Œuvres inédites..., t. II, p
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monde pour que cet état ait une raison suffisante ? En face de Finconscient, Maine de Biran se trouve aux prises avec les mêmes difficultés et rencontre le même problème : étant donné le contenu actuel de notre conscience et les impressions qu'elle subit, que doit être l'inconscient pour que cet état ait sa raison suffisante ? C'est dans le connu qu'il faut chercher l'inconnu; et, pour dépasser l'expérience, c'est sur elle qu'il faut s'appuyer.
Que nous apprend-elle? Chacun de nos cinq sens extérieurs produit des effets différents, en apparence hétérogènes et sans lien entre eux. En même temps qu'une sensation déterminée, distincte, quoiqu'elle ne soit pas toujours aisée à décrire, ils éveillent des impressions diffuses dans l'organisme tout entier. Les odeurs produisent un affaissement ou une excitation générale; elles ont, en certains cas, une action marquée sur « le sixième sens », le sens générique. Les saveurs provoquent les préférences ou les répugnances de l'estomac. Il y a des couleurs qui nous agréent et d'autres qui nous déplaisent, sans qu'on puisse, pour expliquer ces attraits et ces aversions, faire intervenir des considérations esthétiques. Le rouge met un taureau en fureur; et la vue d'un homme passionné nous émeut : il émane de lui quelque chose de contagieux, son regard surtout se remplit de sa passion et la propage. « C'est par cette flamme vivante lancée par l'œil et modifiée selon les affections variables de l'âme sensitive qu'un être passionné électrise ceux qui l'approchent et les force en quelque sorte à se monter à son unisson. » La voix est plus puissante encore : bien timbrée, elle va « remuer toute la sensibilité intérieure dans ses
THÉORIE DE LA CONNAISSANCK. l^^
principaux foyers ». « Saint Bernard entraînait par les p stiges de sa voix plus cpae par ceux de son éloquence ces Liers paysans du Nord . qui il prêchait la cro.sade dans une langue qu'ils n'entendaient pas, et les fa.sait voler sous son étendard à la conquête de la Terre sainte K » Même vides de passion, les sons exercent --;>;fl"-^« extraordinaire : « Jai été témoin moi-même, dit Maine de Biran des effets extraordinaires produits par les sons doux et mélancoliques d'un harmonica; j'ai vu des personnes, trop sensibles pour pouvoir y résister, frémir dans toutes les parties de leur corps à la seule impression de ces sons, s'attendrir, verser des larmes et finir par tomber en
syncope '^. » • .
Voilà les faits. D'où proviennent-ils? Qu'il puisse y avoir, entre les phénomènes que nous venons de signaler et la sensation spécifique qui les accompagne ou les précède, une relation de cause à effet, c'est une question qui, pour Maine de Biran, ne se pose pas. Et il parait évident que, s. ces phénomènes dérivent partiellement de ces sensations, ils ne s'expliquent pas entièrement par elles : ils sont le résultat des impressions directement subies par 1 énergie vitale ; et ces impressions ont deux sources.
Les causes extérieures, quel que soit leur caractère et quel que soit le sens auquel elles s'adressent, ont toutes une activité fondamentale uniforme : elles agissent par contact ; c'est là un point qui leur est commun. Dans ce contact, se manifeste, sans doute, la diversité de leur nature; et de
, . Mé,noire sur les perceptions obscures, cité par Al. Bebt..«», Psyckologie de l'effort, p. 40.