‹ Main gauche; comédie en trois actesChapitre 12 sur 73 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

SIMON

Elle vous a pardonné pourtant?

BRIDIER.

Hélas! Par le divorce je lui échappais. Elle m'a pardonné pour mieux me tenir et elle ne m'a plus lâché.

SIMON

Comment I Vous vous êtes laissé pincer? Elle a trouvé des lettres ?

BRIDIER.

Non ! j'avais imaginé un système de correspondance pas banal. Comme on ouvrait mon courrier, ma maîtresse ne m'écrivait pas, mais lorsqu'elle désirait me voir, elle m'envoyait par le commissionnaire le « Journal des Entrepreneurs. »

SIMON

Très ingénieux! Et si la... personne n'était pas 11- Dre?

Dans ce cas, elle m'envoyait un autre journal, H Le Billard. » Ça n'attire pas l'attention et ça supprime les écritures, toujours dangereuses. Seulement, on m'a trahi, et j'ai ou la sottise d'avouer

SIMON

Vous avez eu raison d'avouer I On ne perd rien i se conduire en honnête homme !

BRIDIER.

Ou&isi Eh bien, conduisez-vous en honnête homme et vous verrez comiKe les lionnêtes gens se moque* ront de vous.

SIMON

Peut-être '

i6 MAIN GAUCHE

BRIDIBR.

Mon cher ami, un bon conseil : Quand Vous tromperez votre femme...

SIMON

Mais je n'ai pas l'intention de la tromperl

BRIDIER.

D'accord I Mais vous la trompezez tout de môme^

SIMON

Non, je VOUS assure.

BRIDIER.

Si I Vous tromperez votre femme ! J'ai bien trompé la mienne, moi qui n'ai pas de tempérament.

SIMON

Je suis sûr de moi t

BRIDIER.

A l'époque du mariage où vous êtes, on prend de belles résolutions!

SIMON

On les tient I

BRIDIER.

Jusqu'au printemps prochain I Vient Un jour de beau soleil et de renouveau, un de ces jours où l'on trouve la vie bien faite et toutes les femmes jolies, on se dit en soupirant : Ah! mon Dieu! si je n'étais pas marié I Et on regarde les petites créatures qui passent. Et elles répondent, les misérables I

SIMON

On résiste I

BRIDIBR.

On résiste, parbleu I... sans conviction. Ensuite on est désolé d'avoir résisté, et, la fois suivante, on ne

ACTB PREMIER il

résiste plus. C'est si fragile une résolution d'homme I Donc, vous céderez.

SIMON

Non, non et non I

Vous céderez et vous serez pincé par votre femme. On est toujours pincé tôt ou tard. Alors, retenez ceci : N'avouez jamais I mentez éperdument, mentez à tue-tête, mentez à tour de bras. Pris sur le fait, continuez à mentir, il le faut, car il n'y a qu'une chose que les femmes ne pardonnent point en pareil cas : c'est la franchise !

SIMON

Mon cher, j'ai horreur du mensonge.

BRIDIER.

Allons donc! C'est la pierre angulaire du mariage I Lorsque nous faisons notre cour à notre fiancée, nous lui présentons de nous une image embellie, héroïque, nous nous vantons de qualités que nous n'avons pas, nous ne buvons plus, nous fumons en cachette. Mais, après la noce, les habitudes reviennent, le naturel reprend ses droits, nos défauts s'épanouissent en liberté, et ce changement est si soudain que notre pauvre femme se dit stupéfaite : ce n'est pas possible I Voyons! Ce n'est pas cet homme-là que j'ai épousé !

SIMON. I

Non! J'ai été très sincère avec ma femme.

BRIDIER.

Vous! vous lui avez menti comme les autres.

SIMON

Mais...

BRIDIER.

Tenez, par exemple: Vous avez eu une jennesso orageuse I

On en dit plus qu'il n'y en a !

BRIDIER.

N'empêche qu'on vous a prêté beaucoup de mai tresses ?

SIMON

Je les ai toujours rendues.

BRIDIER.

Plaisantez ! De ce passé voluptueux vous n'avez pas soufllé mot à madame Lavarôde.

SIMON

Tu parles I

BRIDIER.

Là ! Vous lui avez dit qu'elle était votre premier amour et vous avez passé sous silence la personne qui égaya et compliqua votre jeunesse : mademoiselle Hortense Chermessin!

SIMON

Plus bas, sapristi !

BRIDIER.

Là I vous voyez l)ien I Tout à l'heure, la croix dans la ligne de chance, c'était mademoiselle Hortense ! Vous no saviez comment imposer silence à ma femme !

SIMON

Madame Bridier adore ce genre de plaisanterie.

Que voulez-vous ? Elle poursuit sa niission divine

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