‹ Maison à vendreChapitre 17 sur 25 · VERSAC, FERVILLE · texte numérisé non relu

VERSAC, FERVILLE

VERSAC , à part. Il voulait la maison : voyons-le venir.

FERVILLE, à part. Il ne sait pas que je voulais m'arrondir : tâtons-le prudemment.

VERSAC. Ce pays est charmant.

FERVILLE. L'air est humide

VERSAC. Pourtant , les habitants paraissent s'y bien porter.

FERVILLE. Beaucoup de fièvres.

VERSAC. Fièvre ou non , je l'habiterai dans la belle saison.

FERVILLE. Je serai enchanté d'y faire votre connaissance.

VEF.SAC. Vous demeurez dans les environs ?

FERVILLE , montrant le côté opposé à sa maison. Oui, dans les environs.

VERSAC. Pour moi, voilà ma maison.

FERVILLE. Je vois quc c'est vous qui avez acheté. . . .

VERSAC. Oui : j'ai mis soixante mille francs dans cette acquisition ; cela n'est pas clier.

FERVILLE. Hum I la maison a bien des désagréments.

VERSAC. J'y ferai des réparations.

FERVILLE. Le terrain est mauvais,

VERSAC. C'est qu'il est mal cultivé.

FERVILLE. Trop de bois.

VERSAC. J'y ferai une coupc^

FERVILLE. Ah I c'est différent.

VERSAC. Dans six mois , vous ne reconnaîtrez pas celte habitation

FERVILLE. Avec du goût, on tire parti de tout

VERSAC, montrant la maison de Ferville. D'abord, vous voyez bien cette maison ?

FERVILLE, Oui, je la vois.

VERSAC. La connaissez-vous ?

FBBviLLE , à part, si je connais ma maison !

Oh ! beaucoup.

VERSAC. Il m'a semblé que , des appartements, on avait la vue sur mon parc ?

FERVILLE. C'est la seule qu'on ait.

VERSAC. C'est fort bien ; mais , comme je n'aime pas les curieux , je fais planter , devant leurs croisées , un double Indeau de peupliers.

FERVILLE. Mais, le voisin ?

VERSAC. Le voisin ne verra plus rien, c'est vrai ; mais chacun songe à son agrément.

FERVILLE. Il me parait, en efTet, que vous n'oubliez pas le vôtre.

VERSAC. Quant au petit ruisseau qui prend sa source dans mon jardin et qui baigne celui du voisin, je le fais serpenter au milieu des fleurs , je fais une petite rivière, un lac : cela sera charmant.

FERVILLE. En effet, cela peut être fort agréable.

VERSAC. D'autant pli^ agréable, que je lui donne une autre direction; qu'après lui avoir fait faire le tour du jardin, il ira se perdre dans ma grande prairie.

FERVILLE. Et le voisin?

VERSAC. Se passera d'eau ; pas une goutte : mais c'est un pe'tit objet d'agrément auquel il ne doit pas tenir beaucoup.

FERVILLE, à part. Ah ! double sot.

VERSAC. Voilà à peu près tous les changements que je compte faire.

FERVILLE. 11 me semble que c'est bien assez.

VERSAC. Ah ! si ce n'est pourtant un mur que je fais élever à la partie latérale de mon bâtiment.

FERVILLE. Comment, encore un mur ?

VERSAC Immense; mais , de mon côté , je l'embellis d'espaliers.

FERVILLE. Et le voisin ?

VERSAC. Ah ! le voisin s'arrangera.

FERVILLE. Mais enfin, ce mur ?

VERSAC. Se trouvera juste en face de son rez-dechaussée , si bien que , de son salon , on se croira dans une maison d'arrêt. — C'est un malheur.

FERVILLE. J'espère que la loi

VEHSAC. Je la connais ; et puis, d'ailleurs , j'ai lu les titres. — Trois pieds, le tour de l'échelle, voilà tout ce que je lui dois.

FERVILLE. Ainsi, ce malheureux voisin

VERSAC. M'inquiète peu , on m'a dit que c'était un arabe, un juif. Le connaissez-vous ?

FERVILLE, dans une très-grande colère. Oui, morbleu, je le connais ! Aprenez que ce voisin, c'est moi.

VERSAC. Enchanté de faire votre connaissance.

FERVILLE. Savez-vous que ma propriété va devenijr sans valeur ?

VERSAC. Oui ; mais la mienne en acquiert bien davantage.

ferville: J'enrage.

VERSAC. Tout esprit de propriété à part , ne trouvezvous pas mon plan délicieux ?

FERVILLE. 11 me ruine.

VERSAC. Maist il m'enrichit , moi. Dès qu'on a une propriété, on aime à déranger, bouleverser ; on dépense.

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il est vrai, beaucoup d'argent ; mais lorsqu'on a, comme moi, une certaine fortune

FERviLLE. Ce n'est certainement pas la seule propriété que vous ayez ?

VERSAC. Moi ! ah mon Dieu ! j'en achète tous les ans.

FERVILLE. Vous Hc voudiicz pas céder votre marché?

VEBSAC. Vous n'en voudriez pas; le terrain est iriauvais, l'air est humide, beaucoup de fièvres

FEB VILLE. Mais, si quelque bénéfice

VERSAC. Impossible , j'y suis déjà attaché ; et puis cette maison me coûte soixante mille francs , je veux mourir si je la donne (our quatrc-vin,i;t mille. Mon plan me séduit. Vous sentez qu'une rivière, un lac, un grand mur avec des espaliers

FERVILLE. Cela pourrait être très-joli, c'est on ne peut pas mieux Mais , tenez , vous me paraissez un aimable homme , si d'honnêtes propositions peuvent vous

convenir Venez un instant chez moi; nous nous

arrangerons, je vous promets des sacrifices.

VERSAC. Des sacrifices ! argent comptant ?

FERVILLE. Argent comptant! ( Il fait le geste de quelqu'un qui compte de t argent). On vient, je vous attends ; je vais faire un petit acte sous seing privé. (A part). Oh ! la maudite maison! elle me coûtera cher!

(Il sorlj.

VERSAC, seul. Bon : je tiens le juif. — Et qui sait si je n'ai pas fait une bonne affaire ?

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