Œuvres inédites..., t. I, p
Les intuitions sont orientées vers le dehors : elles reflètent et redoublent en une image les objets qui les éveillent et les produisent. Moins confuses que les affections, elles enveloppent un élément apte à s'unir au moi et à s'étaler dans l'espace et le temps pour produire la connaissance distincte.
Les ail'ections et les intuitions ne disparaissent pas tout entières ; elles laissent après elles des traces : les affections des attraits et des répugnances, les intuitions des images qui réapparaissent dans leur ordre primitif ou dans des combinaisons nouvelles et fortuites i.
Tels sont la matière et Imstrument de la connaissance.
Le premier acte du moi, quand il surgit, c'est de se distinguer de cette vie animale inconsciente. Il est étrange que Condillac ne l'ait pas vu ; il Test plus encore qu'il n'ait pas senti qu'il y a une distinction essentielle, irréductible, entre le moi et les intuitions, le moi qui est simple, situé par nature au-dessus et en dehors de l'espace, etles intuitions dont la multiplicité simultanée requiert une étendue où elle s'étale. La confusion de ces deux éléments de la conscience, le moi et l'intuition, n'est pas seulement fausse ; elle est inintelligible-.
Détachées du moi, les sensations vont-elles demeurer suspendues dans l'espace, flottantes comme en un rêve? Non ; ce serait un retour partiel à la doctrine de Condillac qui définit la substance une collection de modes. Maine de liiran n'a rien gardé de sa première doctrine.