Œuvres inédites..., t. I, p
LE MOI
instinctifs, est le symbole d'un désir affectif. L'action qui, commençant dans un centre unique, effectue les mouvements libres, qu'il dépend de l'individu de faire ou de ne pas faire, est le symbole propre d'une volonté motrice. » Celle-là dépend de la sensibilité ; celle-ci peut à son gré la suivre ou la contredire et s'y opposer et, seule, elle s'en distingue. Ces conclusions vont rejoindre et confirment celles auxquelles le témoignage de la conscience nous a déjà conduits. Les physiologistes ne peuvent atteindre l'effort dans sa nature intime ; mais ils nous en montrent l'image, et comme la projection, dans les mouvements du corps. Bien mieux, ils attestent, eux aussi, son existence à leur manière : les effets qu'ils constatent exigent cette cause hyperorganiquc et indépendante ^ Eux aussi, par une voie différente, ils aboutissent à l'effort.
Mais l'effort, tel que nous venons de le décrire, est-il intelligible ? 11 est distinct de la sensibilité ; son origine ne se confond pas avec celle de la vie animale. Iln'a pas d'antécédent; il se pose lui-même : c'est un commencement absolu. Mais un commencement absolu n'estil pas contradictoire? Et s'il ne l'est pas, à quel degré de l'évolution de la vie animale faut-il le placer?
La difficulté est grave. L'effort n'est pas une poussée aveugle et sourde ; c'est un acte libre. Et cet acte qui est
primitif dans Tordre du mouvement volontaire. Test aussi dans celui de la connaissance intellectuelle. Nous commençons à connaître au moment même où nous commençons à vouloir; ou, plus précisément, puisque la pensée n'est qu'une manifestation et qu'une des manifestations de l'effort, nous connaissons parce que nous voulons. Mais peut-on vouloir sans connaître? Une volonté sans connaissance et sans but n'irait-elle pas se confondre avec la force instinctive qui dirige l'animal? L'effort est la cause de la connaissance; et la connaissance, la cause de l'effort. Ils sont donc l'un et l'autre, simultanément cause et effet, antérieurs et postérieurs à eux-mêmes.
C'est une illusion, répond Maine de Biran, une illusion d'optique mentale. A l'origine, dans l'acte qui est le principe de la vie intellectuelle, il n'y a ni avant ni après. C'est de cet acte que dérivent toutes les notions comme tous les principes, de lui que naît le temps. Il serait absurde de prétendre qu'il est régi par les lois qui découlent de lui. Il les fonde et ne les subit pas ; il leur est logiquement antérieur. Dans l'unité du moi, le temps est inconcevable, il n'est pas. Des éléments du fait primitif, on ne peut dire ni qu'ils sont successifs, ni même simultanés. Le temps est une catégorie à laquelle ils sont soustraits : ils sont intemporels*.
Sous sa forme systématique, cette réponse ne paraîtra peut-être pas décisive. Admettons l'hypothèse : le moi qui s'éveille à la conscience ne peut retirer les éléments
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