‹ Maine de BiranChapitre 9 sur 140 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

La parole publique lui était un tourment. Au début de la Restauration, dans la chambre où il entrait avec la réputation discrète mais solidement établie de philosophe profond et où sa ferme attitude dans la commission des Cinq lui valait une légitime popularité, on s'étonnait de son mutisme persistant. Pourquoi ne parlez-vous pas? lui disait-on de tous côtés. « Pourquoi? répond-il avec un peu d'humeur, pour ne pas dire de sottises, tant d'autres s'en chargent pour moi ! » Mais il ne s'en tient pas là, et, par un retour sincère sur lui-même, il reconnaît que « la nature ne l'a pas destiné à influer sur les autres par la parole ». « Mes dispositions physiques, dit-il, ma timidité, le défaut absolu de confiance que j'ai dans mes moyens, l'incertitude de mon caractère qui m'empêche toujours de prendre un parti ou de me déterminer sur-le-champ, l'absence de ces passions animées qui poussent les autres à la tribune et les font parler quelquefois avec éloquence ; enfin, le défaut d'habitude de lier des idées dans une suite de phrases particulières et improvisées, voilà une partie des obstacles qui me tiennent dans le silence et qui m'empêcheront toujours de jouer un rôle dans une assemblée telle que la nôtre i. » Et, quand le devoir lui fait vaincre ses appréhensions et l'amène à cette « redoutable » tribune, il reconnaît que ses répugnances n'étaient que trop fondées. Sa voix manque de force et d'étendue, son attitude d'assurance. Sa pensée qui, même dans la méditation solitaire, ne se meut qu'avec peine, se trouve alors immobilisée et demeure inactive. Les

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