DERMONT, LISE
DERMONT. Ma chère Lise ! je vous revois !
LISE. Laissez-moi, monsieur.
DERMONT. Quoi ! VOUS ne voulez pas m'entendie !
LISE. Eh ! qn'entendrai-je qui ne tourne à votre désavantage? Quoi ! depuis six mois, pas une lettre, pas un seul mot !
DERMONT. Eh ! le pouvais-je ?
LISE. En effet , vos occupations sont tellement importantes
DERMONT. Mais, il fallait savoir. . ..
LISE. Que j'étais dans ce pays , ignorée de tout le monde, tourmentée par ma tante; seule, enfin, en butte aux regrets d'avoir affné un inconstant.
DERMONT. Moi ! inconstant ! oh ! jamais ! . . . .
LISE. Et que voulez-vous que je pense ? Me ferezvous croire que lorsqu'on aime véritablement, on ne sait pas trouver le moyen de le dire , de l'écrire ; mais , les plaisirs de la capitale, et peut-être d'autres amours, ont su vous faire oublier une infortunée, qui conservera toute sa vie le chagrin de vous avoir aimé.
DERMONT. Lise ! ah ! de grâce ! laissez-moi me justifier à vos yeux ! Je ne suis pas coupable. — Souvenezvous qu'avant votre départ, vous m'écrivîtes ; mais, tout en m'annonçant que vous alliez habiter une maison de campagne, des environs de Bordeaux , vous oubliâtes de me dire le nom de l'endroit. Vous partez : quel fut mon embarras ! Je m'informai vainement , personne ne put m'instruire; je ne vis d'autre espoir de vous retrouver, qu'en marchant sur vos traces : je suivis mon ami , le hasard nous conduit ici, je me réjouis de votre présence je m'attends à vous voir partager ma joie; et v ous.vou.'* m'accusez, quand c'est moi qui suis innocent !
LISE. Comment ! il se pourrait?
DERMo.N'T. Voilà votrc lettre ; jugez-moi.
LISE. Ah Dermont ! pardonnez.