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Maison de Bully

La race des Bully ^ est l'une des aînées de Normandie. Elle sort pour ainsi dire armée et titrée des entrailles de la féodalité naissante. Dès 1056, ses pre-

i. « Une marque infaillible de noblesse, dit le président de Brosses, est « d'avoir pour nom de famille celui de la terre qu'on possède, pourvu qu'on

miers sujets apparaissent parmi les plus puissants barons d'Angleterre. A cette époque, le rang de baron était assorti de droits régaliens. Ceux qui le possédaient avaient le privilège de dresser des fourches patibulaires, d'accorder gage de bataille, d'être les pairs des ducs, princes, et même des souverains étrangers qui avaient des terres en France, enfin de les juger et d'être jugés par eux. Ils étaient libres encore de tenir des cours ordinaires et plénières, des officiers domestiques, des échansons, des panetiers, des écuyers tranchants, des filles d'honneur, en un mot, tout un personnel de roi. Plusieurs battaient monnaie et participaient à la législation et aux grandes alTaires de l'État. « Le bers (baron) a toute justice en sa terre, et le roi « ne peut mettre ban en la terre au baron sans son (( assentement. » Ces grands vassaux ont été regardés avec raison comme bien au-dessus de tous les ducs, marquis et comtes de création monarchique, posté-

« ait, de tout temps connu, porté le nom et possédé la terre, ou du moins qu'on « soit évidemment connu pour descendant de ceux qui réunissaient les deux « circonstances. » {Mécanisme du langage^ tome II, pages 281-282.) La famille dont nous allons redresser le passé se trouve dans cette dernière condition. Après avoir tenu pendant plusieurs siècles le fief dont la dénomination était devenue son appellalif patronymique, elle le perdit en grande partie par suite de la confiscation du duché de Normandie par Philippe- Auguste sur Jean sans Terre ou de l'implantation de quelques-uns de ses membres dans le centre de la France. Les documents et les traditions locales, toutefoi-!, éclairent en sufBs.nce son point de départ et sa marche à travers les temps pour les rendre irrécusables.

Dli BULLY.

rieure au \\v siècle. C'est à celte hauteur sociale que les (le Bully se montrent dans le Domesday-Book, le The baronage of England by William Dugdale, les Angligenœ ecclesiaslicœ d'Orderic Vital, le Monaslicon anglicanum, etc. ROGER DE BULLY, vers 1056, aliéna au profit de l'abbé de la Sainte-Trinité-du-Mont de Rouen la dîme de la ville de Bully, ainsi que tous ses droits héréditaires, moyennant la somme de soixante livres douze deniers et un cheval '. Pour rendre cette rente à jamais irrévocable et incontestée, Guillaume, comte de Normandie, Robert, comte d'Eu% Roger de Bully et plusieurs autres grands seigneurs scellèreut le contrat de leur sceau ^

1. L'abbé Decorde, dans son Essai historique et archéologique sur le canton de Neufchâlel-en-Bray, p. 87, a également enregistré celte vente.

2. Robert, comte d'Auge [de Auco) et comte d'Eu, que l'abbé Decorde, en son Essai historique sur le canton de Neufchâtel-en-Bray , p. 87, a, par suite d'une traduction trop libre, converti en comte d'Aulage, était fils de Guillaume, comte d'Eu, issu lui-même d'une conjonction illégitime de Richard l", duc de Normandie. Robert, qui avait épousé Lanceline, fille de Turchetil, fonda plusieurs abbayes, notamment celles de Saint-Michel du Tréport (1039), de Saint-Pierre-sur-Dive, de Notre-Dame de Lisieux. Il dota le premier de ces monastères de plusieurs domaines qu'il possédait en Angleterre en l'année susdite, et par conséquent avant la conquête de la Grande-Bretagne par Guillaume, chose qui mérite d'être remarquée. Robert, comte d'Auge et d'Eu, eut, entre autres frères, Guillaume, comte de Soissons, et Hugues, évêque de Lisieux. (Collection de Camps, vol. 105, fol. 30i; Bibl. de Richelieu, Cabinet des titres.)

3. Cartulaire de l'abbaye de la Sainte-Trinité-du-Mo7it de Rouen, publié par A. Deville dans les Documents inédits de l'Histoire de France, p. 44i. {Pièces justificatives, document l.)

« Raoul de Conteville (dit M. Dieudoniié Dergny) « fut, avec Raoul de Mortemer, Raoul de Saint-Sarnson, « Henri de Ferrières, Bernard de Neufmarché, Roger « de Bulli, Roger de Sommeri, etc., un de ceux qui « accompagnèrent, en 1066, Guillaume le Conquérant « à la conquête d'Angleterre \ » •

Henri, roi d'Angleterre, duc de Normandie et d'Aquitaine, comte d'Anjou, mande, en 1088, à tous les grands justiciers et barons du Nottinghamshire, de maintenir le monastère de Blyth dans le libre exercice des foires et des marchés dudit lieu et de Thelon, dans le droit de passage entre Thornwalh et Kadeford, enfin dans tous les autres privilèges qui leur avaient été autrefois accordés par Roger de Bully et confirmés par Henri, son aïeul. Le souverain entend que la même abbaye soit sauvegardée et raffermie dans la possession de ses coutumes, de ses forêts, de ses territoires et de ses cours d'eau, conformément à la volonté de son grand-père et de Roger de Bully. 11 est en outre prescrit aux vicomtes et aux officiers royaux d'infliger des amendes à tous ceux qui accapareraient les revenus des religieux ou qui commettraient à leur égard des outrages ou des violences ^

1. Les Cloches du pays de Bray, par M. Dieudonné Dergny, t. If, page 61.

2. Monasticon anglicanum^ per Dodsworlh et Dugdale, in-fol.^ page 5o4. (Voir aux Pièces justificatives, document II.)

Roger de Bully, baron de Tikliill, et sa femme appelée IMURIEL avaient en effet concédé à Sainle-]\rarie de Blylli la ville de ce nom et son égliseavec leurs dépendances, et le droit de labourer, de moissonner, de faucher, de faire la pêche et la mouture, lis transportèrent de plus au même moustier le passage de Kadefort jusqu'à Thornwalh, et de Frodeston jusqu'à Hiddldill, enfin les prééminences diverses et le droit de fourches patibulaires qu'ils tenaient de la munificence royale. Roger de Bully ajouta aux précédentes donations celle des fiefs sis à Eietone et à Barnebey, les dîmes de Wateley, d'Appclbey, de Lactone, de Cliffor, de Saltebey, de Garlhorp, de Berchassebey, de Buggeford, de Clippeston, de Crokeston. Ces immenses revenus étaient destinés à la construction du prieuré de Blyth et à l'entretien de son personnel claustral. Cette œuvre pie, confirmée, on l'a vu, par le roi Henri, fut inspirée au sire de Bully et à sa noble dame par le désir d'obtenir de Dieu la consolidation de la dynastie normande en Angleterre, ainsi que de contribuer au salut de Mathilde \ leur souveraine, et au leur^

Le nom de Roger de Bully est en outre mentionné

H. Mathilde ou Mahaud, femme de Guillaume le Bâtard, roi d'Angleterre, éiait fille de Baudoïn, comte de Flandres, et d'Alix de France, fille du roi Robert. {Coll. de Camps, vol. i06. Nobiliaire historique, sans paginalion.)

2. Monasticon anglicnmim, page 553 (Voir aux Pièces justi/icalives,

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