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fait violence à ses affections dynastiques. I) veut y rester fidèle et demande six mille francs pour prix de sa constance. On lui en donne trois mille, c’est peu de chose ; mais le Commerce complétera la somme et la Comédie-Française aurait tort de se plaindre.
En attendant nous devons être bien en cour.
Puisque ce pauvre Delavigne est mort , — Cher homme ! Dieu lui fasse paix ! une dangereuse concurrence de moins ! — puisque cette place de bibliothécaire est vacante , demandons-Ia pour notre héritier, pour M. Alexandre Dumas fils , un gaillard solide , qui recopie les manuscrits avec une verve incroyable.
Ici, que nos lecteurs daignent parcourir ce passage d’une brochure qui a pris les devants sur la nôtre pour fustiger l’avidité de M. Dumas :
•> On sait que M. Casimir Delavigne n’élall point riche. Comme un autre il aurait pu faire du métier; mais il avait la faiblesse de se respecter dans ses œuvres. Le roi lui avait donne la place de bibliothécaire du château de Fontainebleau, véritable sinécure , qui permettait au poele de consacrer tout son temps à scs occupations favorites. Casimir Delavigne étant mort, sa place devenait vacante. Il sera donc important d’arriver le premier. Pour cela, M. Dumas se rcud au convoi du titulaire défunt et se place, pur hasard, auprès de M. de Monlalivet, avec lequel il tient même un des cordons du poêle. C'était le moyen de tenir aussi l’oreille de M. l'intendant, et M. Dumas lui demande sans plus de façon la place de celui qu’on mène au cimetière. M. de Monlalivet Qt observerait solliciteur que le moment était mal choisi, lui promettant au reste d’eu causer avec lui plus tard. M. Dumas insitU, déclarant qu'il ue sollicitait pas pour lui personnellement, mais pour son fils. Bref, il parait que M. l’intendant de la liste civile n’a pas trouvé que le génie du père devait être récompensé dans la personne de l’enfant. On a refusé net. indi irœ ' ISous ne dirons pas que nous tenons cette anecdote de M. de Monlalivet lui-même; cependant ceux qui voudraient la tenir de lui n'ont qu’à le prier de la leur raconter. »
Un refus !
Toute l’ancienne fureur de M. Dumas se réveille. I! va retrancher ces louanges absurdes, ces flagorneries que ne veut point accepter la censure; il ta quitter l’encensoir et reprendre son fer rouge.
Mais d’abord jouons la pièce.
EHc est dijlorée d'avance ; clic est connue des lecteurs du Commerce et des habitués des cabinets de lecture ; ou a mangé l’hultre , il ne reste plus que les écailles... Eli! bon Dieu, la Comédie-Française est encore trop benreusc ! M. Dumas a compromis les intérêts du théâtre ; il n'a pas rempli les conditions du traité, qu’importe? Il signe tout, vous le savez de reste, et rien ne l'engage. Au lieu que vous, M. Buloz ; au lieu que vous, messieurs les sociétaires, vous avez des sentiments honnêtes, une âme loyale ; vous observez les conventions verbales comme les conventions écrites. Allons, reprenez Christine ! On la répète à l’Odéon, je l’oubliait.... bah ! SI11- Georges n’aura pas tous les admirateurs ! Jouez ensuite cette fameuse Conspiration sous le Régent , et versez-moi d'avance cinq mille francs de prime, cinq petits mille francs, Messeigneurs....
Arrière, mendiant ! Crois-tu que nous soyons obligés de te donner de l’or pour ces guenilles que tu as pendues à tous les crochets du journalisme et déchirées â tous les angles de la presse ?
Travaille, gagne un succès, touche un juste salaire ; mais ne viens pas ainsi demander l’aumône â la porte d'un théâtre ! Où as-tu vu le génie descendre à ce degré d’opprobre ? Regarde les vrais littérateurs, prends Victor Hugo pour modèle, imite SI. Scribe. On leur a parfois offert des primes, comme gage de réussite certaine, comme tribut anticipé d'admiration ; mais à aucune époque ils n’ont ainsi tranché du lazzarone, qui ne prie d'abord atec bassesse que pour menacer ensuite avec audace.
SI. Buloz suiv it l'exemple de SI. l’Intendant de la Ciste civile et refusa net.
Alors on vit la Démocratie pacifique prêter sa croupe à SI. Dumas, qui l'enfourcha d’un bond, pour courir ventre à terre sur le terrain du libelle. On sonna la charge contre le commissaire royal, contre les sociétaires du théâtre, contre l’administration des Beaux-Arts, contre le ministère, contre tout le monde. On essaya de lacérer les uns, de pourfendre les autres, et, tandis qu’on avait la lance au poing, rien n'était plus simple que de la diriger contre ce petit-fils qui n’avait pas tenu compte des basses adulations prodiguées â son aïeul.
Oui, AI. Dumas, qui, la veille, protestait encore de ses affections dynastiques, prit de nouveau, prit à pleines mains la fange de l'ingratitude pour la jeter à son protecteur.
Et cela, parce qu’on n’avait point accueilli sa requête insensée; parce que, ce pain quotidien réservé pour le génie pauvre, on ne voulait pas le mettre sous la dent d’uu homme qui mange deux cent mille francs, année courante, sans rien perdre de son monstrueux appétit ; parce qu’une sinécure honorable, une pension déguisée sous l'apparence d'un emploi ne parut pas être due à un jeune homme de vingt ans, à un rhétoricien sans barbe, tout frais émoulu du collège.
le roi, par l’organe de SI. de Montaiivet, refuse à SI. Dumas fils la place de bibliodiécairc d’une résidence royale, et Al. Dumas père attaque le roi.
AI. Buloz refuse de demander 3,000 francs au ministère, à propos d’une pièce dont le succès est dorénavant plus que douteux ; de les demander pour un homme qui, depuis 18i0, a reçu 27,000 francs sur le budget des lettres, savoir :
En 1840, 3,000 fr.
Et Al. Dumas attaque AI. Buloz, il déchire la Comédie-Française, il insulte le ministère, cric au vandalisme, et d'une question de rapine , à lui toute personnelle, prétend faire une question d'intérêt général.
11 se pose en vengeur des lettres , lui ? Dérision !
Parcourez de grâce les cinq numéros de la Démocratie Pacifique et
tous entendre* M. Dumas professer sans gène, avec le pins franc cynisme, ses principes d'exploitation littéraire.
<i L-5 côlé plaisant de In ebuse, — nous dil M. T.ipoirrri* Saint-Alme, dans un feuilh- Ion plein d'esprit , publié le *8 décembre dernier par le Cobsa ihe -Satan, — c’est de voir la Démocratie t'a- ifi'/up, cri organe du progrès socialiste , cel organisateur du travail, prêter complaisamment ses colonnes h cet inldérable abu» do la fabric’it.on littéraire. Que vont dire Saint-Simon et Fourier? Que va devonir la maxime fondamentale du Phalanstère : A chacun selon sa capacité? Ah! digno journal, rendez- nous au plus vite le travail attrayant de votre prophète et ramenez-nous à la fraternité humanitaire et saiot-simonieune ! SI c'est ainsi que vous entendez la justice distributive, l'honneur des lettres et la moralisation de l'espèce ; si vous trouvez bon qu'uu écrivain vive aux dépens do tous, qu'un estomac littéraire ou dramatique absorbe la nourriture de la masse; si vous reconstruisez, en un mot, la tyrannie dans ce qu’elle a do plus odieux, puisqu'elle frappe sur l’intelligence, comment vouiez-vous que les peuples, qui altendeu votre Messie, le cœur ouvert à l'espérance, ne conçoivent pas quelque souprou sur votie nouvel évangile?
Sans auctiu doute, M. Alexandre Dumas, en vous adressant cinq lettres consécutives eontro M. Buloz 1a Comédie-Française, clc..., s’est donné à votre égard le mérite d’uu procédé louchant et généreux; car enfin, au prix de facture, ces lettres valent 2,100 francs comme un liard. Répétées par la Presse, elles valent en outre 9,50i» francs comme un autre liard, en tout s, 000 francs, qui doivent être portés à votre avoir. Mais ce n'est pas uue raison pour sacrifier vos principes, votre maxime et renier vos dieux. En conscience , vous y perdriez quelque chose. Ce serait livrer Fourier et Saiol Ni mon au rabais et la maxime par-dessus le marche. Tenez, nous allons vous donner un bon conseil : demandez cinq autres lettres à M Dumas et cinq autres réclames à la Presse, puis, ces choses faites, rentrez prudemment dans vos princ pes, remettez vos dieux en place, regraltex votre maxime et continuez, comme si de rien n'était, votre peli bonhomme de chemin. Laissez U M. Ruloz et la Comédie- Française, la direction des Deaux-Arls, le ministère et le public. Il n’y a rien de commun fort heureusement entre vous, ces hommes et ces choses. Votre royaume n’est pas de ce monde.
Un peu pins loin, au sujet de la fameuse phrase : • J'ai manqué à gagner 137,000 fr. », M. Lepoiterin s’écrie :
.Vai manqué à gagner 137.000 francs ! Comme ce mot peint l’époque ! M. Dumas ne l’a prononcé, nous en sommes convaincus, que pour nous donner une leçon de haute moralité. Il s'est couduit comme les sages qui, pour faire passer une vérité trop crue, disent nous eu parlant des vices auxquels le vulgaire est en proie. Salut h M. Dumas ! respect au grand homme ! Vénération au sublime moraliste !
Il est impossible de se moquer plus agréablement du signataire des lettres et de la feuille qui n’a pas rougi de lui prêter ses colonnes. A part l’odieux de la chose, il est certain que M. Dumas s’est comporté dans toute cette affaire comme un benêt d’écolier qui présente lui-même la férule dont on va lui caresser les doigts. Ses attaques contre le commissaire royal sont d’une indécence qui aurait sur-le champ donné gain de cause à celui-ci , quand bien même il aurait eu les torts. 31. Dumas injurie M. Buloz ; il
l’outrage, il le provoque , il lui jette à la figure des expressions que
répudierait un crocheteur.
O monsieur Dumas , tous devriez pourtant aToir gardé le souvenir de la manière dont on accueille tos cartels 1
Encore celte anecdote, et nous terminons ; car la besogne serait au-dessus de nos forces, s’il nous fallait tout écrire.
C’était dans les coulisses de la Comédie-Française, le jour de la répéti-
tion générale d'uue tragédie d’Alexandre Soumet. Si. Buloz venait d’être nommé tout récemment commissaire-royal, et son autorité n’était pas encore affermie. Quant il M. Dumas, fort du succès de Henri III , il se posait triomphalement à cette époque en présence de tout le personnel du théâtre, et tranchait à la fois du matamore et du grand homme. Ces allures déplaisaient à M. Buloz , qui s'était déjà vu contrecarré plus d’une fois dans sa marche administrative. Or donc, la veille de la première repré sentation du C/ailiateur, à minuit sonnant, M. Dumas fit irruption dans les coulisses. Il déclara que Mu, Doze était malade et que par conséq uent elle ne pourrait, le lendemain, remplir son rôle.
— Vous appurlcz-là, dit le commissaire royal , une nouvelle bien étrange et dont je dois mettre en doute la véracité.
— Pardonnez-moi , la chose est exacte.
— Je ne le pense pas, car j'ai vu, ce soir, Mu” Doze; elle m'a dit ellemême que je pouvais faire aflicher.
M. Dumas pirouetta sur ses talons et fit un geste passablement suspect d'impertinence. Il faut dire ici que, voulant appuyer sa candidature académique d’une protection puissante, notre homme prenait les intérêts de l’auteur beaucoup plus que l’auteur lui-même.
— Bail ! s’écria-t-il, que M"' Doze soit malade on non, la pièce ne peut être jouée demain.
— Pourquoi, je vous prie? demanda le directeur avec le plus grand câline.
— Parce qu’il est clair qu’on n’est pas en mesure , parce que j'assistais à la répétition générale, et que je me suis fort bien aperçu qu’on ne savait pas les rôles. Cela ne peut aller ainsi , vous dis-je ; on ne jouera pas demain la pièce, on ne la jouera pas !
Et M. Dumas proférait ces paroles avec l’accent impérieux d’un maitre. Tous les spectateurs se regardaient avec surprise. Le commissaire royal sentit qu'il était perdu , s’il ne déployait toute son énergie pour combattre cet inqualifiable envahissement de scs droits. Il marcha donc à M. Dumas, et, le toisant avec dignité :
— Vous allez vous taire , monsieur , lui dit-il , ou je vous fais mettre à la porte par deux valets du théâtre !
M. Dumas pâlit d'abord, puis il devint pourpre ; mais il garda le silence. Comprenant que la menace pouvait s'exécuter le mieux du monde , il ne jugea pas à propos d’en braver l'exécution. Plusieurs préparatifs indispensables réclamèrent , une demi-heure encore , la présence du commissaire royal. M. Dumas , penaud et toujours silencieux, resta dans les coulisses, et , lorsque chacun se mit en devoir de partir, il quitta le théâtre avec M. Buloz et l’accompagna , pendant un assez long espace de chemin , sans lui adresser le plus léger reproche , sans lui souiller le moindre mot de l’aventure.
Le lendemain , la pièce fut jouée ; M11* Doze jouissait d'une santé char-
manie, el le public trouva que les acteurs savaient assez bien leurs rôles ; seulement M. Dumas, après vingt-quatre heures de mûre et sérieuse réflexion , avisa qu’il pouvait bien avoir été insulté par JI. Buloz et lui dcjiéiha M. Jules Lefebvre, porteur d'un cartel en bonne forme.
Le commissaire royal partit d'un éclat de rire olympien.
Chacun de nous en eût fait autant.
Cet éclat de rire , avec un mouvement d'épaules très-signilicatif , renferme tout le dénouement de l’histoire. La gaîté si franche de M. Buloz calma sans doute le fougueux adversaire.
Knfin, nous allons vous dire adieu, monsieur Dumas.
Vous démasquer entièrement , vous présenter au public sous toutes vos faces, tel a été notre but en écrivant cette brochure.
Notre critique est amère et notre parole mordante ; mais ce n’est pas avec la modération et la douceur qu’il est possible de combattre un abus comme celui dont vous vous faites le patron. Nous vous avons montré débutant dans la carrière par l'apologie du plagiat. Nos lecteurs vous ont vu quitter la lice un instant pour y revenir ensuite avec le terrible renfort d'une ambition déçue. La fortune, qui vous échappait ailleurs, vous l'avez cherchée dans l'exploitation la plus honteuse, l'exploitation de la plume , notre désespoir à tous. Nous avons ouvert la porte de votre manufacture ; nous avons fait voir tous vos ouvriers, tous vos commis, tous ceux qui vous fabriquent la gloire; tous ceux dont les lâches travaux remplissent le coffre-fort, pourvoient h la dépense, enflent le budget. Votre avidité sans bornes n’est plus un mystère. Vous abreuvez d'outrages et vous calomniez ceux qui veulent la restreindre. Vous avez tenté de nous calomnier nousmêmes , nous qui sommes prêts à verser notre sang pour l'honneur de cette noble profession que nous avons choisie entre toutes, j C’est en face que nous vous parlons , répondez-nous en face.
Quant à notre dernier mot, le voici :
Recourez , si bon vous semble , à un tribunal , nous vous y accompagnerons sans peur.
Nos attaques s’adressent uniquement à l’homme littéraire, au pirate qui nous dévalise. 11 n’est pas de juges qui osent nous condamner pour avoir défendu les droits sacrés de tous contre l’envahissement immoral d’un seul. 11 n'est pas de juges qui osent nous condamner, quand partout retentit ce cri d'alarme : « Les lettres vont périr ! »
Cette condamnation serait une tache au front du dix-neuvième siècle. On ne proclamera jamais le triomphe du matérialisme, la mort de l’intelligence,