‹ Maine de Biran [microform]Chapitre 7 sur 135 · Henri Pestalozzi (1745-1838), instituteur à Zurich · texte numérisé non relu

Henri Pestalozzi (1745-1838), instituteur à Zurich

ion pas à recevoir, mais à faire lui-même, de concert avec le maître, son éducation. Rien de meilleur aux yeux de faine de Biran. Tout lui paraissait bon qui suscitait Télergie active et volontaire et tendait à la développer. L'école eut d'ailleurs peu de succès. Fut-il plus heureux dans la fondation de la « Société médicale » ^? Je ne sais. Mais si cette société n'a contribué d'une manière très efficace ni aux progrès de la médecine ni au développement

'de la psychologie dans ses rapports avec la physiologie,

|elle a du moins fourni un auditoire à Maine de Biran. C'est là qu'il a lu ses Nouvelles considéi^ations sur le som-

\meil, les songes, le somnambulisme et ses obsei^vations sur le système de GalL

Entre temps, la vie publique, sans interrompre ses travaux, l'avait repris. Conseiller de préfecture en 1805, sous-préfet de Bergerac en 1806, il est envoyé par ses administrés, dont il avait su gagner la confiance, au Corps

[législatif en 18092. Il y demeura jusqu'à la chute de l'Empire. Sous la Restauration, ses électeurs lui renouvelèrent et, sauf une légère interruption, lui maintinrent son mandat jusqu'à sa mort. C'est de ce second séjour à Paris que date une phase nouvelle dans le développement de sa pensée. Non pas sans doute que la théorie qui fait le fond de son système s'y soit modifiée; mais son horizon s'ouvre et s'étend. Des questions d'un autre ordre se posent dans son esprit; et il est amené, sinon à transformer, du moins à

1. n en fut naturellement élu président. La première séance eut lieu le 1*' avril 1807.

2. 11 ne partit pour Paris qu'après la nomination de son successeur à Bergerac en 1812.

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compléter ses vues. Il devient le centre d'une nouvelle société philosophique. C'est chez lui que se réunissent Guizot, Royer-Gollard, Ampère, Ampère son correspondant fidèle, son contradicteur, son collaborateur et son ami, Cuvier et son frère, Durivau, directeur de l'École polytechnique et enfin, Cousin, « le jeune Cousin », qui devait prêter à ses doctrines sa parole éclatante et inaugurer sa gloire. Au sortir de la Chambre et de ses débats ardents, ils venaient là empressés et fidèles et y retrouvaient pour discuter sur l'inconscient et sur l'effort toute leur éloquence et toute leur passion. Spectacle rare ! âmes privilégiées que les soucis du jour ne pouvaient absorber tout entières et qui, dans leurs journées si pleines, savaient faire une place à ces nobles travaux ! « Il est bien question de ma santé, écrivait Ampère avec sa brusquerie habituelle à Tun de ses correspondants; nous ne devons nous occuper que des choses éternelles. » Ces choses éternelles, Maine de Biran qui dans une autre enceinte était habituellement muet, savait en parler en maître. C'est là qu'il reprenait tous ses avantages.

Il devait souffrir moins que d'autres du silence auquel, sous l'Empire, le corps législatif était réduit. La tribune qu'il aborda quelquefois par devoir sous la Restauration, l'effrayait. Cette timidité invincible qui glaçait sa parole et lui enlevait tout élan, n'entamait pas son caractère et ne diminuait pas son énergie. Il fut des cinq qui, au nom du corps législatif, après la bataille de Leipzik, présentèrent des remontrances à Napoléon et réclamèrent pour la nation épuisée le repos et la paix. Remontrances bien humbles; mais, dans le silence universel où le moindre

murmure était entendu, elles parurent audacieuses. L'Empereur avec une colère feinte ou réelle, y reconnaissant, |dit-il, l'esprit de la Gironde et d'Auteuil, refusa de les accueillir.

Le corps législatif dissous, Maine de Biran se rend à Grateloup, où il épouse en secondes noces, le 3 mai 1814, sa cousine, Louise-Anne Favareilhes de la Coustète. Il ne rentre à Paris qu'avec le roi. Il reprend sa place à la chambre dont il est nommé questeur et demeure fidèle à Louis XVIII jusqu'à sa mort. Cette fidélité le rendit suspect pendant les Cent-Jours. Devant les menaces qui lui arrivaient de tous côtés, sur les conseils de sa famille il prit la fuite. Mais bientôt las d'une situation dont l'inquiétude lui paraissait pire que tout, il se livra lui-même. On lui rendit aussitôt avec la liberté la sécurité.

De retour à Paris avec Louis XVIII, il prend part aux travaux de la chambre, la chambre introuvable dont il ne peut partager les passions et l'aveuglement, dont il déplore les excès. Il passe pour modéré ; cela lui vaut un échec aux élections d'octobre 1816. Ses électeurs lui reviennent en septembre 1817 et lui restent fidèles jusqu'à sa mort. Ennemi par nature de tout excès, fuyant les extrêmes, il est, suivant l'occurrence, opposé aux ultra-royalistes et aux libéraux et par là fournit un prétexte à Taccusation de versatilité que lui lancent ses commettants. Ce n'est pas lui qui change, mais les assemblées dont il est membre; et c'est pour rester fidèle à lui-même et à sa politique modérée, qu'il se fait tour à tour l'allié et l'ennemi de l'opposition.

Partisan d'une sage liberté, il croit qu'elle doit s'abri-

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ter sous une autorité forte. Ces deux choses, loin de se combattre, lui paraissent se fortifier l'une l'autre et se prêter un mutuel appui. Il n'y a d'autorité stable à ses yeux que celle qui est légitime, qui doit sa force non pas à une surprise de l'opinion, mais à de longs services rendus, à un passé glorieux, qui, sortie du sein de la nation, a grandi avec elle, lui est unie par des liens que la violence seule peut briser. Aussi, après avoir soutenu le duc de Richelieu et le duc Decazes et voté la loi d'amnistie en 1816, il devint, à partir de l'assassinat du duc de Berry par Louvel, l'un des plus fermes appuis du duc de Richelieu remonté au pouvoir avec le dessein arrêté de réagir contre la politique libérale. Il vota les lois restrictives de la liberté personnelle et de la liberté de la presse, s'associa à la réforme électorale et se sépara en cette occasion de ses amis Royer-CoUard et Guizot.

Il demeurait d'accord avec eux sur un autre terrain. La politique ne lui avait pas fait un instant oublier la philosophie; mais, depuis la publication du Mémoire sur r habitude où Destutt de Tracy et Cabanis avaient reconnu leur doctrine, ses opinions avaient évolué : il en était venu à une doctrine plus haute, qui l'acheminait lentement vers le christianisme.

Sa santé cependant, qui avait toujours été faible, déclinait. Vers 1824, son état devint inquiétant. Son fils Félix est rappelé auprès de lui. Bientôt la faiblesse augmente et il ne lui est plus permis de recevoir même ses amis. Seuls, Laîné et AF'^de Frayssinous dont il ne veut pas se séparer, ont accès auprès de lui. Et le 20 juillet 1824, il

meurt dans la foi retrouvée et reconquise de son enfance et de sa jeunesse^.

Il se trouva, comme on le voit, mêlé à de grands événements ; mais la part qu'il y prit ne fut ni prépondérante ni décisive. Nous les avons racontés brièvement. Nous aurions voulu ce récit plus court. Ce n'est pas là que réside la vie, la vraie vie de Maine deBiran ; elle est ailleurs, concentrée tout entière et close dans l'enceinte de sa conscience. Le seul mouvement qui l'intéresse est le mouvement de sa pensée, ou mieux encore l'ascension graduelle de son âme vers une vie meilleure. Il se prête au monde, il parait aimer les succès qu'il y rencontre ; mais il retrouve avec bonheur la solitude, qui lui est une libératrice, « où le temps tombe goutte à goutte, n'interrompt par aucun bruit la méditation solitaire ^ » et laisse le champ libre à « la pensée qui doit remplir toute l'existence ^ ».

Tout le prépare à la vie intérieure, et l'horreur que lui inspire la vie publique, et la faiblesse de son tempérament qui exige impérieusement le repos, et la séduction qu'exercent sur lui l'immatériel et l'invisible, et enfin ce goût inné de se regarder vivre et d'être spectateur plutôt qu'acteur, même en ce qui le concerne.

1. Ami de la Religion (24 juillet 182i); Moniteur (23 et 24 juillet). Maine de Biran fut enterré au Père-Lachaise. Exhumé le 21 avril 1866,

il fut transporté au cimetière de Saint-Sauveur (près Bergerac), où il repose à côté de sa première femme.

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