Pensées, p. 157; cf. p. 15G
idées qu'il a laborieusement recueillies et enchaînées, lui échappent tout ù coup et s'évadent de tous côtés. Le silence qui l'entoure et dans lequel tombe sa parole, l'émeut : il ne peut supporter le feu de tous ces regards fixés sur lui. Ce qui pour les tempéraments oratoires et les natures combattives est un cordial puissant, lui est un obstacle invincible. Inexpérience de la parole sans doute, mais aussi gène instinctive et organique. Et cela est si vrai que d'une grande assemblée, toujours, même quand il n'a pas de rôle actif à y jouer, une oppression physique lui vient. « Je me sens plus faible, dit-il, au milieu de tant d'hommes forts; je ne me mets pas en rapport avec eux; je cesse d'être moi sans me confondre avec les autres i. )> Il est là comme un vaincu.
Il ne se débarrasse pas entièrement de ses craintes, quand il va dans le monde. Sa timidité l'y accompagne, mais si atténuée qu'au lieu de lui être un obstacle, elle lui est un secours. Se sentant faible, il éprouve plus qu'un autre le besoin d'être soutenu, d'être en paix avec tout le monde, d'inspirer de la bienveillance à chacun : ce qui le met dans la nécessité de faire beaucoup de frais pour être agréable, pour ne choquer personne, pour attirer à lui par des manières prévenantes, des soins assidus % Et cette vigilance fait qu'il conserve jusqu'à la fin de sa vie les succès que, jeune et brillant'^, il obtenait sans effort. Cette crainte anxieuse passe inaperçue; il en souffre pourtant : il a des velléités de fuir le monde '' auquel