‹ Maine de Biran [microform]Chapitre 126 sur 135 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

MVINE DE BIRAN. 18

SIAINE DE BIRAN.

LA VIE DE L ESPRIT

dans nos cœurs le désir de l'immortalité et que, s'il l'y a mis, c'est qu'il veut le satisfaire.

Il se propose donc de retrouver par lui-même et surtout de comprendre les vérités que la religion atteste et qu'il croit sur sa parole ; et il pense y arriverpar le sens intime. La méthode est encore un peu vague, et surtout l'on ne voit pas bien en quoi elle se distingue de la philosophie. Il n'en saisit pas encore complètement la valeur et la fécondité. Bientôt il la connaîtra mieux. Il dira que c'est par elle seule qu'on arrive à la vérité et que toute philosophie qui ne prend pas là son point d'appui manque de base solide, est essentiellement caduque. Cette méthode, d'ailleurs, se précisera et en se précisant deviendra plus puissante. Il y a en nous des profondeurs insoupçonnées. En tournant obstinément les regards de ce côté, on y fait toujours de nouvelles découvertes : on y entre en relation étroite avec Dieu ; on peut y entendre sa voix. Par son effort personnel auquel se joindront des illuminations intérieures, Maine dft Biran veut trouver pour la religion un appui, pour sa foi une lumière. C'est là, nous semble-t-il, son dessein. Comment l'a-t-il réalisé?

Il n'a jamais douté de l'existence de Dieu, ni de l'immortalité de l'àme : le sens intime, c'est-à-dire la conscience, lui atteste Tune et l'autre. Dès 1793, il trouve à cette certitude un premier fondement. Démonstration rapide, vue sommaire, qui parait en désaccord avec ses théories sur la connaissance et les facultés qui l'engendrent. Mais ces deux doctrines iront au-devant l'une de l'autre. De la sensation où il est plongé, il va passer à l'effort volontaire, libre, indépendant, qui nous révèle un monde plus haut et nous

y donne accès. De l'effort, il montera jusqu'à l'àme permanente et substantielle en qui gisent, latents, pour s'éveiller au contact de l'expérience, les principes directeurs de toute connaissance. Ceux-ci ont en Dieu leur fondement métaphysique et leurobjet immédiat. Nous rentrons ainsi par une voie nouvelle, ou plutôt par la voie que, dès 1793, il avait pressentie, en possession et de l'àme immortelle et de Dieu.

Mais l'homme n'est pas fait seulement pour connaître, il est fait surtout pour agir. Dès le premier effort, il prend conscience de l'opposition de la pensée et de la matière, de l'esprit et des sens; et il sent qu'entre les deux il doit opter, opter pour l'esprit et maintenir son indépendance. La connaissance de la loi morale est contemporaine de l'éveil de la pensée, connaissance rudimentaire sans doute , mais qui va bientôt se développer. Cette loi nous commande; nous savons que nous devons lui obéir. Le pouvons-nous? Maine de Biran l'affirme d'abord avec les stoïciens. Instruit par l'expérience de sa propre faiblesse, il conçoit bientôt des doutes ; il reconnaît la nécessité d'un secours extérieur de Dieu, de ce que les théologiens nomment une grâce. Mais jusqu'où s'étend cette nécessité? Les stoïciens accordent trop à la volonté ; les catholiques lui accordent-ils assez? En la faisant trop faible et trop dépendante, ne l'absorbent-ils pas en Dieu? Sur cette question, Maine de Biran hésite, il affirme, il nie. Ses incertitudes paraissent, persistent, au moins jusqu'en 1821 1. Puis, avec la grâce, il admet celui qui, pour les

1. Le problème qui consiste à savoir ce que nous pouvons réellement, dans le plus haut degré de perfection de notre nature, et ce que nous ne pouvons

chrétiens, en est le dispensateur, l'Homme-Dieu. Ce n'est pas sans cloute sa conscience qui le peut trouver; mais il V trouve des faiblesses qui le réclament. C'est le type idéal de rhomme^; nous avons besoin qu'il soit posé devant nous pour nous éclairer et nous soutenir.

Il va plus loin encore : il a découvert Dieu dans sa conscience; il y découvre la Trinité. Il y a en nous une substance inaccessible et ineffable ; elle se manifeste dans la connaissance et dans l'amour. Il en est de même pour Dieu2. De Dieu sort le Père; du Père et du Fils, l'Esprit. Il existe donc entre la doctrine catholique et la théorie philosophique à laquelle il est parvenu, une concordance complète. S'il reste, entre l'une et l'autre, au sujet de la foi, une différence légère et qui aux heures les meilleures parait encore s'effacer, cette différence tient peut-être plus aux hésitations et aux résistances de la volonté qu'à une vue de la raison. On peut dire vraiment qu'il est au terme : ce qu'il croit comme chrétien, il a réussi à le concevoir.

Reste pourtant une dernière étape à franchir. Les donpas, par la nature même de nos facultés, ce grand problème est encore non seulement irrésolu, mais intact. Le christianisme et le stoïcisme prétendent le résoudre dans deux sens diamétralement opposés. Le premier exagère notre faiblesse jusqu'à anéantir dans l'homme toute force morale qui serait indépendante d'une grâce actuellement efficiente (Pensées, p. 367).

Page 1