VIE
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La yie de Maine de Biraa n'offre point ces circonstances extraordinaires qui éveillent la curiosité géoérale. Les orages de la Révolution l'atteignent à peine; il fournit une longue carrière politique sous l'Empire et la Restauration, et, une seule fois, il se trouve appelé à prendre une part active à un de ces fiaits qui s'inscrivent pour toujours dans les annales des nations. Pour un homme mêlé aux plus grandes affaires de son pays, et placé de manière à ressentir le contre-coup des commotions publiques, on ne pourrait guère se représenter une vie moins accidentée dans des temps si fertiles en événements Les destinées extérieures du philosophe ont le même caractère que celles de Thomme d'État. M. de Biran agite des problèmes du plus haut intérêt et dépose des germes féconds dans le sol de la science ; mais, étranger à renseignement, et n'ayant publié que de rares et courts écrits, sa réputation ne dépasse pas l'enceinte des corps savants de TËurope, et le cercle étroit des hommes spécialement voués, en France, à l'étude de la métaphysique. La plupart des personnes qui rencontraient, dans les salons de Paris, cet homme de haute taille, aux traits délicats, avec les yeux bleus, un teint pâle et une coiffure poudrée, à la mode du siècle dernier, étaient frappés de la distinction de ses manières, de sa modestie, de son exquise
politesse, et ne deviDaient pas, sous les apparences d'un homme du moDde accompli, « le plus graud métaphysicien qui ait honoré la France depuis Malehranche
Nulle discussion passionnée ne retentit autour de ses ouvrages. G*est un penseur solitaire : la route isolée dans laquelle il sV vance se croise à peine avec les voies tumultueuses où s'agitent ces écrivains dont le nom demeure lié dans la mémoire des hommes aux contestations religieuses ou aux querelles politiques de leur époque.
A la considérer du dehors, une telle vie, tout à fait vide d'aventures, pourrait ne pas sembler digne d'un intérêt particulier. Mais tout change d'aspect lorsqu'on fixe les yeux sur le développement intérieur de l'homme, sur ses affections et ses pensées. On se trouve alors en présence d'une âme extraordinaire par sa sincérité, recueillant les expériences de la vie pour en soumettre les. résultats à Texamen d'une intelligence pleine de finesse et de profondeur. M. de Biran ftit un observateur de soi-même comme il n'en est qu'un bien petit nombre ; c'est ce qui peut donner auprès des esprits sérieux une valeur réelle au récit de son existence. C'est en dedans surtout qu'il fout le regarder vivre : car, singulièrement attentif aux faits qui se produisent sur Ja scène intérieure de la conscience, il le fut moins à ce qui se montre au dehors sur la scène du monde. La tâche du biographe n'est donc pas ici celle d'un narrateur ordinaire : loin de se borner à raconter des faits, Il faut qu'il s'applique avant tout à reproduire des pensées, à exprimer ces mouvements du cœur, ces besoins de la conscience qui constituent la vie secrète d'une âme humaine ; tâche dont l'intérêt est grand, mais dont les difScultés égalent l'attrait.