‹ Maine de BiranChapitre 33 sur 140 · Science et psychologie, f. Ii · texte numérisé non relu

Science et psychologie, f. Ii

pliqiient pas. En face d'un phénomène , la pensée , d'un mouvement naturel et incompressible, va vers ia cause ou vers l'antécédent. Pourquoi? Un phénomène donné est complet en lui-même. Où les sens ont-ils vu qu'il ne se suffît pas et que, pour être intelligible, il réclame autre chose '? Qu'est-ce que cette tendance et pourquoi lui obéir? Si tout vient des sens et si rien n'est inné, il n'y aura même pas en nous cette poussée aveugle qui entraine l'animal et qui le meut : rien ne pourra nous tirer de notre immobilité ; nous serons inertes.

Moins que cela : nous ne serons pas.

Le moi n'est pas primitif, mais dérivé. La statue dont Condillac ouvre successivement les sens, n'a pas, au début, conscience d'elle-même. Elle est « odeur de rose ». Il n'y a pas en elle une dualité primitive et irréductible, pas même deux aspects et comme deux faces d'un même acte : la sensation est seule, nue, abstraite; le sujet, le moi n'a pas encore apparu. Il n'apparaîtra jamais. D'où surgiraitil en effet? Les sensations qui vont se succéder sont semblables à la première. Quel que soit leur nombre, elles ne pourront donner que ce qu'elles contiennent. Quelque opération qu'on leur fasse subir, elles sont vides de sujet; on ne pourra l'en extraire. C'est en vain qu'on prétendrait que la succession va donner ce que ne peut fournir le nombre, qu'elle va mettre en opposition les sensations qui varient et la faculté de sentir qui ne change pas, et que de ce contraste entre ce qui passe et ce qui demeure naîtra le sentiment du moi et la personnalité. Pour que ce con-

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