‹ Main gauche; comédie en trois actesChapitre 19 sur 73 · ACTE PREMIER tl · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER tl

SIMON

Bon Dieu, de bon Dieu, de bon Dieu! Comment l'empêcher?

GARRIGUE

A ta place, je lui couperais son effet, je raconterai tout à ma femme!

L'inventeur de cette solution fut un nommé Gribouille qui se jetait à l'eau pour n'être pas mouillé.

GARRIGUE

Ce n'était pas si bête! Au moins de cette façon on supprime l'incertitude.

SIMON

Que dira Colette en apprenant ça?

GARRIGUE

Elle le prendra du bon côté si elle t'aime. Et elle ♦'aime, n'est-ce pas?

SIMON

Je n'en sais rien.

GARRIGUE

Hein ! Tu ne sais pas si ta femme t'aime?

SIMON

Non!

GARRIGUE

Et tu as fait un mariage d'amour?

SIMON

Certes!

GARRIGUE

Alors, elle t'aime t

Je n'en suis pas sûr. Elle et moi nous ne nous connaissons pas !

GARRIGUE

Veux-tu que je te présente ?

SIMON

Je ne ris pas, va ! Comme le disait Bridier tout à l'heure, ma femme ne connaît de moi que le fiancé, le jeune homme vertueux, introuvable, parfait, le chevalier sans peur et sans reproches qu'elle a aiiné. Je lui ai caché tous mes défauts, à tel point, mon bon, que la nuit je m'endors le dernier pour qu'elle ne s'aperçoive pas que je ronfle !

GARRIGUE

Et tu fumes dans les petits endroits, comme au collège ?

SIMON

Si ce n'était que ça 1 Colette était très romanesque; elle s'était promis de n'épouser qu'un homme dont elle fût le premier amour.

GARRIGUB.

Hé ! elles ont toutes cette idée-là I

SIMON

Elle me posa la question traditionnelle : « Vous û'avez jamais aimé avant moi »? J'ai répondu : a Jamais! » « Vous le jurez! » « Je le jure. »

GARRIGUE

C'est curieux comme tu jures facilement, toil

Ne m'en parle pas! J'ai passé ma vie à ça ! Et tu yeux que j'aille, de parti pris, dire à cette petit»

Page 1