‹ Maine de Biran, sa vie et ses penséesChapitre 2 sur 85 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

M. de Biran a laissé des cahiers de souvenirs qui, joints à des agendas de poche et à des feuilles volantes» constituent le Journal intime de Tauteur. Ce journal commence en 1 794 et se termine en 1 824 \ mais, sauf quelques pages datées de 1811, les documents font presque entièrement défaut de 1795 à

Ces divers papiers réunis forment un ensemble de plus de douze cents pages, qui oflTrent une grande variété dans leur contenu. Des dissertations politiques, le récit souvent fort détaillé des incidents de la vie

Vr AVANT-PROPOS

journalière, des apergus philosophiques oiïrant toute

la spontanéité *(l'une pensée qui vient de naitre, s'y

mêlent à des analyses d'une nature personnelle et intime, à l'expression des mouvemenis les plus secrets

de Tâme. La rédaction, dans son ensemble, n'oifre aucune régularité^ même pour les cahiers de souvenirs qui forment un texte suivi. Tantôt il ne se passe pas un jour dont quelques lignes ne conservent la trace ; tantôt il y a des lacuilbs de plusieurs semaines; ici les moindres circonstances du dehors sont scrupuleusement enregistrées; là les produits de la réflexion remplissent seuls des pages qui revêtent un caractère scientiflque. Ces variations mêmes sont un des traits essentiels de ce tableau dans lequel l'écrivain a vivement empreint soa image.

En me confiant ces documents précieux, avec l'autorisation d'en faire tel usage qui me paraîtrait convenable, le fils de l'auteur, M. Félix Maine de Biran, m'a honoré d'une confiance pour laquelle je le prie

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de vouloir bien agréer ici mes publics remercîmenls. La pensée d'extraire de cet ensemble de matériaux la partie propre h être communiquée au public s'offrait naturellement. Telle estrorigine des Pensées de Maine de fitran, qui ne sont autre chose qu'un choix de fragments textuellement empruntés aux manuscrits du Journal intime. Il était nécessaire de choisir. L'étendue des rédactions originales et les répétitions fréquentes qu'elles renferment ne permettaient pas de les publier intégralement ; les dissertations politiques auraient rompu l'unité d'intérêt que ce recueil peut offrir. Ce qu^il fallait demander avant tout aux cahiers de souvenirs de M. de Biran, c'était M. de Biran lui-même, dans sa personnalité vivante. Montrer le mouvement de la vie intérieure de l'écrivain, mettre le lecteur à môme de discerner, dans les expériences personnelles du philosophe, l'origine de ses théories métaphysiques et de ses pensées religieuses ; retracer, en un mot, la marche que suit,

dans soo développemeot, cette àme remarqnableiiieot sincère : tel est le bul qui m'a servi de guide d^ns mon choix, au milieu des hésitatioDS inséparables d'un travail de cette natare. Le lecteur, du reste, sera mis à même de se former une idée teacte de la physionomie du Journal intime^ dans son intégrité ; les pages relatives aux mois de mars et avril 1818 ont été transcrites tout entières dans ce volume, à titre de spécimen.

La pensée ou, pour mieux dire, l'âmo de M. de Biran, prise à son point de départ, et suivie dans ses phases diverses, jusqu'au moment où elle se tourne avec ardeur vers le monde invisible et les espérances éternelles, offre un spectacle d'une haute moralité. Cette considération justifiera^ je Tespère, ce qui aura toujours besoin d'être justifié par un but sérieusement utile, ce que, sans cela, les exemples les plus nombreux et même les plus illustres ne sauraient absoudre à mes yeux : le fait de livrer au public des pages

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confidentielles. Du reste, s'il en était besoin, on pourrait invoquer, en faveur de là convenance de cette publication, l'autorité de l'homme que M. de Bîran choisit lui-même pour son exécuteur lesta— mentaire : M. Laine. Après avoir parcouru les cahiers laissés par son ami, M. Laine écrivait que, € dans ce persévérant ouvrage de tous les jours, on c trouverait beaucoup de pensées capables de faire ce' honneur à la mémoire du défunt. »

On voudra bien ne pas chercher dans ce livre une f4)rme achevée et un style toujours correct, se rappelant qu'on a sous les yeux une rédaction rapide, que Tauteur n'a jamais revue et que l'éditeur a dû respecter. Le manuscrit renferme un grand nombre de citations qui quelquefois ne sont séparées du texte par aucun signe distinctif. J'ai indiqué toutes celles de ces citations que j'ai su reconnaître ; mais il n'est pas impossible que quelques-unes aient écht^ppé à mes regards, et qu'un certain nombre de lignes étran-

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