‹ Main gauche; comédie en trois actesChapitre 21 sur 73 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

GARRIGUE

Moi... à ta place... Je prendrais madame Bridier au mois I

SIMON

Pourquoi?

GARRIGUE

Pour écarter les moineaux de ton cerisier... (a Qo»^ leiie.) Et ce bon Bridier vous accompagnait?

COLETTE

Ouil II marchait entre nous deux. Nous avions l'air de le conduire au poste. Il n'en menait pas large.

GARRIGUE

Qu'est-ce qu'il va prendre quand il sera rentré?

COLETTE

Naturellement, vous plaignez le mari, par esprit de corps, tous les hommes sont les mêmes

GARRIGUE

Tous les hommes!.. J'espôre pour Simon que vous n'en connaissez pas tant que ça !

COLETTE

Oh I qui en a vu un en a vu cent I

GARRIGUE

Au contraire, qui en a vu cent n'est pas sûr d'en avoir vu un 1

COLETTE

Enfin... Bridier n'a q'\3 co qw'ii mérit*. Il a trompé

sa femme...

biaîON.

Oh I si peu I

COLETTE

C'est vrai que tromper madame Bridier... ça ne peut pas compter pour un péché !

Ello va vers la glace.

SIMON

C'est plutôt une preuve de goût... (Bas à Garrigue en passant.) Vas-y I voilà le moment.

GARRIGUE

Et puis Bridier... ce monsieur calme, est romanesque comme un trottin... 11 n'a jamais pu vivre sans intrigue. L'en blâmerez-vous ?

COLETTE, arrangeant son chapeau à la glace.

Bail! ceux qui ont fait la fêle avant leur mariage ont au moins une raison pour continuer après.

GARRIGUE

Ah I (il consulte du regard Simon qui lui fait signe de coninuer.) Ain?}, VOUS trouvez tout naturel qu'un homm.a ait eu des maîtresses... (Appuyant.) avant son mariage ?

COLETTE, à la glace, riant.

Ma foi!.. Je n'y vois aucun inconvénient I

SIMONj joyeux.

Parbleu !.. Rien de plus naturel !.. on n'est pas de bois ! (Bas à Garrigue.) Ça s'annonce très bien.

GARRIOUE, bas.

Quand je te le dis us 1 (fj.iut.) Donc un homme qui '^ur:iit ou « nno nM'i> >\i:is:f|u'au jour do ses noces ne v;j-!s ferait pa^

:.r-TTE.

im." sorait fort égal.

AGT£ PREMIER 35

SIMON et GARRiaUB, joyeux.

Vraiment ?

COLETTE

Oh ! mon Dieu ! il faut bien être indulgente !

GARRIGUE

A la bonne heure ! J'aime vous voir ces idées larges... Alors, si votre mari avait eu...

COLETTE, se retournant vivement.

Ah! pardon... mon mari, ça n'est pas la même chose !

GARRIGUE, décontenancô.

Gomment I Vous disiez tout de suite que l'indulgence...

COLETTE

Tiens! Vous parliez des hommes en général!.. Les autres ça m'est égal... pour ce que j'en fais!.. Tandis que mon mari... c'est mon mari!

GARRIGUE

Vous l'aimeriez moins si on vous révélait tout à coup qu'il ait eu une jeunesse mouvementée ?

Simon le tire à la dérobée par sa manche.

SIMON

Hum 1 Hum I

COLETTE

Je ne l'aimerais plus du tout.

GARRIGUE

Du tout? du tout?

COLETTE, affirmative.

Du tout... Du tout! D'ailleurs je suis tranquille, Simon est un mari vmique I N'est-ce pas, coco ?

36 UAIN GAUCUK

Oh I oui J

GARRIGUE

Tu, tu, ta I

COLETTE, so montant.

Il n'y a pas de tu, tu, tu I Je l'ai pris après m'être assurée qu'il n'était pas comme les autres. Et savez-vous quelle est la première question que je lui ai posée, au moment de l'autoriser à demander ma main?

GARRIGUE

Quelle question?

COLETTE

Monsieur Lavarède, avez- vous aimé une femme avant moi? Il m'a répondu : Non ! (a simon.) N'est-ce pas?

SIMON, ahuri.

Oui, oui I

COLETTE

Je l'ai fait jurer pour être plus sûre.

GARRIGUE

Bonne précaution 1

COLETTE

Il a juré, et désormais je me suis confiée à lui. Oh! penser que l'homme que l'on aime a déjà essayé près d'une autre les plirases qu'il vous débite, que ses lèvres ont approché d'autres, qu'il a eu une maîtresse enfin : Une « ilaUresse! » ce vilain mot béteque je déteste... Penser qu'il a fait des seruients et qu'il ne les a pas tenus, et qu'il vous fait les mômes qu'il ne tiendra pas mieux. Pouah I G'estodieux I N'est-ce pas, Simon?

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