ACTE PREMIER 9f
femme candide qui me croit un héros : « Vous savez, je suis un mufle comme les autres! » Ce serait la fin de ses illusions, la ruine de son amour pour moi.
GARRIGUE
Pourtant, six mois d'existence côte à côte ont dû te l'attacher.
SIMON
Tu crois ? Mais nous sommes étrangers l'un à l'autre... (Tirant lo carnet de sa poche.) Tiens, VOilà le Carnet où nous notons tout ce qui nous arrive d'important. Ecoute : (il lit.) « 12 janvier. Visité la sainte chapelle, 20 du môme mois, ColelLe va pour la première fois au Palais-Royal souper au Grand Ogre. 21 Lu M. et madame et Bébé. 22 Vu passer le Président. » Ça c'est de l'histoire! C'est palpitant, hein? Il y en a des pages comme cela. A part deux ou trois lignes, rien que des choses inutiles, gentilles et à la rigueur un peu hébétés !
GARRIGUE
Gomme toutes les choses gentilles I
SIMON, s'échauffant.
Que s'est-il passé entre nous qui puisse lui faire excuser ma faute? Nous nous sommes dé.sirés, on nous a mariés, nous ne nous sommes pas mérités. Je suis riche, elle aussi; nous n'avons même pas l'union que crée la lutte pour l'existence, nous n'avons pas le lien des peines souffertes ensemble, nous sommes à la merci d'une désillusion trop brutale qui la détachera de moi sans retour.
Mon pauvre Simon! à quoi se résoudre?
SIMON
A mentir, puisque j'ai commencé! Bridier me le
conseillait. Il n'y a qu'une chose que les femiries ne pardonnent pas : c'est la francliise.
GARRIGUE
Ça dépend. Il n'en coûte rien d'essayer.
SIMON
Je n'oserai jamais attaquer cette question-là avec
Colette.
GARRIGUE
Veux-tu que je t'aide?
VOIX DE COLETTE, à la cantonade.
Dès que M. Ribouis sera li vous me l'enverrez I
GARRIGUE
La voici. J'entame les hostilités?
SIMON
De la prudence, je t'en priel