Œuvres inédites... y t. III, p
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ou s'en emparer, nous les apercevons du dehors comme une chose étrangère. Nous sentons bien qu elles se développaient sans conscience et que désormais, en la présence du moi tiré de son inertie et de sa torpeur, elles vont, sous sa direction, passer de l'ombre à la lumière et
changer de nature.
De même, pendant la veille, quand nous laissons notre imagination errer à l'aventure, que le moi peu à peu tempère son activité et se réduit autant qu'il est en lui au rôle de spectateur, nous pouvons anticiper le terme auquel, dans un mouvement contraire, tendent et l'imagination et la pensée, et, passant à la limite, concevoir un état où, par la disparition complète du moi, le déroulement intérieur des images est devenu spontané. Il est désormais objectif ; il n'y a pas de sujet en qui, tout à la fois, il se redouble et se concentre.
Ce qui est accidentel dans Thomme, est essentiel dans l'animal. L'animal n'est pas une machine. Gomme nous, il se dirige dans le monde extérieur, évitant ce qui lui serait un obstacle ou une cause de douleur : il fuit devant une menace, se met à la poursuite de ce qui peut lui être une proie ; il pousse des cris variés où nous ne pouvons nous empêcher de voir le retentissement d une joie ou d'une douleur. Si ces manifestations étaient trompeuses, et si, en agissant comme nous, il était privé de sensation, nous pourrions renoncer à rien connaître de nous-mêmes; toute induction par analogie serait frappée d'impuissance. Les animaux sont doués de sensation; ils ne s'élèvent pas jusqu'à la pensée. Ils n'en donnent aucun signe. Rien ne leur manque pourtant pour la manifester. H en
est parmi eux qu'on dresse à la parole articulée; mais cette parole est vide : ils sont incapables d'y déposer une pensée d'en faire un signe voulu de l'état de leur âme. Leur vie doit être comme un rêve continu où se succèdent dans un désordre qu'ils ne peuvent disciplmer, les sensations et les images à la suite desquelles, d'une manière fatale, s'éveillent les appétits qui tendent ou débandent les muscles et produisent les mouvements. C'est une série nécessaire de plaisirs et de douleurs, non pas séparés sans doute les uns des autres, comme les perles d'un collier dont on aurait brisé la monture; ce n'est môme pas une collection sans unité. Mais cette umté est comme noyée en eux: elle ne peut s'en détacher pour s'opposer à la série tout entière et, en prenant possession d'elle-même, faire jaillir la conscience. La xie ammaie, réduite à la sensation, est inconsciente.
La sensation est le fait primitif de la vie animale. Maine de Biran a dépassé depuis trop longtemps la philosophie purement sensualiste pour s'en tenir là.
De même que sous la pensée il y a l'effort, il y a sous la sensation une tension de l'activité : c'est cette activité qui est la cause génératrice de toute la vie purement sensitive. Le contact matériel des corps extérieurs et des organes ne pourrait produire que des mouvements ou des modifications matérielles. Si ce contact est suivi dune sensation, ce n'est pas qu'il se transforme de lui-même; mais l'organe est animé : de là vient que le contact matériel, en même temps qu'un choc dans l'organe, produit une impression vitale. Ces deux événements son
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unis l'un à l'autre par des liens dont on ne peut vérifier la nature, mais qu'il est impossible de nier : sous la sen^ sation, il y a, analogue à Feffort, une énergie qui s'exerce
et se déploie ^ .
Cette énergie elle-même d'où vient-elle ? sinon de rame. Sthal a raison contre Descartes : restaurer la notion de force et reconnaître aux animaux la vie et la sensation, c'est une réaction heureuse contre l'esprit de système, un retour à la vérité. Mais ce philosophe a voulu, par un souci excessif d'unité, dériver de la même source toutes les manifestations de la vie et attribuer à l'âme pensante et la sensation et les mouvements de l'instinct et ceux mêmes de la vie organique 2. C'est un excès. Sans doute, Sthal ne va pas contre le témoignage trop évident de la conscience ; il reconnaît que de ces dernières manifestations la pensée est absente. Mais il n'en était pas ainsi au début : c'est elle qui a inauguré cette vie inférieure et donné le branle à tous ses mouvements. Si elle s'est retirée, c'est que l'habitude, en la rendant inutile. Ta amortie et éteinte. Même avec ces interprétalions qui la restreignent, Maine de Biran juge la théorie de Sthal inacceptable et dangereuse.
Elle est inacceptable. La diversité des objets témoigne, dit-il, de la diversité des causes ^ ; et la distance entre la sensation et la pensée est telle qu'elles ne peuvent sortir de la même source. Cette doctrine est, de plus, dangereuse : elle peut conduire, et en fait elle a conduit