I, ch. 32, p. 114, 115; Commentaire sur llaghigah, II
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nourrisson est trop faible pour les digérer d'une manière profitable. » De même, si Ton a présenté les vérités métaphysiques sous une, forme obscure et énigmatique, et si Les savants ont employé toutes sortes d'artifices pour les enseigner de manière A ne pas se prononcer clairement, ce n'est pas qu'intrinsèquement elles soient mauvaises ou qu'elles sapent les fondements de la religion, mais parce rue les intelligences novices sont incapables de les recevoir; on a donc procédé par voie d'allusion, pour que les penseurs pussent les saisir1.
Muïmonidc, dans ces précautions dont il enveloppe l'étude de La métaphysique, s'inspire de l'esprit talmudique. u On ne doit pas traiter du Maacéh Beréschith, est-il dit, même devant deux personnes, de la Merkabah, pas même devant une seule, à moins qu'on ait affaire à un homme sage comprenant par lui-même. Quiconque s'occupe de pénétrer les quatre énigmes suivantes : ce qui est audessus et ce qui est au-dessous, ce qui fut avant et ce qui sera après, mieux aurait valu qu'il ne fût pas né. Quiconque ne respecte pas la gloire de son Créateur, mieux aurait valu qu'il ne vint pas au monde 2. »
Cinq considérations interdisent d'inaugurer l'enseignement par la métaphysique et d'y introduire le vulgaire 3 :
1. I, ch. 33, p. 115; ch. 34, p. 130; cli. 71, p. 334; cf. saint Augustin, Sol., I, xiii, 23.
2. tHaghigah, llb. Déjà le Siracide avait dit : « N'étudie pas ce qui est trop merveilleux pour toi et ne scrute pas ce qui est trop enveloppé; applique les facultés à ce qui t'est ouvert, ne t'occupe pas des mystères » {Ecclésiastique, III, 21); cf. ^Haghigah, 13b; Beréscliith rabba, 8. Combien dangereuse est l'étude de la métaphysique, le passage suivant l'indique : « Quatre entrèrent dans le pa^dès (= le paradis = le domaine métaphysique) : Ben Azaï, Ben Zoma, A'her et R. Aqiba. Ben Azaï regarda et mourut, Ben Zoma regarda et perdit la raison, A'her trancha dans les plantations (= tomba dans la négation), seul R. Aqiba entra et sortit sain et sauf » Cffaghigah, 14»). Voir encore Schabbath, t3a; Mena'hotft, 29» et 45»; Pesa'him, 50% H9a; Qiddouschin, 71a; Guide, I, ch. 32, p. 112 et suiv.; ch. 33, p. 117; II, ch. 29, p. 227 ; cf. Marc, IV, 11 : « A vous il a été donné 'le connaître le mjstère du royaume de Dieu; mais poureuxqui sont dehors, tout est annoncé en paraboles. »
3. Cf. Ieçodé ha-Torah, I, 10; Kobéç, II, 8b. Cf. Platon, Timée, 28 : " Si c'est une grande affaire de découvrir l'auteur et le père de cet univers, il est impossible, après l'avoir découvert, de le faire connaître à tous. » « Ce
l°il serait absurde de commencer l'étude parles questions les plus difficiles, les plus profondes, les plus subtiles, les plus abstruses; 2° l'esprit humain, dans son état initial, n'a pas la perfection voulue; 3° il faut de longues études préparatoires de logique, de mathématiques, de physique; 4° il faut une préparation morale, on ne peut acquérir les vertus dianoétiques que si l'on possède préalablement les vertus éthiques; 5° il faut pouvoir se consacrer entièrement aux recherches spéculatives et donner le moins de temps possible aux besoins matériels.
Donc on n'initiera à la métaphysique que celui qui réunit les conditions suivantes : 1° être particulièrement doué, en sorte qu'il saisisse un sujet à la plus légère indication; 2° posséder un bagage suffisant de connaissances logiques, scientifiques et philosophiques 1 ; 3° avoir dis-
n'est pas à tous, dit Philon, qu'il faut permettre de voiries secrets de Dieu, mais seulement à ceux qui peuvent les dissimuler et les garder » {Comment, allégorique des saintes Lois, livre 11, xv, 57). De même, la philosophie, chez les néo-plaloniciens, est réservée à une élite; voir Picavet, Esquisse des philosophies médiévales, p. 107 et suiv., Paris 1908; cf. Zohar, III, 73a et b.
1. I, ch. 34, p. 118 et sq. ; cf. I, Introduction, p. 13; III, ch. 5, p. 33. D'abord vient la logique (qui est à la raison ce que la grammaire est au langage, Mill. hig., 14), puis l'arithmétique, puis la géométrie, puis l'astronomie, puis la physique, enfin la métaphysique. D'après Avicenne {Métaphysique, liv. IV, ch. i), la philosophie spéculative a trois parties : la science inférieure ou physique, la science moyenne ou mathématique et astronomie, la science supérieure ou métaphysique. On sait que les sept arts libéraux se composaient du trivium : grammaire, dialectique, rhétorique, et du quadrivium : arithmétique, musique, géométrie, astronomie.
Voir encore Guide, ch. 55, p. 226; II, ch. 29, p. 227; III, ch. 28, p. 214. Cf. I, 34, p. 120 et sq. : « Tu sais que les sujets en question se tiennent. En effet, il n'y a pas dans l'être autre chose que Dieu et ses œuvres; ces dernières sont tout ce que l'être renferme en dehors de Dieu. Il n'est aucun moyen de percevoir Dieu autrement que par ses œuvres; ce sont elles qui indiquent son existence et ce qu'il faut croire à son égard, je veux dire ce qu'il faut affirmer ou nier de lui. Il faut donc nécessairement examiner tous les êtres dans leur réalité, afin que de chaque branche de la science nous puissions tirer des principes vrais et certains pour nous servir dans nos recherches métaphysiques. Combien de principes ne puise-t-on pas, en effet, dans la nature des nombres et dans les propriétés des ligures géométriques, principes par lesquels nous sommes amenés à écarter certains caractères de la divinité et dont la négation nous conduit à différents sujets métaphysiques. Quanta l'astronomie et à la physique, il n'y aura, je pense, aucun doute pour toi que ces sciences ne soient nécessaires pour comprendre la relation de l'univers au gouvernement de Dieu, telle qu'elle est en réalité
cipliné les mouvements de l'instinct et s'être élevé à un haut degré de moralité K
Encore n'enseigne-t-on que les premiers éléments et sous le voile de l'allégorie ou sous forme d'allusion 2. Encore faut-il se résigner à ignorer toujours le mot de certaines énigmes, car il y a des êtres et des objets qui nous demeurent totalement impénétrables 3, et il y en a d'autres dont nous ne saisissons qu'un aspect4.
Donc il faut veiller à ne pas aborder la spéculation précipitamment. Que s'il survient des doutes ou si une démonstration rigoureuse n'est pas possible, on ne devra pas pour cela tomber dans la négation ni crier au mensonge, mais « respecter la gloire de son Créateur », s'abstenir et s'arrêter5.
Que si Maïmonide a écrit sur la métaphysique, c'est qu'on ne doit pas dérober les résultats de ses recherches à qui est capable d'en profiter. « Toutefois, ce que je crois posséder, ajoute-t-il, n'est qu'une simple conjecture et opinion personnelle, je n'ai pas eu là-dessus de révélation divine qui m'ait fait savoir que ce soit là réellement ce qu'on a voulu dire, et je n'ai pas non plus appris d'un maître ce que j'en pense. Ce sont les textes des livres prophétiques et les discours des docteurs, ainsi que les propositions spéculatives que je possède, qui m'ont conduit à ces certitudes. Cependant, il est possible qu'il en soit autrement et qu on ait voulu dire tout autre chose (i ».
Mais, si courts que soient nos moyens et quoique le fond
et non pas suivant les imaginations. Il y a au>>i beaucoup de matières spéculatives, qui, sans fournir précisément «les données à la métaphysique, exercent l'esprit, lui t'ont acquérir l'art de la démonstration et lui apprennent a discerner l'essentiel de l'accidente!, ce qui empêche bien des confusions et des erreurs >.
1. I, ch. 34, p. 126 et sq.; ch. :», p. 16-48; 11. ch. '?. 111. ch. :>l.
2. I, Introduction, p. '.t. 12, ti; I, ch. :îi. |>. 127; II. ch. 29, p. 228; 111. Observ. prélim., p. i; ch. :>. p. 3t; cf. lHaghigah, 13 .