‹ Maine de Biran [microform]Chapitre 99 sur 135 · Science et psychologie, p · texte numérisé non relu

Science et psychologie, p

THÉORIE DE LA CONNAISSANCE

nous ne pouvons l'atteindre par la connaissance. Mais nous arrivons jusqu'à lui par la croyance.

Qu'est-ce la croyance? Maine de Biran ne la définit pas; mais il en indique les éléments d'une manière assez précise pour qu'on puisse entendre sa pensée. Il y a pour lui une distinction essentielle entre connaître et croire : ces deux opérations de l'esprit diffèrent l'une de l'autre et par leur objet et par leur nature.

L'objet de la connaissance est le monde phénoménal auquel il faut ajouter la force active qui le produit, mais qui elle aussi est un fait, bien que plus profond et plus riche que les autres ; l'objet de la croyance, c'est ce qui est situé au delà des phénomènes et même de la foice.

Nous connaissons hors de nous des qualités premières, des qualités secondes et la résistance autour de laquelle elles se groupent ; nous croyons à une substance matérielle. Nous avons conscience de notre pensée, nous connaissons le moi et l'effort qui le produit, ou mieux, le constitue ; nous croyons à l'âme.

L'âme, la substance cosmique sont des absolus; la pensée, le moi, les qualités sensibles de l'être et la résistance sont relatives et contingentes : ces deux sortes d'objets sont distinctes.

L'acte par lequel on les atteint, l'est encore davantage. Entre le moi et la conscience qui le connaît, il y a quelque chose de plus qu'une relation immédiate, il y a une identité; l'existence de notre propre corps nous est donnée dans le même fait que le moi: les corps extérieurs nous sont connus par un contact immédiat.

Entre la substance et la pensée ou le moi, nulle relation

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n'est possible ^ : elle est hors de notre portée. On a prétendu que nous pouvions l'atteindre directement, quelque distante qu'elle paraisse; et l'on a donné à cette opération merveilleuse le nom d'intuition intellectuelle. Mais l'esprit de système ne peut prévaloir contre les faits : nous ne savons rien directement, du moins rien de précis, ni de la substance cosmique ni de l'âme. Et, si elles nous étaient données dans une intuition, il faudrait bien reconnaître que cette intuition est aveugle 2.

Ces idées que Maine de Biran appelle tantôt des croyances tantôt des notions, ne sont pas le résultat d une élaboration de l'esprit, de l'abstraction et de la généralisation. L'abstraction, nous l'avons déjà vu, appauvrit les données qui lui sont fournies par la sensation ou la conscience : sa tendance est de les vider entièrement et d'élargir l'hiatus qui, dès la première démarche, les sépare du réel.

Les croyances, loin de s'éloigner du réel, s'en rapprochent; loin d'appauvrir les données des sens ou de la conscience, les enrichissent; loin de les atténuer, les amplifient.

Mais, si l'intuition intellectuelle est un mythe, si l'abstraction ne peut nous donner les croyances, si de plus entre leur objet et nous, il y a comme un fossé, quel moyen de le franchir? Quelle est cette opération que Maine de Biran appelle la croyance ?

C'est une inférence immédiate, une induction, au sens platonicien : elle part du fait individuel et relatif, pour s'élever d'un bond à la notion universelle et absolue. Le

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