Œuvres inédites..., t. 111, p
HAINE DE BIItAN. 15
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Dieu, il faut le concevoir. Ce concept dépasse les forces de notre esprit : il nous vient directement de Dieu luimême 1.
Mais par quelle voie pourrait-il en venir, si Dieu réellement présent n'était l'objet de notre pensée? Toute idée qui s'interposerait entre lui et nous, serait inexacte. Elle serait une image, une copie; elle atténuerait nécessairement l'original qu'elle devait reproduire et, au lieu de nous unir à lui, entre lui et nous dresserait une barrière : ce serait un retour injustifié à une théorie depuis longtemps condamnée, celle des idées-images. Nous percevons directement les objets situés dans l'espace; et la portion d'étendue qui les constitue, nous la voyons en elle-même, non dans une représentation mentale qui en serait le substitut-. S'il en est ainsi des corps qui, par leur nature, par la distance qui les sépare de nous, semblaient devoir se dérober à toute relation directe avec notre pensée, que faut-il dire de Dieu qui n'est pas seulement près de nous,
1 . Dans le point de vue psychologique, ou sous le rapport de la connaissance, l'àme tire tout d'elle-même, ou du moi, parla réflexion; mais dans le point de vue moral, ou sous le rapport de la perfection à atteindre, du bonheur à obtenir, ou du but de la vie à espérer, l'âme tire tout ou reçoit tout du dehors; non de ce dehors du monde, des sensations, mais du dehors supérieur d'un monde purement intellectuel, dont Dieu est le centre; car l'âme ne trouve en elle qu'imperfection, bassesse, misères, vices, légèreté. Comment donc l'idée ou le sentiment qu'elle a du parfait, du grand, du beau, de l'éternel, pourrait-il naître de son propre fonds? Il faut reconnaître que les vérités morales et religieuses, qui ont le bien pour objet, et la perfection pour fin, ont une autre source que les vérités psychologiques, limitées à l'homme sensible, intelligent et libre, ou dépendent d'autres facultés, comme l'a très bien reconnu Kant [Pensées, p. 283, commentaire d'une parole de l'Imitation de Jésus-Christ). — Cf. Ibid., p. 295.