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THÉORIE DE LA CONNAISSANCE
fait n'est ni la matière éloignée, ni, en un sens quelconque, l'objet de cette notion ; il fournit une base d'élan à l'esprit qui, par une détente spontanée, dépasse le niveau de toute expérience. Ce procédé naturel et hardi, Maine de Biran le reconnaît et le décrit à peu près comme Platon. Mais il s'éloigne de lui quand il s'agit d'en faire la théorie et d'en expliquer le mécanisme. Il rejette l'innéité, à plus forte raison la réminiscence et la vie antérieure qui la fonde. Pour aller du relatif à l'absolu, la pensée a pourtant besoin d'appuis qui soutiennent et dirigent son essor. Il y en a deux : les notions et les principes. Les notions sont comme des formes vides qui élèvent à l'absolu les données de la conscience ou des sens. C'est par l'union de ces deux éléments, l'un à priori, l'autre expérimental, que la notion est formée et complète. Sans l'élément à priori, le fait demeure contingent et relatif; sans le fait expérimental, l'élément à priori est vide et aveugle ^ : il ne met à notre disposition aucune connaissance positive.
Les notions ne nous seraient d'aucun profit et resteraient hors d'usage, si elles étaient détachées de l'expérience. Elles lui sont unies et unies d'un lien infrangible. Cette haison constitue les principes ; et c'est par eux que nous pouvons aller du phénomène à la substance, de l'effet à la
cause.
La pensée de Maine de Biran, il est aisé de le voir, a subi une modification profonde. En sa première théorie, les notions n'étaient que la conscience du moi. Entre elles et leur objet, l'adéquation était parfaite. Il n'y avait rien