‹ Maine de BiranChapitre 90 sur 140 · Œuvres inédites..., t. 11, p · texte numérisé non relu

Œuvres inédites..., t. 11, p

dans les analyses délicates, quelquefois artificielles, mais toujours précises et ingénieuses de la seconde partie de V Essai sur les Fondements de la psychologie : nous nous en tiendrons aux résultats essentiels.

En dehors de l'effort qui constitue le moi et par où débute nécessairement toute connaissance, il y a deux objets à connaître : le inonde qui est hors de nous et le passé qui est hors du présent. Pour les atteindre et Fun et fautre, il faut franchir une distance, là dans l'espace, ici dans le temps. Comment y parvenons-nous?

Avant d'entrer dans le détail de ces opérations, il convient de marquer la position prise par Maine de Biran. Pour lui, la question ne se pose pas comme pour Descartes. Il ne s'est pas enfermé dans un moi abstrait, situé dans la substance, objet d'une idée immobile, si distinct et si séparé de la matière qu'il parait impossible de mettre en relation des réalités si hétérogènes et qu'il faut faire appel à la puissance de Dieu pour suppléer leur action; il a pris pour point de départ le fait primitif. Ce fait enveloppe deux éléments : la force active qui est le moi et l'inertie résistante qui est le non-moi. Leur relation n'est donc ni un problème ni une question; mais une donnée, la donnée fondamentale, celle par où l'on explique tout et sans laquelle il n'y a ni intelligence ni sujet.

Dès le début, le non-moi s'affirme en même temps que

MAIXE DE BIRAN.

le moi, connaissance rudimentaire. Il faut expliquer comment de là nous allons à la connaissance distincte de notre corps, du monde et des êtres multiples qui le composent i.

Rappelons d'abord les éléments que le moi doit mettre en œuvre, la matière qu'il lui faut revêtir de sa forme.

La vie inconsciente précède la vie consciente. Quand celle-ci apparaît, elle trouve toute préparée la matière dont elle va s'emparer.

Cette matière est la sensation brute, dépourvue de situation fixe dans l'espace et le temps. Ici, dans VEssai sur les Fondements de la psychologie, Maine de Biran la nomme affection, et ailleurs, dans les Nouveaux essais d'Anthropologie, sensation. Sa langue philosophique manque un peu de fixité. Sur ce point cependant ses idées n'ont pas varié : il a toujours admis, antérieure à la conscience, une vie inconsciente.

Les affections se divisent en affections proprement dites et en intuitions.

Les premières sont intérieures, se confondent avec le sentiment de la vie et le modifient. Elles sont générales ou particulières : celles-là résultent des impressions faites sur les organes internes ou sur les extrémités nerveuses des sens externes, tant que ces impressions n'excitent et n'éveillent que le sens vital; celles-ci sont le produit d'une excitation reçue, élaborée et transformée par les sens spéciaux.

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