » (1180), codification de la législation civile et religieuse, tant biblique que rabbinique. Première édition en Italie, vers 1480.
Le premier livre de l'ouvrage s'appelle Se fer ha-Madda, « Livre de la Science ».
Dalalat aVRaïrïn, en hébreu Moréh Neboukim, « Guide des indécis » (1190). La seule édition du texte arabe original a été donnée par Salomon Munk (1856-1866), qui prit pour base deux mss. de Leyde (cod. 18 et 221), des mss. de la Bibliothèque nationale (nos 758, 759 et 760) et plusieurs mss. de la Bodléienne. Le British Muséum possède deux mss. du texte arabe, dont l'un (Or. 1423) complet et l'autre (Or. 2423) très fragmentaire. La Bodléienne possède des copies complètes ou partielles du Guide, de n° 1236-1249 et n° 2508-2422, du Catalogue des mss. hébreux. La Bibliothèque royale de Berlin possède une copie à peu près complète (Ms. Or. Qu. 579; 105 Cat. Steinschneider). De la Gheniza du Caire on a rapporté à Cambridge deux fragments : I, 64 et commencement de 65 ; II, 32 fin et 33.
On ignore la date et le lieu de l'édition princepsde la version d'Ibn Tibbon, mais elle est antérieure à 1480 et a été faite en Italie. La traduction d'Al-fHarizi a été éditée par L. Schlossberg, I, a Londres, 1851 ; II et III, à Vienne, 1876 et 1879.
Le titre hébreu, dû à Samuel ibn Tibbon, fut agréé par Maïmonide (Kobëç, II, 44») .
Au xme siècle, un anonyme composa une introduction au Guide, le Roua* h 'Hén qu'on lut assidûment au moyen âge.
Jacob Emden tient certaines parties du Guide pour apocryphes, Mitpahath Sefarim, Lemberg 1870, p. 56.
Maamar Te'hiyatlt ha-Méthim (1191), «Traité de la résurrection des morts »; traduit en hébreu par Samuel ibn Tibbon et par Al-'Harizi.
Makalah fi al-Taou(hid, traduit en hébreu par Isaac ben Nathan au xive siècle sous le titre de Maamar ha-Yihoud, « Traité sur l'unité de Dieu ». Date et authenticité incertaines.
Makalah fi al-Saadah, en hébreu Pirkê ha-Hatzla*hah, « Traité de la béatitude éternelle ». Authenticité douteuse (voir Bâcher, Jewish Quarterly Review, IX, p. 270-289; Steinschneider, Die arab. Lit. der Juden, Berlin 1902, p. 158).
La correspondance et les consultations de Maïmonide se trouvent réunies dans les recueils suivants :
Teschoubôth Scheélôth veha-Iggherôth, Constantinople 1520; Peér
276 MAIM0N1DE,
ha-Dôr, par Mordekaï Tammah, Amsterdam 1765; Kobéç Te-
schoubôth ha-ftambam, par Abr. Lichtenberg, Leipzig 1859. Sur les consultations en arabe, voir Margoliouth, Jewish Quarterly
Heview, XI ; Geiger, Melô 'Hofnaïm, pp. 58-80 ; Simonsen, J. Q. R.,
Maïmonide composa de nombreux traités de médecine *, dont le
plus célèbre est le Foussoul Mouça, en hébreu Pirqè Mosché,
« Aphorismes », 1187-90.
Traductions du Guide des indécis.
Traductions hébraïques :
De Samuel ibn Tibbon, en 1204, minutieusement exacte. De Juda al-Harizi, peu après ; sacrifie l'exactitude à l'élégance. De Mendel Lewin, lre partie, Zolkiew, 1829. Schemtob Palquéra, dans son Morèh ha-Moréh, a traduit quelques
parties du Guide.
La Sifthè Yeschénim , dictionnaire bibliographique par Schab-
bataï Bass, Amsterdam 1680, mentionne une version rimée par
Mattatia ben Kartom.
Traductions latines :
De bonne heure il parut une version latine 2 ; on en ignore l'auteur et la date exacte. La version d'Augustin Gustiniani, parue à Paris en 1520, n'en est qu'une copie. Elle est faite sur la version d' Al-Harizi 3.
De Jean Buxtorf le jeune, à Bâle, en 1629, sur la version d'Ibn Tibbon.
Traduction française :
De Munk, Paris* 1856-1866.
Traduction espagnole :
De Pierre de Tolède, au commencement du xve siècle.
Traductions italiennes :
De Amadeo b. Moïse de Recanati, en 1580. De Jacob Maroni. Livourne 1870-1876.
Traductions allemandes :
De Scheyer, 3e partie, Francfort-su r-le-Mein 1838. De Fùrstenthal, lre partie, Krotoschin 1839. De Stern E., 2e partie, Vienne 1864.
1. Voir Page!, Maimuni als medizinischer Schriftsteller, dans Bâcher, Brann, etc., « Moses ben Maimon », Leipzig 1908.
2. Retrouvée par Joseph Perles, maintenant à la bibliothèque royale de Munich.
3. Sur les rapports de Jacob Mantino à cette version, voir Revue des Etudes juives, XXVII, p. 39.
Kaufmann a traduit les chapitres sur les attributs divins dans sa Gesch. d. Attributenlehre.
Traduction anglaise : De Friedlaender M., Londres 1881-1885, 2e édit. 1904. Townley J. a traduit la partie concernant la motivation des lois (III, ch. 26-49), « The Reasonsof the Laws of Moses », Londres
Traduction hongroise :
De Moritz Klein, 1878-1890.
Commentaires sur le Guide.
Les premières annotations sont de Maïmonide lui-même dans sa lettre à Samuel ibn Tibbon qui l'avait consulté sur les passages difficiles. De son côté, Ibn Tibbon rédigea des notes qu'on trouve en marge de certains mss. de la version hébraïque.
Nous donnons ci-après la liste des commentaires : Abravanel Isaac. — Pérousch, (1493), sur I, 1-55; II, 31-45. Dans un
écrit séparé, Schamayim liadaschim, « Nouveaux cieux », sur II,
19, il discute le problème de la création ex nihilo. Abraham Aboulafia. — Sodôth ha-Moréh, « Les secrets du Guide »,
ou Sithré Torah, « Secrets de la Loi » (1290), commentaire cabba-
listique.
Ascher b. Abraham dit Bonan Crescas, 1338. Buchner A. — Ha-Moréh li-tsedaqah (Varsovie 1838), porte sur
les raisons des commandements {Guide, III, 29-49). David Jahia, cité par Joseph del Medigo. David b. JudaLeon Rabbino. — En ha-Qorè, 1526. Joseph Caspi, ou Bonafos de l'Argentière. — Ammoudé Késsef et
Mazkiôth Késsef, 1330.
Joseph b. Isaac ha-Lévi. — Ghibath ha-Moréh, avec notes de Yom-
tob Heller, Prague 1611.
Isaac b. Moïse ha-Lévi, ou ProfiatDuran. — Efodi, 1400. Salomon Maimon. — Ghibath ha-Moréh suri, Berlin 1791. Mordekaï Yafé. — Pinnath Yeqaroth, Lublin 1794. Moïse b. Juda Nagari. — Maamar ha-Maarékéth, 1300, index des
sujets traités dans le Guide. Moïse b. Salomon de Salerne. — Sur I et II, vers 1240. Moïse Narboni. — Commentaire, 1362.
Munk. — Accompagne sa traduction de nombreuses notes. Satanow. — Commentaire, 1796.
Schem TobPalquera. — Moréh ha-Moréh, 1280. Schem Tob b. Joseph b. Schem Tob. — 1488.
278 MAIM0N1DE.
Al-Tébrizi explique les 25 propositions formant l'introduction de Guide, II. Le texte arabe a été traduit en hébreu par Isaac b. Nathan de Majorque, Ferrare 1556.
Yà'hya ben Salomon. — Commentaire, 1520.
Anonymer arabischer Commentar zu Maimonides « Fiihrer der Unschlûssigen », lrc part., ch. 41-61, Breslau 1910.
Ouvrages et indications sur Maïmonide.
Abba Mari don Astruc. — Min'hath Kenaôth, Presbourg 1838. Abrahams I. — Dans Mind, XL
Adler H. — Miscellany of Hebrew Literature, Londres 1872. Alès (d'). — Dictionnaire apologétique de la foi catholique, 1. 1, col.