‹ Maine de Biran [microform]Chapitre 109 sur 135 · Pensées, p · texte numérisé non relu

Pensées, p

LA VIE DE L ESPRIT

Y a-t-il une intelligence en quelque sorte objective, sans sujet où elle se concentre et d'où elle jaillisse? Les métaphysiciens allemands Font cru. Et, dans cette voie, ils ont été devancés par les philosophes sensualistes. Ceux-ci paraissent n'avoir rien de commun avec ceux-là, ni doctrine, ni inspiration ; ils se rencontrent pourtant en ceci, qu'ils admettent les uns et les autres une intelligence sans sujet, comme flottante dans le néant *.

Mais une intelligence sans sujet n'est plus Tacte d'une personnalité vivante; c'est une loi tout à la fois supérieure et identique aux choses. Reste à savoir d'où elle vient ellemême ; et le problème ainsi posé se résout par une autre méthode. Toute philosophie, comme le proclame Socrate, doit débuter par l'étude du moi et de là s'élever au monde et à Dieu. Qu'on suive cette voie, et l'on apprendra de l'expérience intérieure qu'il n'y a pas plus d'intelligence sans sujet que de sujet sans intelligence, que ces deux termes sont identiques- et que, si, comme on n'en peut douter, la cause de l'âme et du monde est intelligente, elle est aussi une personne.

Cause des causes, principe de l'être. Dieu est aussi le principe de l'idéal. Il est le sommet du monde intelligible, comme celui du monde réel : il est le lieu des idées. Elles sont éternelles et immuables ; le monde entier pourrait se dissoudre et toute pensée s'évanouir, sans entamer leur intégrité ni ruiner leur fondement. Il leur faut donc un support qui ne puisse ni se dérober ni les entraîner dans sa ruine. « Gomment et où pourraient-elles

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